
Le projet de loi de finances 2027 accélère le chantier royal de la protection sociale. Au menu : 4 millions de ménages bénéficiaires de l’aide directe, 32 millions de personnes couvertes par l’AMO, et une enveloppe globale de plus de 40 milliards de dirhams. Mais derrière les annonces, un trou de financement d’environ 21 milliards de dirhams n’est expliqué par aucun document officiel.
Aide sociale directe : de 500 à 600 dirhams, puis cap vers 1 000
Le gouvernement a confirmé la revalorisation du montant minimal de l’aide sociale directe. Dès le 1er janvier 2027, il passera de 500 à 600 dirhams par mois, avant une trajectoire progressive vers 1 000 dirhams à la fin du mandat gouvernemental . Coût de cette première étape : environ 3 milliards de dirhams .
Le dispositif concerne plus de 4 millions de ménages et 5,77 millions d’enfants à fin septembre 2026, selon les chiffres officiels . Le gouvernement prévoit également de remplacer progressivement l’indice socio-économique actuel par un système basé sur le revenu réel des ménages, afin d’éviter que des dépenses exceptionnelles (achat d’un téléphone, d’un vélo) ne fassent perdre le bénéfice de l’aide .
Une nouvelle mesure est également annoncée : une allocation de 500 dirhams par mois pour les enfants orphelins et abandonnés placés en institutions de protection sociale, avec un minimum total garanti de 10 000 dirhams par enfant bénéficiaire.
AMO : 11,5 milliards pour les cotisations de 4 millions d’assurés
Le pilier assurance maladie du chantier mobilise une enveloppe de près de 11,5 milliards de dirhams pour prendre en charge les cotisations de 4 millions d’assurés principaux au titre du régime « AMO Tadamon », le reste de la cotisation restant à la charge de l’assuré.
Le financement de l’AMO Tadamon représente une charge croissante pour l’État. Après 665 millions de dirhams en décembre 2022 (mois de lancement), la contribution annuelle est passée à 8,14 milliards en 2023, 9,17 milliards en 2024, et 9,99 milliards en 2025. Elle a atteint 7,84 milliards sur les trois premiers trimestres de 2026 .
Le transfert de la gestion de l’AMO du secteur public de la CNOPS vers la CNSS est par ailleurs programmé pour le 1er février 2027, sans fusion des régimes. Les droits des assurés du secteur public devront être intégralement préservés .
Le grand angle mort : 40 milliards de dépenses, 19 milliards identifiés
Le Fonds de soutien à la protection sociale et à la cohésion sociale, instrument financier du chantier, prévoit 40,16 milliards de dirhams de dépenses en 2027, contre 36,49 milliards en 2026, soit une progression d’environ 10 % .
Problème : le chapitre de fonctionnement des charges communes ne prévoit que 19,02 milliards de dirhams de contribution au fonds pour 2027. Il reste donc un écart d’environ 21,1 milliards de dirhams dont les documents officiels ne détaillent pas la couverture . Le rapport sur les comptes spéciaux ne précise pas d’où viendront ces ressources supplémentaires. Le ministère du Budget n’a pas fourni d’explication publique sur ce point.
Retraites et perte d’emploi : les chantiers à venir
Le PLF 2027 annonce également le lancement d’une réforme globale des régimes de retraite dans le cadre du dialogue avec les partenaires sociaux et économiques, ainsi que le développement du système d’indemnisation pour perte d’emploi et la généralisation de la retraite aux travailleurs non salariés .
Sur les pensions, le minimum sera porté à 1 700 dirhams dès 2027 (objectif 3 000 dirhams), et la pension des veuves passera de 50 % à 100 % de celle du conjoint décédé. Ces deux mesures représentent plus de 10 milliards de dirhams .



