Economie

Investissement public : 400 milliards de dirhams en 2027, un record absolu!

Le projet de loi de finances 2027 porte l’investissement public à 400 milliards de dirhams, un record absolu. Établissements publics, budget général, collectivités territoriales : tout le monde est mis à contribution. Mais derrière l’annonce spectaculaire, une question taraude les économistes : cet argent sera-t-il dépensé à bon escient, et surtout, où ira-t-il vraiment ?

400 milliards : le chiffre qui impressionne

C’est le montant brut de l’effort d’investissement public prévu pour 2027 : 400 milliards de dirhams . Un chiffre en hausse constante depuis 2021, où il n’était que de 230 milliards. et 380 milliards en 2026, et devrait atteindre 400 milliards en 2027, soit une progression cumulée de 65,2 % sur six ans.

La progression est spectaculaire : +65,2 % en six ans . Le gouvernement ne cache pas sa fierté : le Maroc investit massivement pour préparer l’avenir, moderniser ses infrastructures et soutenir la croissance.

Mais 400 milliards, c’est un chiffre brut. Derrière, il faut regarder la répartition.

Qui tient les cordons de la bourse ?

La ventilation officielle révèle un déséquilibre frappant :

EntitéMontant (Md DH)
Établissements et entreprises publics (dont Fonds Mohammed VI)251
Budget général, comptes spéciaux du Trésor et services autonomes124
Collectivités territoriales25
Total400

Les établissements et entreprises publics captent à eux seuls 63 % de l’enveloppe . Une concentration qui n’est pas anodine : elle signifie que l’essentiel de l’investissement public passera par des entités comme l’OCP, l’ONEE, l’ONCF ou le Fonds Mohammed VI, et non par les circuits budgétaires classiques. Autrement dit, le gouvernement garde la main sur les grands projets, mais via des véhicules moins transparents que le budget général.

Où va l’argent ? Les grands chantiers

Les programmes des établissements publics couvrent des secteurs stratégiques : énergie, télécommunications, habitat, agriculture, eau potable, phosphates, autoroutes, transports . Les comptes spéciaux du Trésor financent le réseau routier, l’agriculture, la justice, la culture et le sport. Les collectivités territoriales, elles, héritent des voiries, de l’assainissement, des marchés et des espaces verts .

Parmi les projets phares : le port Nador West Med, la LGV Kénitra-Marrakech, le port atlantique de Dakhla et la stratégie « Aéroports 2030 » . Des infrastructures lourdes, coûteuses, mais indispensables pour préparer le Maroc à l’échéance du Mondial 2030.

Le talon d’Achille : les inégalités territoriales

Mais l’investissement public, aussi massif soit-il, ne résout pas tout. La note de répartition régionale qui accompagne le PLF 2027 le reconnaît à demi-mot : les écarts de richesse entre régions persistent. Le PIB par habitant au niveau national atteint 43 891 dirhams, mais tombe à 29 509 dirhams à Fès-Meknès et 35 164 dirhams à Drâa-Tafilalet . Le taux de chômage à l’Oriental grimpe à 12,7 %, contre 9,5 % au niveau national, tandis que Tanger-Tétouan-Al Hoceïma affiche 6,1 % .

Traduction : les 400 milliards ne suffiront pas à gommer les fractures territoriales. Le gouvernement le sait, et promet 210 milliards sur huit ans pour les programmes de développement territorial intégré, avec des transferts annuels aux régions portés à 12 milliards de dirhams dès 2027 . Mais ces montants restent conditionnés à la capacité des collectivités à absorber et exécuter les budgets.

La question qui fâche : et la croissance ?

Le PLF 2027 table sur une croissance de 3,7 % et un déficit contenu à 3 % du PIB . Un scénario optimiste, alors que le Haut-Commissariat au Plan prévoit plutôt 3 %. Si la croissance déçoit, les recettes suivront moins vite, et l’investissement public devra être financé par plus de dette. La dette publique est d’ailleurs projetée à 66,9 % du PIB . Un niveau qui reste soutenable, mais qui rappelle que l’argent magique n’existe pas.


Articles similaires

Bouton retour en haut de la page