
Rapport sur le commerce mondial : une réforme du commerce stimulera la croissance ; l’inaction pourrait faire chuter le PIB mondial de 10 %
L’édition 2026 du Rapport sur le commerce mondial, publiée le 15 septembre par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), place le système commercial multilatéral à un tournant. Selon ses simulations, un renforcement du cadre commercial mondial pourrait accroître le PIB mondial d’environ 3 %, soit près de 3 000 milliards de dollars, à l’horizon 2050. À l’inverse, une érosion des règles multilatérales pourrait entraîner une contraction de la production mondiale pouvant atteindre près de 10 %, selon le scénario considéré.
Cette publication phare du Secrétariat de l’OMC revient sur ce que le système commercial multilatéral a permis d’accomplir au cours des 80 dernières années, mais aussi sur les tensions et transformations qui mettent aujourd’hui ses mécanismes à l’épreuve. Le rapport apporte ainsi des éléments chiffrés au débat engagé sur la nécessité d’adapter les règles commerciales internationales aux nouvelles réalités de l’économie mondiale.
Coopérer plutôt qu’agir seul
« Le système commercial multilatéral a apporté d’immenses bénéfices au cours des 80 dernières années, contribuant à créer une économie mondiale plus intégrée et plus résiliente », a déclaré la Directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala.
Selon l’OMC, environ 72 % du commerce mondial de marchandises continue de s’effectuer sous le régime de la nation la plus favorisée (NPF) de l’Organisation. La coopération commerciale multilatérale a également accompagné la croissance économique, contribué à réduire certains écarts de revenus entre économies en développement et économies avancées et favorisé la stabilité entre les membres.
Pour la Directrice générale de l’OMC, le paysage commercial mondial a profondément changé, mais le principe fondateur du système reste d’actualité : les économies ont davantage à gagner de la coopération que de l’action unilatérale.
Trois futurs possibles pour le commerce mondial
Le rapport présente trois scénarios pour l’évolution du système commercial mondial.
Dans le premier, celui d’un renforcement du cadre multilatéral, les règles de l’OMC seraient consolidées grâce à une plus grande ouverture des marchés, de nouvelles disciplines multilatérales dans le commerce numérique et les services, une extension de la participation au système et un cadre permettant de mieux articuler ouverture commerciale et préoccupations de sécurité.
Dans cette hypothèse, le PIB mondial progresserait de 2,9 % et les exportations mondiales de 17,9 % d’ici 2050 par rapport à la trajectoire de référence.
Les pays les moins avancés (PMA), qui représentent actuellement moins de 1 % du commerce mondial, pourraient enregistrer un gain de 7,7 % de leur PIB, notamment grâce à la réduction des droits de douane et des autres coûts commerciaux.
Les économies à revenu élevé bénéficieraient elles aussi de gains importants en valeur absolue, avec une hausse projetée du PIB d’environ 1 700 milliards de dollars, en dollars de 2023, notamment grâce à la baisse des coûts commerciaux dans les services.
Le coût d’une fragmentation du commerce
Les deux autres scénarios décrivent, au contraire, une érosion de la coopération commerciale multilatérale.
Dans un « monde géofragmenté », où les échanges s’organisent principalement autour de blocs géopolitiques, le PIB mondial reculerait de 5,1 % et les exportations de 18,6 %.
Dans un « monde des accords de libre-échange », où la coopération multilatérale serait progressivement remplacée par un réseau d’accords bilatéraux et régionaux, le recul atteindrait 6,9 % pour le PIB mondial et 26,9 % pour les exportations.
La comparaison de ces scénarios met en évidence l’enjeu économique de la réforme. Selon l’OMC, l’écart entre un renforcement de la coopération multilatérale et une érosion des règles existantes représente un coût d’opportunité pouvant se situer autour de 5 % à 10 % du PIB réel mondial, selon le scénario.
Le paradoxe du succès de l’OMC
Le rapport souligne également un paradoxe : une partie des difficultés actuelles du système commercial multilatéral découle de ses propres succès.
En huit décennies, le système a contribué à réduire les barrières commerciales et à soutenir une expansion de près de 50 fois du commerce mondial, favorisant une économie internationale plus ouverte, intégrée et fondée sur des règles.
Mais cette intégration accrue a également rendu la coopération plus complexe.
L’OMC identifie notamment quatre transformations majeures : le déplacement du poids économique entre les différentes régions du monde ; la montée des politiques industrielles et des interventions publiques ; la transformation du commerce sous l’effet de la numérisation, des chaînes de valeur mondiales et de la transition environnementale ; enfin, la montée des tensions géopolitiques.
Réformer le système sans préserver le statu quo
Le rapport ne propose pas un modèle unique de réforme. Il souligne plutôt la nécessité d’adapter les règles commerciales à une économie mondiale devenue plus intégrée, multipolaire et diverse.
Pour l’OMC, préserver les bénéfices du système multilatéral ne signifie donc pas conserver le statu quo. L’enjeu consiste à maintenir les principes d’ouverture, de prévisibilité et d’équité, tout en adaptant les règles aux nouvelles réalités du commerce international.
Le message du rapport est ainsi particulièrement clair : le choix ne se résume pas entre réforme et statu quo. Il porte sur la capacité du système commercial mondial à se renouveler face à la fragmentation géopolitique, aux nouvelles politiques industrielles et à la transformation numérique et environnementale de l’économie.
Un rapport présenté au Forum public de l’OMC
Le Rapport sur le commerce mondial 2026 a été présenté le 15 septembre, lors de la première journée du Forum public de l’OMC.
À cette occasion, Ngozi Okonjo-Iweala a estimé que la période actuelle pouvait constituer un « tournant » pour le renouvellement et la revitalisation du système commercial mondial.
L’économiste en chef de l’OMC, Robert Staiger, a présenté les principales conclusions du rapport, avant une discussion réunissant des représentants du Royaume-Uni et des Philippines, ainsi que des universitaires de Yale et de la London School of Economics et un représentant de la Chambre de commerce internationale.
Au-delà des projections chiffrées, le rapport pose donc une question centrale pour l’économie mondiale : comment moderniser le système commercial international sans perdre les bénéfices économiques accumulés au cours des huit dernières décennies ?
The World Trade Report 2026 can be downloaded from the WTO website.
The video replay of the launch can be accessed here.


