Economie

Agriculture espagnole : le Maroc, premier vivier de main-d’œuvre hors UE

Espagne : 95 471 Marocains dans l’agriculture, le poids croissant de la main-d’œuvre étrangère

L’agriculture espagnole dépend de plus en plus de la main-d’œuvre étrangère. Les dernières données de la Sécurité sociale espagnole, publiées le 14 septembre 2026, donnent une mesure concrète de cette dépendance : 243 386 travailleurs étrangers sont affiliés au Système spécial agricole, dont 204 340 ressortissants de pays hors Union européenne.

Parmi eux, les Marocains arrivent largement en tête avec 95 471 affiliés, devant les Sénégalais (22 970). Les Roumains constituent, pour leur part, le principal contingent parmi les ressortissants de l’Union européenne, avec 31 797 affiliés.

Pour le Maroc, ces chiffres ne sont pas anodins. Ils donnent une nouvelle visibilité au rôle joué par les travailleurs marocains dans l’une des activités les plus sensibles de l’économie espagnole : la production agricole.

Près de 100 000 Marocains affiliés dans le régime agricole

Au total, les étrangers représentent 39,2 % des affiliés au Système spécial agricole espagnol.

La présence marocaine est particulièrement importante : 95 471 travailleurs marocains y sont affiliés à fin août 2026. À eux seuls, ils représentent près de 40 % de l’ensemble des travailleurs étrangers affiliés à ce régime.

Cette concentration illustre le poids de la main-d’œuvre marocaine dans les exploitations agricoles espagnoles, notamment dans les activités qui nécessitent une importante mobilisation de travailleurs saisonniers.

Le chiffre doit toutefois être lu dans son contexte : il s’agit d’affiliés à la Sécurité sociale espagnole dans le cadre du système agricole, et non d’un décompte de l’ensemble des Marocains travaillant dans l’agriculture espagnole.

La régularisation change la photographie du marché du travail

Le phénomène intervient alors que l’Espagne a lancé, à la mi-avril, un processus extraordinaire de régularisation des migrants.

Au 31 août, 337 917 personnes étrangères étaient déjà inscrites à la Sécurité sociale espagnole à la suite de ce processus.

Sur l’ensemble des travailleurs étrangers affiliés, leur nombre a atteint un record de 3,55 millions en moyenne en août, après l’arrivée de 39 535 nouveaux affiliés sur un mois.

Sur un an, les affiliés étrangers ont augmenté de 482 490 personnes, soit une progression de 15,72 %, contre seulement 3,1 % pour l’ensemble de l’emploi.

La régularisation ne constitue donc pas seulement une mesure administrative : elle modifie également la photographie statistique du marché du travail espagnol en faisant apparaître dans les données officielles une partie d’une main-d’œuvre auparavant non enregistrée.

Agriculture, hôtellerie, construction : les étrangers au cœur de plusieurs secteurs

La contribution des travailleurs étrangers dépasse largement le seul secteur agricole.

Ils représentent désormais 15,9 % de l’ensemble des affiliés à la Sécurité sociale espagnole, mais leur poids est beaucoup plus élevé dans certains secteurs.

Dans l’hôtellerie-restauration, ils représentent 33,6 % des affiliés, contre 28,1 % dans l’agriculture et 27 % dans la construction.

Dans le Système spécial des employés de maison, leur part atteint même 47,6 %.

Ces écarts montrent que l’économie espagnole ne mobilise pas la main-d’œuvre étrangère uniquement pour les emplois agricoles saisonniers. Celle-ci occupe une place importante dans plusieurs activités caractérisées par des besoins élevés en main-d’œuvre.

Une présence marocaine qui dépasse l’agriculture

Le Maroc apparaît également dans d’autres catégories de travailleurs étrangers.

Dans le Système spécial agricole, les ressortissants marocains sont de loin le premier groupe hors UE avec 95 471 affiliés.

Dans l’ensemble du secteur primaire — agriculture, élevage, chasse, sylviculture et pêche — le Régime général comptait 27 174 travailleurs étrangers, dont 19 929 ressortissants de pays hors UE.

L’Espagne comptait également 7 114 travailleurs étrangers affiliés au Régime de la mer, tandis que les travailleurs indépendants étrangers exerçant dans le secteur primaire étaient au nombre de 8 497 en moyenne.

Un indicateur à suivre pour le Maroc

Derrière ces statistiques espagnoles se dessine une réalité économique qui concerne directement le Maroc : la place de la main-d’œuvre marocaine dans les chaînes de production agricoles espagnoles.

Avec près de 100 000 affiliés marocains dans le Système spécial agricole, l’Espagne constitue un marché d’emploi majeur pour une partie de la main-d’œuvre marocaine.

Mais ces données posent aussi une question plus large : que révèle cette forte présence de travailleurs marocains en Espagne sur les écarts de rémunération, de productivité et d’attractivité de l’emploi agricole entre les deux rives de la Méditerranée ?

Au-delà des flux migratoires, le sujet est donc également économique. Il touche à la disponibilité de la main-d’œuvre, au coût du travail, aux besoins des exploitations espagnoles et, pour le Maroc, à la mobilité internationale de ses travailleurs.

95 471 Marocains affiliés dans l’agriculture espagnole : derrière ce chiffre, c’est une partie du rapport économique entre le Maroc et l’Espagne qui se lit.

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