
Au Maroc, la confiance envers les médias affiche l’un des taux les plus bas parmi les 48 pays analysés par le Digital News Report 2026 (DNR), avec à peine 28 % d’adhésion, confirmant ainsi un scénario de stagnation. Ce taux au Nigeria est de 68% , Kenya (68%), South Africa (50%).
Pour beaucoup de citoyens marocains, les médias manquent d’indépendance réelle, éludant les sujets sensibles et adoptant majoritairement la ligne du discours gouvernemental.
Au Maroc, la consommation d’actualité est désormais massivement numérique, avec près de 83 % des citoyens qui s’informent en ligne, selon le Digital News Report 2026.
La part des médias en ligne (sites, réseaux sociaux, podcasts et IA) progresse fortement, passant d’environ 79 % en 2024 à 82 % en 2025, puis atteignant près de 83 % en 2026, traduisant une généralisation de l’accès digital à l’actualité.
À l’inverse, les médias traditionnels reculent ou stagnent : la télévision reste stable autour de 41 %, tandis que la presse écrite continue de décroître, autour de 12 %.
Les réseaux sociaux et applications de messagerie dominent largement les usages d’information, avec une forte concentration sur quelques plateformes majeures. Dans ce paysage, Facebook reste le premier canal d’accès à l’actualité (59 %), suivi de YouTube (47 %) et d’Instagram (38 %), qui poursuit sa progression. WhatsApp (35 %) confirme son rôle central dans la circulation de l’information via les groupes et échanges privés, tandis que TikTok (26 %) s’impose progressivement comme source d’actualité auprès des jeunes audiences. Le réseau X reste plus marginal (11 %).
Dans le même temps, les usages numériques progressent fortement, avec 36 % des Marocains (+7 points) qui partagent les informations via les réseaux sociaux, la messagerie ou l’e-mail, confirmant le rôle croissant des plateformes digitales dans la circulation de l’information.
Parallèlement, 46 % des sondés déclarent éviter l’actualité parfois ou souvent, un niveau élevé qui reflète une forme de fatigue ou de désengagement face à l’information.
Dans l’ensemble, cette structuration confirme une tendance nette : l’information au Maroc se déplace vers des écosystèmes sociaux et mobiles, où les contenus circulent davantage par partage et recommandations que par consultation directe des médias traditionnels.
L’environnement médiatique du Maroc
L’environnement médiatique du Maroc est de plus en plus façonné par les plateformes, la vidéo en ligne et les créateurs numériques, alors que la confiance dans les médias reste faible et que le cadre juridique demeure très restrictif. Les tentatives officielles de remodeler le débat — suscité par de vastes protestations concernant les dépenses liées aux infrastructures de la Coupe du Monde de la FIFA au détriment d’autres priorités — ont donné lieu à un espace public un peu plus actif et ouvert, mais toujours marqué par la prudence et les contraintes.
Pendant quelques semaines à l’automne 2025, l’espace public marocain a été tiraillé dans plusieurs directions à la fois. Des manifestations menées par des jeunes et organisées via Discord et les réseaux sociaux au sujet de la santé, de l’éducation, de la corruption et des priorités budgétaires se sont rapidement propagées. Alors que l’État réagissait par des arrestations et des poursuites judiciaires, l’équipe nationale marocaine de football des moins de 20 ans a remporté la Coupe du Monde, puis un vote du Conseil de sécurité de l’ONU (Résolution 2797) sur le Sahara occidental a offert à Rabat un succès diplomatique majeur.
En réponse à l’impact croissant des manifestations, les médias marocains ont entamé, avec un certain retard, une ouverture stratégique. Les chaînes officielles ont accordé une plus grande visibilité aux préoccupations initialement exprimées sur les réseaux sociaux, que les médias traditionnels avaient jusqu’alors du mal à cadrer. Cette tension définit désormais l’environnement informationnel du Maroc. Le débat public est de moins en moins dicté par une hiérarchie médiatique unique que par un public qui privilégie d’abord les plateformes ; Facebook et YouTube sont particulièrement importants, tandis qu’Instagram, WhatsApp et TikTok jouent également un rôle central dans la découverte et la circulation de l’information. Les médias officiels comptent toujours, surtout pour leur légitimité et leur autorité symbolique, mais ils ne contrôlent plus de manière fiable le rythme et le ton des conversations politiques sensibles.
