
Le Maroc a importé 708 milliards de dirhams de biens entre janvier et septembre 2026, contre 384 milliards exportés. Résultat : un déficit commercial de 323,9 milliards de DH, en aggravation de 25,4 % sur un an. Le taux de couverture recule de 3,1 points, à 54,2 %. Derrière ce creusement, un coupable désigné : la facture énergétique, qui explique à elle seule près de 30 % de la hausse des importations.
Un effet ciseau défavorable
C’est une équation implacable. À fin septembre 2026, les importations de biens atteignent 707 994 millions de dirhams (MDH), contre 605 359 MDH un an plus tôt, soit une hausse de 17,0 % (+102 635 MDH). Dans le même temps, les exportations ne progressent que de 10,7 % (+36 971 MDH), à 384 054 MDH.
Autrement dit, les importations ont crû près de trois fois plus vite que les exportations. Résultat mécanique : le déficit commercial se creuse à −323 940 MDH, contre −258 276 MDH un an plus tôt, soit une aggravation de 25,4 % (+65 664 MDH).
Le taux de couverture — le rapport entre exportations et importations — perd 3,1 points, passant de 57,3 % à 54,2 %. Les exportations marocaines ne couvrent désormais plus que 54,2 % des importations. Un signal de vulnérabilité extérieure croissante.
Une dégradation continue depuis 2024
La série longue révèle une tendance préoccupante :
| Année (janv.–sept.) | Importations | Exportations | Solde commercial |
|---|---|---|---|
| 2022 | 552 829 | 320 421 | −232 408 |
| 2023 | 528 916 | 314 732 | −214 184 |
| 2024 | 554 479 | 334 365 | −220 114 |
| 2025 | 605 359 | 347 083 | −258 276 |
| 2026 | 707 994 | 384 054 | −323 940 |
Entre 2022 et 2023, le déficit s’était réduit (−232 408 → −214 184 MDH). Mais depuis 2024, il se creuse continuellement : −220 114, puis −258 276, puis −323 940 MDH. La dégradation de 2026 est la plus forte de la période, en valeur absolue comme en rythme.
La facture énergétique, premier coupable
Difficile de ne pas pointer du doigt la facture énergétique. À fin septembre 2026, elle atteint 111 596 MDH, en hausse de +37,0 % (+30 156 MDH). À elle seule, elle explique près de 30 % de la hausse totale des importations (+102 635 MDH).
Le détail est éclairant : la hausse des gas-oils et fuel-oils (+51 %, +19 798 MDH) est quasi exclusivement imputable aux prix (+47,5 %), les volumes importés n’ayant progressé que de +2,4 %. Le Maroc a payé plus cher son énergie, pas consommé significativement plus. Un choc prix, donc, plus qu’un choc de demande.
Les exportations freinées par les phosphates et le textile
Côté exportations, la croissance de +10,7 % masque des dynamiques contrastées :
- Automobile : +14,3 % (+16 573 MDH) — principal moteur
- Agroalimentaire : +10,7 % (+7 019 MDH)
- Aéronautique : +22,3 % (+4 781 MDH)
- Phosphates : +0,2 % seulement (+125 MDH) — stagnation
- Textile et cuir : −5,0 % (−1 700 MDH) — seul grand secteur en recul
La stagnation des phosphates et le recul du textile empêchent les exportations de suivre le rythme des importations.
Les amortisseurs : Voyages et MRE
Le déficit commercial ne dit pas tout de la position extérieure du Maroc. Les excédents des services et les transferts des MRE viennent partiellement compenser :
| Flux (janv.–sept. 2026) | Montant |
|---|---|
| Déficit commercial | −323 940 MDH |
| Recettes Voyages (solde) | +88 290 MDH |
| Transferts MRE | +103 056 MDH |
| IDE entrants (flux net) | +35 247 MDH |
Les recettes Voyages et les transferts MRE couvrent ensemble environ 59 % du déficit commercial. Un amortisseur réel, mais insuffisant pour équilibrer la balance courante, qui reste sous pression.
En résumé
Le déficit commercial marocain atteint −323 940 MDH à fin septembre 2026, en aggravation de 25,4 % (+65 664 MDH) sur un an. Les importations progressent de +17,0 % (+102 635 MDH), près de trois fois plus vite que les exportations (+10,7 %, +36 971 MDH), et le taux de couverture recule de 3,1 points à 54,2 %. La facture énergétique (+37,0 %) explique près de 30 % de la hausse des importations. Les excédents des services (Voyages) et les transferts MRE compensent partiellement le déficit, mais la balance courante reste sous pression. La dégradation, continue depuis 2024, appelle une vigilance accrue — et dépend largement de l’évolution des prix des matières premières, notamment énergétiques.



