
Deuxième du premier round, vainqueur du second, Lula repart pour un quatrième mandat. Un effort de ses équipes sur les réseaux sociaux, la crainte d’un retour des Bolsonaro au pouvoir et une mobilisation de l’électorat pauvre expliquent cette inversion de tendance, analysent deux spécialistes de l’Amérique latine lundi dans La Matinale de la RTS.
C’est inédit au Brésil: jusqu’à dimanche, aucun candidat arrivé deuxième au premier tour n’avait jamais remporté l’élection présidentielle. Luiz Inacio Lula da Silva l’a fait, à 81 ans, face à Flavio Bolsonaro, fils de son prédécesseur Jair Bolsonaro. Le président de gauche a devancé son adversaire d’extrême droite de peu (51,8% des voix contre 48,2%). Le 4 octobre, Lula avait récolté 45,2% des voix (contre 47%).
L’historien Antoine Acker, professeur associé à l’Université de Genève, parle d’un sursaut de mobilisation « impressionnant ». D’après lui, de nombreux Brésiliens et Brésiliennes se sont finalement montrés réticents au retour des Bolsonaro à la tête de l’Etat. « La semaine dernière, les scandales de corruption et les révélations de preuves, notamment par des enquêtes journalistiques, se sont accumulés au sujet de Flavio Bolsonaro », indique-t-il au micro de La Matinale.
« Ce n’était pas du tout une nouveauté, mais beaucoup de gens ne le connaissaient pas encore. Ils le voyaient comme le fils de son père, et comme le candidat anti-Lula et anti-establishment. Ce récit s’est un peu effondré la semaine dernière avec les différents scandales qui se sont accumulés dans les médias », relève Antoine Acker.
Autre facteur de la victoire de Lula, sa popularité au sein de l’électorat pauvre, qui s’est mobilisé au second tour. « Il y a une mémoire de ce que le Brésil était dans les années 1990, avant l’arrivée au pouvoir du Parti des travailleurs. Beaucoup d’enfants, par exemple, mouraient de faim. Les personnes vivant sous le seuil de pauvreté représentaient une partie très importante de la population. Le niveau de vie s’est amélioré dans les premières décennies des années 2000 », raconte le chercheur.
Le rôle des réseaux sociaux
Interrogé dans Tout un monde, le directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) Christophe Ventura pointe de son côté l’amélioration de la campagne du président sur les réseaux sociaux, sur lesquels s’informe « plus de 60 % » de la population brésilienne.
« Sur internet, l’extrême droite est très puissante et beaucoup mieux organisée depuis longtemps que la gauche brésilienne. Elle bénéficie aussi de l’avantage des algorithmes des grandes plateformes, qui mettent en avant davantage ses contenus que ceux de ses adversaires », note le spécialiste. « Pour la gauche, il y avait un retard de ce côté-là. La campagne de Lula a beaucoup travaillé entre les deux tours pour gagner en efficacité sur les réseaux sociaux », observe-t-il.
Un Congrès dévoué à la cause des Bolsonaro
Lula arrache toutefois une victoire en demi-teinte, car il devra composer avec un Parlement dominé par ses opposants bolsonaristes. Les deux experts anticipent à l’unisson une « marge de manœuvre extrêmement faible ».
« Pour la première fois, le Congrès est d’extrême droite, une extrême droite qui ne reconnaît pas le résultat des élections, qui a soutenu une tentative de coup d’Etat, qui est dirigée par une famille corrompue et fait de la politique avant tout pour ses propres intérêts », souligne Antoine Acker. « Pour Lula, cela va être très difficile de gouverner », estime l’historien. rtsinfo



