
Près de 33.000 sociétés marocaines n’ont pas renouvelé leurs déclarations sociales en 2024 à la CNSS. Le gouvernement Akhannouch a perdu ainsi 11,9 % de ses TPE déclarantes. Soit environ 70 TPE par jour. Alors combien de salariés se retrouvent aujourd’hui rayés de la carte sociale? La réponse fait froid dans le dos.
C’est un signal d’alarme que les chiffres de la CNSS viennent d’allumer. 32 963 entreprises, qui employaient encore des salariés en 2023, n’ont effectué aucune déclaration sociale en 2024. Des « sortantes », comme les nomment pudiquement un rapport officiel.
76 % de TPE : le tissu productif s’effiloche
Sur les 32 963 entreprises sortantes, 25 137 sont des micro-entreprises de 1 à 3 salariés. Elles représentent à elles seules plus des trois quarts des sorties (76 %). Le reste, soit 7 826 structures, comptent au moins 4 salariés.
Ces chiffres posent une question brûlante : combien de salariés ont été laissés sur le carreau ?
On n’a pas le nombre exact de salariés concernés. Mais une estimation basée sur des moyennes raisonnables donne le vertige : Entre 80.000 et 100.000 salariés pourraient avoir disparu des fichiers de la sécurité sociale en une seule année. Une hémorragie silencieuse : c’est 33 000 opportunités pour le travail informel. Et 33.000 raisons d’agir.
Un manque à gagner qui représente 3,41 milliards de dirhams de masse salariale sortie du périmètre. C’est plus d’un milliard de dirhams qui ne viendront pas alimenter les caisses sociales, et qui devront être compensés par d’autres recettes fiscales… ou par une dégradation des services.
Vous avez bien lu. Un salarié qui cotise rapporte à la CNSS. Un salarié qui disparaît des déclarations coûte à la CNSS.
Les perdants sont partout :
- Le salarié : perd ses droits, sa traçabilité, sa retraite.
- La CNSS : perd des cotisations et voit ses charges augmenter.
- L’Assurance Maladie obligatoire : doit absorber des patients non cotisants.
- Le budget de l’État : doit éponger les aides sociales qui se substituent aux cotisations manquantes.
« C’est un cercle vicieux où l’économie informelle pompe les ressources du formel », analyse un expert en protection sociale.
Le Maroc ne peut plus se permettre d’ignorer ses « sortants », convertis en « exclus sociaux » qui, par ricochet, deviennent une charge inattendue… pour l’État.
Les TPE : mal-aimées, mais essentielles
25 137 entreprises de 1 à 3 salariés ont disparu des déclarations CNSS en 2024. Ce n’est pas un accident. C’est le symptôme d’une politique publique qui a tourné le dos aux TPE pendant des années.
Les experts sont unanimes : les très petites entreprises ne quittent pas le système par plaisir. Elles le quittent parce qu’elles n’arrivent plus à y rester.
Elles représentent pourtant :
- 93 % du tissu productif marocain,
- près de 40 % de l’emploi privé,
- le principal vivier d’embauche pour les jeunes et les femmes.
Les ignorer, c’est donc fragiliser tout l’édifice économique et social du pays. L’État a le choix. Soit il continue à traiter les TPE comme des fraudeurs potentiels, elles disparaîtront encore plus. Soit il les considère comme des partenaires fragiles à protéger, il les ramène dans le système, et tout le monde y gagne.
Savez-vous que le système marocain de retraite a franchi un seuil critique en 2025, les prestations versées devenant supérieures aux cotisations perçues, marquant un tournant critique pour l’équilibre financier des régimes de retraite et renforçant l’urgence d’une réforme structurelle.
Bref, réviser la politique étatique envers les TPE, ce n’est pas un cadeau fait aux entreprises. C’est un investissement dans la stabilité sociale et la soutenabilité financière du pays. Parce qu’un salarié déclaré aujourd’hui, c’est un cotisant demain, et un retraité après-demain. Un salarié non déclaré, c’est une charge pour toujours.



