Economie

PLF2027 : 6 sociétés régionales et 12 marchés de gros pour faire baisser les prix alimentaires

Le projet de loi de finances 2027 prévoit une série de mesures pour réformer les circuits de distribution et ramener les prix des produits alimentaires à des niveaux raisonnables. Au menu : la création de 6 sociétés régionales ou plateformes professionnelles de collecte et de commercialisation dans les grands bassins agricoles, la modernisation de 12 marchés de gros, la réforme des filières viandes et poissons, et un mécanisme d’encadrement des exportations. Enveloppe mobilisée : 1 milliard de dirhams.

6 sociétés régionales : des plateformes de services, pas de nouveaux intermédiaires

Le ministre de l’Économie et des Finances, Fouzi Lekjaa, a annoncé la création de six sociétés régionales de collecte et de commercialisation dans les grands bassins agricoles, afin de réduire les prix des produits de base et les coûts d’intermédiation. Ces sociétés seront implantées dans les bassins du Souss, du Tadla, du Gharb, du Loukkos, du Doukkala-Abda et de l’Oriental.

La note de présentation tient toutefois à préciser un point essentiel : ces sociétés ne seront pas de nouveaux intermédiaires publics exerçant un monopole d’achat et de revente. Leur rôle sera avant tout logistique et organisationnel : offrir aux agriculteurs et aux coopératives des services de collecte, de tri, de conditionnement, de refroidissement et de transport, afin de leur permettre de regrouper leurs volumes, d’améliorer leur offre et d’accéder aux marchés.

Les agriculteurs resteront libres de vendre via les enchères ou des contrats avec différents acheteurs. L’objectif est de briser la logique du « acheteur unique » qui affaiblit leur pouvoir de négociation, en ouvrant la voie à la concurrence entre circuits courts et marchés de gros.

La note ne précise pas encore le capital de ces sociétés, leur statut juridique ou l’enveloppe financière nécessaire à leur création. Le lancement est programmé pour 2027, sans calendrier individuel par société.

12 marchés de gros : un nouveau cadre législatif et 1 milliard pour Rabat

Outre les sociétés régionales, le projet prévoit la modernisation de 12 marchés de gros de fruits et légumes dans le cadre de la stratégie « Génération Green 2020-2030 ». La priorité actuelle est le complexe régional de commercialisation de Rabat-Salé-Témara, pour une enveloppe de 1 milliard de dirhams, incluant l’achèvement des travaux et l’équipement, la définition des modes de gestion, et le transfert des commerçants des trois marchés de gros concernés.

En parallèle, des conventions sont en préparation pour les complexes de Casablanca, Berkane, Meknès, Marrakech, Agadir et Béni Mellal, afin de constituer un réseau national de 12 complexes régionaux de commercialisation.

Sur le plan législatif, un nouveau cadre juridique pour les marchés de gros est en cours d’élaboration. Il fixera les conditions de création et de gestion (publique ou privée), précisera les responsabilités de l’État et des collectivités territoriales, ainsi que les droits et obligations des grossistes et des intermédiaires. Parmi les changements attendus : la révision du régime des courtiers et la séparation des redevances locales de l’obligation de passage physique des marchandises par les marchés de gros.

Réforme des filières viandes et poissons : des unités de refroidissement dans les ports

La réforme concerne également les filières viandes et poissons, notamment via la mise à disposition d’unités de refroidissement et de services de conservation partagés dans les ports et les points de débarquement. L’objectif est de réduire les pertes et d’améliorer la qualité des produits, en particulier pour le poisson, qui exige une chaîne du froid intégrale depuis le débarquement.

Encadrement des exportations et protection du marché national

Pour garantir un approvisionnement régulier du marché intérieur, le gouvernement prévoit d’élaborer des plans saisonniers pour sept produits stratégiques : céréales, pommes de terre, oignons, tomates, viandes rouges, sardines et huile d’olive. Ces plans harmoniseront les besoins intérieurs, la production prévue, les stocks et les exportations contractées.

En cas de pénurie exceptionnelle ou de fluctuations menaçant l’approvisionnement, le gouvernement pourra encadrer temporairement les exportations, de manière proportionnée à la situation, sur la base de seuils liés aux niveaux de stock, aux prix et à la durée de couverture des besoins, dans le respect des engagements commerciaux.

6 sociétés, 12 marchés de gros, des unités de refroidissement et un mécanisme d’encadrement des exportations. Sur le papier, ces mesures touchent à des causes réelles de la cherté des prix : multiplicité des intermédiaires, absence de transparence dans la formation des prix, faible pouvoir de négociation des agriculteurs. Mais l’enveloppe annoncée (1 milliard de dirhams) semble modeste au regard de l’ampleur du défi. Et surtout : ces structures verront-elles réellement le jour en 2027, ou resteront-elles lettre morte, comme les promesses de réforme des marchés de gros faites par les gouvernements précédents ?

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