GenZ212 est apparu comme un mouvement de jeunesse décentralisé qui s’est rapidement transformé en une conversation nationale sans leadership facilement identifiable, s’appuyant fortement sur les réseaux en ligne pour organiser et diffuser son message. Lorsque les ministres ont ensuite pris la parole au sujet des manifestations sur 2M (l’une des principales chaînes de télévision du Maroc), cela a signalé une tentative tardive d’intégrer les griefs sociaux dans un récit national plus contrôlable. Quelques semaines plus tard, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a profité d’une apparition spéciale sur 2M après l’adoption de la résolution 2797 pour souligner que le vote sur le Sahara occidental était le fruit de la diplomatie à long terme du roi Mohammed VI. Ensemble, ces moments ont suggéré non pas une libéralisation spontanée du débat, mais un processus plus lent dans lequel la contestation a d’abord été absorbée, puis recentrée autour du langage plus familier de la souveraineté, de la stabilité et de la cohésion nationale.
Le défi du Maroc n’est donc pas simplement d’ordre numérique. Il réside dans l’émergence d’un public plus actif mais plus sceptique, qui consomme, partage et commente l’actualité tout en restant méfiant vis-à-vis d’une grande partie du système d’information global. Cela suggère une structure de confiance fragmentée plutôt qu’un simple effondrement de la confiance : les citoyens expriment une faible confiance dans les médias en général, mais une confiance plus élevée envers certaines marques spécifiques et les informations qu’ils consomment personnellement.
Cette situation contribue également à redéfinir le rôle d’intermédiaire de l’information. Ces dernières années, les commentateurs sur YouTube, les voix numériques indépendantes et une communauté plus large de créateurs de contenu ont pris une importance croissante pour expliquer la politique, amplifier les revendications et s’exprimer sur un ton plus direct que ne le font souvent les médias traditionnels. Ces créateurs d’information ne sont pas nécessairement perçus comme plus fiables que les médias grand public, mais ils sont souvent jugés plus rapides, plus proches et plus faciles à comprendre.
Dans le même temps, le cadre juridique reste strictement balisé. Les réformes du Conseil National de la Presse et du statut professionnel des journalistes ont été présentées comme des avancées vers la modernisation, mais n’ont pas forcément été interprétées ainsi. Ces changements se sont accompagnés d’une pression judiciaire continue sur les discours liés aux manifestations et d’un climat général où la réglementation, la discipline et la prudence restent centrales dans la gouvernance du secteur des médias.
Le système médiatique marocain ne s’ouvre donc pas totalement et ne se ferme pas non plus complètement. Il s’adapte. Mais adaptation ne rime pas forcément avec pluralisme. Tant que la confiance restera fragile, que les institutions feront preuve de prudence et que les débats politiques sensibles ne seront absorbés que de manière sélective, l’espace public numérique marocain demeurera dynamique, fragmenté et contesté.
La confiance dans les médias à l’échelle mondiale atteint son plus bas niveau en 10 ans
L’utilisation des chatbots d’intelligence artificielle (IA) est en pleine croissance. Son usage hebdomadaire est passé de 7 % à 10 % à l’échelle mondiale, révèle la 15e édition du Digital News Report.
La confiance dans les informations au niveau mondial a atteint son niveau le plus bas en 10 ans, selon la 15e édition du Digital News Report 2026 (DNR2026). Ce rapport met en évidence un mode de consommation de l’actualité de plus en plus ancré sur les plateformes numériques. Le taux de confiance enregistré en 2026 s’élève à 37 %, se situant ainsi en dessous du précédent record historique de 38 % enregistré en 2020. En 2015, ce taux de confiance atteignait 48 %.
L’étude du Reuters Institute for the Study of Journalism (RISJ) indique que les plateformes numériques devancent désormais les publishers [éditeurs de médias] et s’imposent comme les principales sources d’information à l’échelle mondiale. Parallèlement, la confiance globale chute à 37 %, soit « le niveau le plus bas depuis que le rapport a commencé à mesurer cet indicateur en 2015 ». Les baisses les plus marquées parmi les 48 marchés analysés sont observées aux Philippines (-10 points), en Irlande (-9), ainsi qu’en Thaïlande, au Pérou et en Pologne (tous à -8).
51 % des Portugais font confiance aux actualités
Aux États-Unis, « seulement 25 % des personnes interrogées déclarent faire confiance à la plupart des informations la majeure partie du temps », ce qui « représente une baisse de cinq points par rapport à 2025 ». Ce chiffre est encore plus bas (15 %) chez les Américains orientés politiquement à droite. Sur ce marché, la confiance accordée à certaines grandes marques de médias s’est effondrée : CBS News et Fox News ont perdu 10 points par rapport à l’année précédente, tandis que CNN a reculé de 6 points.
La démocratisation des chatbots d’intelligence artificielle (IA) progresse. Leur utilisation hebdomadaire « a augmenté de 7 % à 10 % dans le monde et représente désormais une nouvelle méthode alternative majeure pour s’informer ». Cette tendance se vérifie principalement chez les tranches d’âge les plus jeunes, atteignant un taux d’utilisation de 16 % chez les moins de 35 ans. Les profils qui s’informent via des chatbots d’IA « ont tendance à être des consommateurs d’actualités particulièrement engagés ».
