
Les évaluations de l’assureur-crédit belge Credendo mettent en évidence des écarts significatifs entre les quatre grandes économies d’Afrique du Nord, notamment en matière de risque politique, d’environnement des affaires et de transferts de capitaux. Selon la grille comparative fournie, le Maroc affiche le profil le plus favorable des quatre marchés, loin devant une Tunisie sous forte pression et une Égypte confrontée à d’importants risques politiques et de transfert.
Dans la compétition pour attirer les capitaux étrangers, le coût du risque compte presque autant que la taille du marché. Et sur ce terrain, le Maroc semble disposer d’un avantage significatif face à ses principaux voisins nord-africains.
La comparaison des indicateurs de risque politique, d’environnement des affaires, de stabilité et de transfert des capitaux fait apparaître une hiérarchie relativement claire : Maroc, Algérie, Égypte, Tunisie.
Maroc : l’avantage du risque politique
Le Maroc se distingue d’abord par son risque politique à court terme, évalué à 2, contre 5 pour l’Algérie et 6 pour l’Égypte et la Tunisie.
L’écart est considérable. Pour un investisseur qui raisonne à court terme, la stabilité politique constitue un élément déterminant dans la sécurisation d’un projet industriel, d’une implantation commerciale ou d’un investissement direct.
Le Royaume obtient également une classification OECD de 3, contre 5 pour l’Algérie, 6 pour l’Égypte et 7 pour la Tunisie.
Autre avantage : son environnement des affaires est classé C, alors que l’Algérie et l’Égypte sont en F et la Tunisie en E.
Autrement dit, le Maroc ne présente pas un profil sans risque. Mais il affiche, dans cette comparaison, le niveau de risque global le plus contenu.
Algérie : un marché important, mais un environnement plus contraignant
L’Algérie se situe en deuxième position.
Son risque politique à court terme atteint 5, tandis que son risque à moyen et long terme est évalué à 4. Sa classification OECD ressort à 5.
Le principal point de vigilance concerne l’environnement des affaires, classé F, ainsi que le risque lié à l’action gouvernementale, évalué à 5.
Pour les investisseurs étrangers, le sujet n’est donc pas uniquement la stabilité politique. Il concerne également la prévisibilité du cadre réglementaire et la capacité à sécuriser durablement les opérations.
Sur les restrictions de transfert et d’inconvertibilité, l’Algérie obtient néanmoins un score de 4, identique à celui du Maroc et meilleur que celui de la Tunisie et de l’Égypte.
Égypte : la puissance du marché face au risque
L’Égypte présente un paradoxe.
Son marché est considérable et son poids économique régional est important, mais la grille de risque fait apparaître plusieurs zones de fragilité.
Le risque politique atteint 6 à court terme comme à moyen/long terme. La classification OECD s’établit également à 6.
Le risque de violence politique atteint 5, soit le niveau le plus élevé des quatre pays étudiés.
Autre signal important pour les entreprises étrangères : le risque d’inconvertibilité et de restrictions de transfert est évalué à 6.
C’est un élément particulièrement sensible pour les investisseurs qui doivent rapatrier des dividendes, financer des importations ou assurer la convertibilité de leurs revenus.
L’environnement des affaires est par ailleurs classé F.
L’Égypte dispose donc d’un formidable potentiel de marché, mais ce potentiel doit être mis en balance avec un niveau de risque sensiblement supérieur à celui observé au Maroc.
Tunisie : le profil le plus exposé
La Tunisie apparaît comme le marché présentant le profil de risque le plus élevé des quatre.
Son risque politique atteint 6 à court terme et 6 à moyen/long terme.
Sa classification OECD s’établit à 7, soit le niveau le plus élevé du groupe.
L’environnement des affaires est classé E, tandis que le risque d’inconvertibilité et de restrictions de transfert atteint 6.
La Tunisie conserve des atouts économiques, industriels et géographiques, mais pour un investisseur international, ces avantages doivent être pondérés par une exposition plus importante au risque politique, réglementaire et financier.
Le vrai avantage marocain
Le classement ne signifie pas que le Maroc est exempt de risques. Son risque politique à moyen et long terme est évalué à 4, son risque de violence politique à 4 et son risque de transfert à 4.
Mais c’est précisément la combinaison des indicateurs qui fait la différence.
Le Maroc est le seul des quatre pays à cumuler un risque politique court terme faible, une classification OECD relativement favorable et un environnement des affaires mieux noté.
C’est un avantage particulièrement important dans un contexte où les multinationales ne choisissent plus uniquement un pays en fonction du coût du travail ou de la taille du marché.
Elles regardent également la stabilité, la visibilité réglementaire, la possibilité de transférer les capitaux, le risque d’intervention publique et la prévisibilité de l’environnement économique.
Une bataille qui dépasse le Maghreb
Cette comparaison révèle surtout une nouvelle dimension de la compétition régionale.
Le Maroc ne doit plus seulement se comparer à l’Algérie ou à la Tunisie sur les coûts, les infrastructures ou les incitations à l’investissement. Le risque-pays devient lui aussi un argument de compétitivité.
Pour un groupe international qui doit choisir entre plusieurs plateformes en Afrique, un écart de plusieurs points sur les indicateurs de risque peut modifier le coût du financement, les exigences de rentabilité et, au final, la décision d’implantation.
La conclusion de cette grille est donc particulièrement favorable au Royaume : le Maroc semble aujourd’hui disposer d’un avantage comparatif en matière de risque d’investissement au sein de l’Afrique du Nord.
Mais cet avantage n’est pas acquis. Pour le conserver, le véritable enjeu sera désormais de réduire encore le risque réglementaire, d’améliorer l’environnement des affaires et de renforcer la prévisibilité du cadre d’investissement.
Car dans la compétition pour les capitaux, le pays qui offre le meilleur marché n’est pas toujours celui qui gagne. C’est souvent celui qui offre le meilleur rapport entre potentiel et risque.



