
Le Parlement algérien a donné son feu vert, dimanche, à l’envoi d’un détachement de l’ANP au Niger. Mission affichée : sécuriser les équipes et projets de Sonatrach, notamment dans le bloc de Kafra, à 85 km de la frontière. Un déploiement non combattant, mais hautement stratégique, a rapporté la presse algérienne.
C’est une décision rare, validée en une seule journée par les deux chambres. Dimanche, le Conseil de la nation puis l’Assemblée populaire nationale ont approuvé, à huis clos, la notification présidentielle autorisant le déploiement d’unités de l’Armée nationale populaire sur le sol nigérien. Le texte, signé par Abdelmadjid Tebboune le 22 octobre 2026, s’appuie sur l’article 91 de la Constitution. Aucune unité algérienne ne peut franchir la frontière sans l’aval des deux assemblées : le verrou a sauté.
148 voix, puis la majorité absolue
Le matin, 148 membres du Conseil de la nation, procurations non comptabilisées, ont apporté leur soutien au texte. Le président de l’institution, Azzouz Nasri, a lui-même pris part au vote, sous le regard d’officiers supérieurs et généraux de l’ANP. Le soir, les députés ont validé à leur tour, à la majorité absolue des présents, lors d’une plénière conduite par Khalida Boufedeche, en présence de la ministre des Relations avec le Parlement, Nadjiba Djilali.
Devant les élus, le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf a déroulé deux arguments : la sauvegarde des intérêts énergétiques algériens au Niger et l’exécution concrète d’un accord bilatéral conclu avec Niamey. Sa formule résume la logique : « La sécurité du Niger fait partie de la sécurité de l’Algérie. » Le caractère non offensif du dispositif a été martelé : pas de combats, pas d’opérations militaires sur le territoire voisin.
Kafra, le cœur de l’enjeu
Derrière le vote, un actif : le champ pétrolier de Kafra, dans le nord du Niger, région d’Agadez, à environ 85 km de la frontière algérienne. Son permis d’exploration couvre près de 23 737 km². Sonatrach y est présente depuis 2005 via sa filiale SIPEX, avec 2 200 km de sismique 2D et 760 km² de sismique 3D déjà réalisés. Deux puits d’exploration forés en 2018 et 2019 ont révélé des réservoirs à évaluer plus finement.
Le 13 août 2026, Alger et Niamey ont lancé une nouvelle phase : un programme de quatre puits d’exploration, confié à ENAFOR, filiale de Sonatrach. Le ministère nigérien du Pétrole estime, en septembre 2026, que les ressources prospectives pourraient atteindre 2,5 milliards de barils dans la partie nord du champ — des chiffres qui ne constituent pas des réserves confirmées. Trois protocoles d’accord ont par ailleurs été signés en juin entre Sonatrach et la SONIDEP, et un gazoduc stratégique, en cours de réalisation, doit exporter du gaz vers l’Europe.
Un soutien sans faille au Parlement
Les groupes parlementaires ont affiché leur adhésion totale. Au Conseil de la nation, l’ancien ministre de l’Intérieur Dahou Ould Kablia a défendu une décision au service de la paix et de la stabilité régionales, tout en mettant en garde contre « des parties qui cherchent à nuire aux relations entre les deux pays ». Belkacem Boulghiti a salué une mission précise de protection des intérêts économiques algériens, évoquant un vote à l’unanimité. Sidi Ali Benbaïche a rappelé le poids des investissements algériens à l’étranger et la nécessité de protéger les installations de Sonatrach au Sahel.
Et après ?
Niamey serait à l’origine de la sollicitation, selon les éléments livrés aux parlementaires. Reste que ce déploiement, présenté comme défensif, installe un peu plus l’Algérie dans le jeu sécuritaire sahélien. Effectifs, durée et calendrier opérationnel n’ont pas été précisés. Une chose est sûre : pour Alger, le pétrole de Kafra vaut désormais une intervention militaire — fût-elle sous conditions.
Contexte énergétique : le bloc de Kafra
Localisation
- Champ pétrolier de Kafra : nord du Niger, région d’Agadez, entre les départements d’Iférouane et de Bilma, à environ 85 km de la frontière algérienne.
- Permis d’exploration : près de 23 737 km².
Coopération algéro-nigérienne
- Trois protocoles d’accord paraphés en juin dernier entre Sonatrach et la compagnie nigérienne SONIDEP, portant sur l’exploration et le forage.
- Gazoduc stratégique en cours de réalisation, destiné à exporter du gaz vers l’Europe.
Présence de Sonatrach
- Présente depuis 2005 via SIPEX.
- 2 200 km de sismique 2D et 760 km² de sismique 3D réalisés.
- Deux puits d’exploration forés en 2018 et 2019, révélant des réservoirs nécessitant une évaluation plus poussée.
Nouveau programme de forage
- 13 août 2026 : lancement d’une nouvelle phase ; pose de la première pierre d’un programme de quatre puits d’exploration.
- Réalisation : ENAFOR, filiale de Sonatrach.
- Objectif : compléter les données géologiques et préciser les caractéristiques des réservoirs.
Potentiel estimé
- Ministère nigérien du Pétrole (septembre 2026) : ressources prospectives pouvant atteindre 2,5 milliards de barils dans la partie nord du champ.
- Précision : ces chiffres ne représentent pas des réserves confirmées.
- Passage à la production commerciale : dépendra des résultats du forage, de l’évaluation des réservoirs, du financement et des infrastructures.