Aujourd’hui, le public se tourne davantage vers les plateformes numériques que vers les sites d’actualités traditionnels et les chaînes de télévision. « Pour la première fois, les réseaux sociaux et les plateformes vidéo ont surpassé les sites web, les applications et les chaînes de télévision des grands groupes de médias à l’échelle mondiale en tant que principal canal d’accès à l’information. »
Ces mutations « traversent toutes les tranches d’âge. Moins de personnes, toutes générations confondues, affichent une préférence pour la télévision ou pour les sites d’actualités par rapport à 2021 », la seule exception concernant la catégorie des 55 ans et plus. Les conclusions du rapport « suggèrent également qu’il est peu probable que le jeune public adopte les habitudes de consommation de médias de ses parents », étant donné que plus de la moitié (56 %) des jeunes de 18 à 24 ans n’a jamais lu de journal de manière régulière.
Les nouveaux publics migrent massivement vers les plateformes vidéo. En effet, 77 % de l’échantillon mondial consomme des vidéos d’actualités en ligne chaque semaine, et cette pratique est désormais majoritaire sur l’ensemble des marchés couverts par le rapport. Le public « ne consomme pas davantage de vidéos sur les sites ou les applications des médias traditionnels, mais privilégie des plateformes tierces telles que YouTube, Instagram, TikTok et Facebook », précise le document.
En moyenne, les éditeurs ont vu la consommation de vidéos sur leurs propres sites et applications chuter de 5 points de pourcentage depuis 2025, et de 10 points depuis 2021. Les données récoltées « indiquent que l’essor de la vidéo d’information en ligne ne se limite pas » aux formats courts ni aux seuls téléphones portables.
Un quart des utilisateurs qui suivent l’actualité sur YouTube y regardent des vidéos de plus de 20 minutes, et un cinquième se connecte à cette plateforme pour suivre des diffusions en direct. Si l’information à la télévision traditionnelle « est peut-être en déclin », elle s’est trouvé un nouveau rôle : un quart (27 %) des sondés regarde des actualités à la demande (on-demand) via des applications comme YouTube directement sur leur smart TV.
Le public insatisfait de la couverture des grands enjeux mondiaux
L’étude souligne que les audiences se montrent « largement insatisfaites de la couverture des grands événements mondiaux ». En effet, « la majorité des personnes » interrogées au sein des 48 marchés estime que « les médias ne font pas du bon travail dans le traitement des grands sujets internationaux, tels que l’inflation, l’immigration, le second mandat de Donald Trump, le changement climatique et les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ».
D’après le rapport, les consommateurs d’actualités se montrent particulièrement critiques « vis-à-vis de la couverture de l’immigration : l’écart est de 11 points de pourcentage en faveur de ceux qui jugent que les médias font un mauvais travail plutôt qu’un bon travail sur ce sujet ». Dans les pays où le paysage médiatique est plus polarisé, « comme au Royaume-Uni et aux États-Unis, l’orientation politique fait apparaître d’importantes divergences de satisfaction ».
L’étude démontre également que « les personnes qui découvrent les événements majeurs à travers les réseaux sociaux et les plateformes vidéo ont tendance à être plus critiques sur la manière dont les médias traditionnels les couvrent ». Un autre point fort du rapport indique que « la majorité de la population préfère toujours une information impartiale ».
Les audiences soutiennent encore massivement l’idée « d’obtenir des informations auprès de sources qui n’adoptent pas un point de vue spécifique ». Selon le rapport, « la préférence pour ce type d’information impartiale a reculé de trois points de pourcentage depuis 2020, mais ceux qui la privilégient restent plus de deux fois plus nombreux que ceux qui préfèrent des informations alignées sur leurs propres opinions ».
Par ailleurs, « aucun glissement majeur vers une préférence pour des informations partisanes n’a été observé : le soutien à ces dernières a en réalité baissé de quatre points depuis 2020, pour s’établir à 20 % ». Près de la moitié (45 %) des personnes interrogées préfère des informations « qui ne prennent pas parti, et une proportion similaire (46 %) estime qu’une consommation d’actualités neutres est préférable pour le reste de la société ».
Concernant les créateurs de contenu ou influencers [influenceurs], ces derniers redéfinissent la manière de découvrir l’actualité, sans pour autant remplacer le journalisme traditionnel. Plus de la moitié (51 %) des personnes interrogées dans le monde « affirment consommer chaque semaine des informations en ligne provenant de sources indépendantes des réseaux sociaux et des plateformes vidéo. Chez les utilisateurs qui suivent des créateurs spécialisés dans l’actualité, cette part de consultation hors réseaux sociaux grimpe à 60 %, ce qui va à l’encontre de l’idée reçue selon laquelle les créateurs détourneraient le trafic des sources traditionnelles.
