
Entre 2021 et 2025, le Maroc a supprimé 76 mesures de dépenses fiscales pour 17 147 millions de dirhams. Soit plus du tiers des mesures et près de la moitié des montants retirés depuis 2006. En 2023 et 2024, le Maroc a supprimé 55 mesures de dépenses fiscales représentant un montant cumulé de 10,6 milliards de dirhams, soit près de 28,6 % du montant total enregistré sur l’ensemble de la période. Cette accélération marque un tournant dans la révision des avantages fiscaux accordés aux contribuables et aux entreprises, avec un pic historique sur la période étudiée en 2024. Une accélération que le gouvernement n’a jamais mise en avant — et qui précède le grand redéploiement fiscal de 2026.
C’est un chiffre qui devrait faire débat. Sur les 208 mesures de dépenses fiscales supprimées depuis 2006, 76 l’ont été entre 2021 et 2025. Sur les 37 050 millions de dirhams retirés aux niches fiscales en vingt ans, 17 147 l’ont été sur ces cinq seules années. Autrement dit, plus du tiers des mesures et près de la moitié des montants ont été supprimés sur la période la plus récente. Une accélération silencieuse, qui éclaire d’un jour nouveau les arbitrages de 2026.
Une séquence qui ne dit pas son nom
Année après année, la chronologie révèle un tournant. En 2021, 15 mesures sont supprimées pour 2 846 millions de dirhams. En 2022, 4 mesures pour 2 059 millions. Puis vient le pic : 28 mesures en 2023 (3 919 millions) et 27 mesures en 2024 (6 686 millions) — un record absolu en montant. En 2025, seules 2 mesures sont supprimées, mais pour 1 637 millions de dirhams.
Cette séquence n’a rien d’anodin. Elle concentre 55 mesures sur les seules années 2023 et 2024, pour plus de 10,6 milliards de dirhams. Soit, à elles deux, plus du quart des mesures et près de 30 % des montants supprimés depuis 2006. Un rythme sans équivalent depuis 2006, année où 32 mesures avaient été supprimées pour un montant bien plus modeste (1 313 millions).
Un lien direct avec le redéploiement de 2026
Cette accélération prend tout son sens lorsqu’on la rapproche du tableau des baisses 2025-2026. En 2026, sept objectifs de dépenses fiscales reculent de 1 774 millions de dirhams, dont 1 472 pour le seul enseignement. Dans le même temps, l’investissement double presque (+98,4 %) et le pouvoir d’achat gagne 1 847 millions.
Autrement dit, le mouvement de rationalisation était engagé bien avant 2026. Les suppressions de 2021-2025 ont préparé le terrain au redéploiement vers l’investissement et le pouvoir d’achat. Mais le gouvernement n’a jamais présenté ces deux séquences comme les deux temps d’une même politique. La continuité entre les deux reste invisible dans le débat public.
Une accélération à assumer
Le Maroc a donc bel et bien accéléré la suppression de ses niches fiscales entre 2021 et 2025. Dans un contexte où l’enveloppe globale des dépenses fiscales continue de croître — 38 milliards de dirhams en 2026 —, la question n’est plus de savoir si le Maroc supprime des niches, mais pourquoi, pour qui et avec quels résultats. Tant que ces réponses resteront absentes, l’accélération de 2021-2025 restera ce qu’elle est aujourd’hui : un chiffre dans un tableau, pas une politique publique assumée.
Un enjeu de rendement budgétaire et d’efficacité fiscale
La suppression des dépenses fiscales constitue un levier potentiel pour rationaliser les dérogations au régime fiscal de droit commun et améliorer la lisibilité du système fiscal. Elle pose également la question de la pertinence des avantages maintenus : contribuent-ils réellement à l’investissement, à l’emploi, à la compétitivité ou à des objectifs économiques et sociaux clairement identifiés ?



