Le Premier ministre Andy Burnham brise le tabou d’un retour du Royaume-Uni dans l’UE

Et si le Royaume-Uni retournait dans l’Union européenne? Le nouveau Premier ministre travailliste Andy Burnham a rouvert publiquement le débat. Près de 60% des Britanniques pensent que le Brexit était une erreur, selon un sondage de YouGov.
La proportion de la population du Royaume-Uni déçue du Brexit augmente depuis cinq ans. Cela s’explique avant tout par les effets économiques négatifs de cette sortie de l’UE, estime Pauline Schnapper, professeure de civilisation britannique à l’université Paris III – Sorbonne Nouvelle, dans l’émission Tout un monde lundi.
« L’économie britannique ne se porte pas particulièrement bien. Les échanges commerciaux avec l’Union européenne ont baissé, alors que c’est quand même son premier voisin, mais aussi son premier partenaire commercial », détaille la chercheuse.
Au-delà des questions économiques, une partie de la population a l’impression que le niveau d’immigration, thème central du Brexit, n’a pas baissé depuis 2016. « En réalité c’est plus compliqué que ça. Le taux d’immigration a en effet augmenté juste après le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne. Et puis il a baissé ces deux dernières années », explique Pauline Schnapper.
« Mais la perception est toujours que l’immigration est forte et que donc le Royaume-Uni n’a pas repris le contrôle, pour reprendre le slogan qui avait été utilisé lors du référendum », poursuit la chercheuse.
Années de négociations
Le Premier ministre Andy Burnham reste prudent et affirme ne pas faire plus qu’ouvrir le débat. Mais si la question d’un retour dans l’Union européenne devait de poser sérieusement, « un gouffre » s’ouvrirait, estime Pauline Schnapper.
« Est-ce que le Royaume-Uni, la population britannique, mais aussi l’Union européenne, seraient prêtes à repartir dans des mois ou des années de négociations? Le pays serait-il prêt à refaire un référendum pour revenir dans l’UE? »
Pour toutes ces raisons, l’hypothèse de revenir dans le marché unique, qui ne nécessiterait pas de référendum, pourrait paraître un petit peu plus attractive, en tout cas pour l’Union européenne, estime la chercheuse. « Pour les Britanniques, ça poserait d’autres problèmes », souligne la chercheuse.
Du pain béni pour l’extrême droite?
Nigel Farage, ancienne figure pro-Brexit et actuel leader du parti d’extrême-droite Reform UK, s’est dit très surpris que le Premier ministre rouvre la question. Il prend même cela comme un cadeau: « Cela va nous ouvrir la porte », a-t-il déclaré, alors que son parti a déjà obtenu des succès électoraux au printemps.
Pauline Schnapper n’en est pas aussi certaine. « Les gens qui étaient très pro-Brexit votent déjà pour Reform UK. Le pari d’Andy Burnham est que cette ouverture – encore une fois, on ne sait pas du tout jusqu’où ça pourrait aller – pourrait lui rapporter plutôt que lui coûter électoralement. »
Il y a en effet tout un électorat pro-européen qui quittait ou menaçait de quitter le parti travailliste et se dirigeait vers le parti vert ou les libéraux-démocrates, qui sont pro-européens, indique Pauline Schnapper. « Andy Burnham estime que ça pourrait lui rapporter davantage que ça ne ferait monter Reform UK. L’avenir qui nous le dira », conclut Pauline Schnapper.
rtsinfo