L’information de service public : valorisée mais politiquement contestée
L’information de service public est jugée essentielle, mais elle se retrouve au cœur de débats politiques. Selon le rapport, dans les 26 pays dotés d’un média de service public d’envergure, « les citoyens ont globalement plus tendance à attribuer un impact social positif qu’un impact négatif à l’information publique », avec 37 % d’avis favorables contre 22 % d’avis négatifs. Cependant, ce soutien « n’est pas réparti de manière uniforme et les opinions s’avèrent plus divisées là où la confiance envers les médias est faible et où la polarisation politique est marquée », poursuit le DNR2026.
Le document « note de profonds clivages entre la gauche et la droite concernant la perception de l’impact social des médias de service public dans des pays comme les États-Unis, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni ».
Si l’on mesure l’écart net entre les opinions positives et négatives, « la perception positive nette de l’effet des médias de service public sur la société est la plus forte dans quatre marchés nordiques, ainsi qu’au Portugal (42 % de perception positive nette, avec 53 % d’avis positifs et 11 % d’avis négatifs), un pays où le journalisme télévisé reste une source d’information particulièrement populaire et où la confiance globale envers les actualités demeure élevée ».
Avec 28 points de pourcentage, la perception positive nette est également élevée en Suisse (42 % de perception positive et 14 % de perception négative), où un projet de référendum visant à réduire drastiquement le financement du diffuseur public suisse, la SRG SSR, a été récemment rejeté.
Trois grands profils de pays se dégagent de cette analyse : le premier comprend des nations comme la Finlande et l’Australie, qui affichent un impact social net largement positif en faveur de leurs médias de service public. Le deuxième groupe, qui inclut le Royaume-Uni et la République tchèque, présente des avis « globalement partagés sur l’effet de ces médias dans la société, même si la majorité des personnes interrogées dans ces deux pays considèrent les marques d’information du service public comme fiables ».
Dans le troisième groupe, où la confiance globale dans l’actualité oscille entre seulement 19 % et 32 %, les sondés sont plus nombreux à penser que l’information de service public a un impact négatif sur la vie nationale plutôt qu’un impact positif. Ce groupe comprend notamment la France et la Slovaquie.
La confiance globale envers les actualités « semble étroitement liée à la perception du rôle social joué par l’information de service public ». Un autre facteur clé réside dans le niveau d’engagement : « là où l’intérêt pour l’actualité et la politique est le plus prononcé, et où la population s’informe fréquemment à partir d’un large éventail de sources, les sondés sont plus enclins à valoriser l’impact social du service public », précise le document.
Par ailleurs, l’accès payant à l’information en ligne stagne à 17 % « au sein des 20 pays où cet indicateur est suivi depuis plusieurs années ». La majorité de ceux qui payent le font « pour des bénéfices directs (81 %), 43 % citant l’accès à des contenus exclusifs comme l’une de leurs motivations principales ». Les critères éthiques entrent aussi en ligne de compte : 46 % des abonnés affirment être motivés par la volonté de soutenir le journalisme en raison de son importance pour la société.
Face à la baisse du nombre de nouveaux visiteurs sur leurs sites, les publishers [éditeurs de médias] concentrent de plus en plus leurs efforts sur la fidélisation de leurs abonnés actuels et sur l’optimisation du revenu moyen par utilisateur (ARPU) pour attirer de nouveaux clients. Les résultats du dernier trimestre 2025 du New York Times indiquent ainsi que la proportion d’abonnés payant uniquement pour l’accès aux actualités est passée de 17 % à 12 %.
L’Irlande et l’Australie sont les deux seuls pays en dehors de la zone nordique (Norvège et Suède) où plus de 20 % de la population paye désormais pour accéder aux informations.
L’enquête a été menée fin janvier/début février sur 48 marchés : États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, France, Italie, Espagne, Portugal, Irlande, Norvège, Suède, Finlande, Danemark, Belgique, Pays-Bas, Suisse, Autriche, Hongrie, Serbie, Slovaquie, République tchèque, Pologne, Croatie, Roumanie, Bulgarie, Grèce, Turquie, Corée du Sud, Japon, Hong Kong, Inde, Indonésie, Malaisie, Philippines, Taïwan, Thaïlande, Singapour, Australie, Canada, Brésil, Argentine, Colombie, Chili, Pérou, Mexique, Maroc, Nigeria, Kenya et Afrique du Sud. L’échantillon total s’élève à 97 520 adultes, soit environ 2 000 participants par marché. Lusa



