Stock pétrolier : Le grand paradoxe des milliards « gratuits »

Alors que la loi 67-15 impose aux distributeurs de carburant un stock de sécurité de 60 jours, la réalité du terrain affiche un déficit chronique. Pourtant, les subventions publiques coulent à flots : plus de 10 milliards de dirhams injectés en deux ans (2024-2025) au profit de deux leaders du marché: Afriquia et TotalEnergies Marketing au titre de soutien pour encourager le respect du stockage.
La loi ignorée, la caisse ouverte
C’est un secret de polichinelle qui pèse lourd sur les finances de l’État. Au Maroc, le secteur des hydrocarbures semble jouir d’un régime d’exception où l’obligation réglementaire devient facultative, mais où la prime, elle, est garantie.
Le cadre est pourtant clair : pour protéger le pays d’un choc extérieur, tout importateur doit maintenir en permanence l’équivalent de 60 jours de consommation dans ses bacs. Or, depuis la libéralisation de 2015, le secteur fonctionne « à flux tendus ». La plupart des opérateurs peinent à dépasser les 30 ou 45 jours de réserve, préférant la rotation rapide des stocks à l’immobilisation coûteuse de capitaux.
Le plus frappant reste le volet financier. En 2025, le numéro 3 du marché TotalEnergies Marketing a capté 1,9 milliard de dirhams de subventions publiques, après 2,4 milliards en 2024.
La réglementation a prévu aussi la ristourne de stockage : c’est un mécanisme permettant de rémunérer les opérateurs pour l’entretien de ces infrastructures de stockage stratégiques. Des montants colossaux versés alors même que l’objectif stratégique des 60 jours n’est pas atteint.
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Le contribuable finance-t-il un risque ?
Pourquoi l’État continue-t-il de subventionner sans sanctionner ? Ce « bras de fer passif » entre le ministère de tutelle et les pétroliers révèle une dépendance dangereuse. D’un côté, les opérateurs invoquent le coût prohibitif du stockage et la volatilité des cours mondiaux pour justifier leur frilosité. De l’autre, les autorités semblent craindre qu’une application stricte de la loi ne déstabilise un approvisionnement national déjà sous tension, laissant le contribuable payer la facture d’une sécurité qui reste, pour l’heure, théorique.
Stockage énergétique : +30 % depuis 2021, cap renforcé à 2030
La ministre de la Transition énergétique, Leila Benali, annonce une hausse de 30 % des capacités de stockage de carburants depuis 2021, atteignant 3,2 millions de m³ en 2025. Une dynamique appelée à s’accélérer avec un programme visant 1,5 milliard de m³ à l’horizon 2030, pour un investissement global de 6 MMDH, dont un tiers dès 2026.
Sécurité d’approvisionnement : gasoil et essence sécurisés, butane sous tension
L’analyse du gouvernement montre une situation globalement stable pour le gasoil, l’essence et le fioul, notamment grâce aux capacités de la raffinerie La Samir.
En revanche, deux segments restent fragiles :
- Butane : déficit structurel persistant
- Kérosène : capacités insuffisantes
Des projets sont prévus pour renforcer les stocks à horizon 2030 :
- +400 000 m³ pour le butane
- +100 000 m³ pour le kérosène
Rééquilibrage territorial : vers une meilleure répartition des stocks
Le gouvernement veut corriger une forte concentration (80 %) des capacités dans Casablanca-Settat et Tanger-Tétouan-Al Hoceima.
Objectif : une répartition plus équilibrée sur le territoire, avec un rôle stratégique accru du port de Nador West Med comme hub énergétique futur.
Débat parlementaire : fiscalité et absence de vision raffinage
L’opposition critique :
- une politique de stockage jugée insuffisante
- l’absence de stratégie claire après l’arrêt du raffinage local
- un manque de transparence sur la structure des prix (TVA, TIC)
Elle appelle à :
- alléger la fiscalité sur les carburants
- soutenir les secteurs agricoles et de pêche face à la hausse des coûts
Électricité : investissements et modernisation du réseau
L’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable (ONEE) a mobilisé plus de 270 MDH pour :
- renouveler les infrastructures vétustes
- renforcer la maintenance 2022–2026
Ces missions seront progressivement transférées aux Sociétés Régionales Multi-services (SRM).
La ministre défend les résultats du programme d’électrification rurale (99 % de couverture), tout en distinguant les coupures programmées, techniques ou liées aux raccordements illégaux.
Par la Rédaction



