Défaillances d’entreprises : Le Maroc déjoue les pronostics d’Allianz Trade

Alors qu’Allianz Trade prédisait, à l’automne 2025, une année noire avec un record historique de 16 800 défaillances, soit plus de 7%, son dernier rapport mondial, publié le 22 avril 2026, apporte un correctif significatif. Contre toute attente, le Maroc enregistre une performance meilleure que prévu, marquée par une baisse de 2 % de ses défaillances.
Le « Faux Record » de plus de 7% de défaillances
En octobre 2025, la prévision faisait la « Une » et inquiétait les décideurs : « L’année 2025 devrait établir un nouveau record avec près de 16 800 défaillances, soit un niveau plus que doublé par rapport à la période précédant la crise sanitaire ». Ce scénario d’une explosion de +109 % de la sinistralité par rapport à 2019 était alors présenté comme inéluctable par l’assureur-crédit.
Lequel soulignait que le Royaume figure parmi les pays où la hausse des insolvabilités est la plus alarmante à l’échelle internationale. Le Maroc se classe dans le groupe restreint des économies dont le nombre de faillites dépasse simultanément deux références historiques majeures : la période pré-pandémie (2016-2019) et celle de la Grande Crise Financière de 2008, peut-on lire.

Le choc post-pandémie : En 2025, le volume des insolvabilités au Maroc devrait bondir de 109 % par rapport à sa moyenne de 2016-2019. Ce surplus dépasse largement la barre des 10 % observée dans la plupart des pays et place le Royaume dans le peloton de tête des hausses mondiales, aux côtés de pays comme la Corée du Sud (+180 %) et l’Australie (+92 %).
Un « double dépassement » : Sur les 18 pays (deux sur cinq globalement) qui voient leurs indicateurs virer au rouge sur tous les benchmarks, le Maroc rejoint des économies telles que la France, l’Italie, l’Espagne et le Brésil.
Les analystes d’Allianz Trade pronostiquaient, alors, que contrairement à certains voisins européens comme le Portugal ou la Norvège, qui parviennent à maintenir leurs niveaux d’insolvabilité en dessous de leurs moyennes historiques, le Maroc subit une pression prolongée. Cette tendance s’inscrit dans un contexte mondial où 2,1 millions d’emplois sont directement menacés, principalement dans trois secteurs clés : La construction, le commerce de détail, les services.
Le soulagement d’avril 2026 : Le Maroc déjoue les pronostics
Six mois plus tard, le ton a radicalement changé. Dans son rapport publié le 22 avril 2026, Allianz Trade fait amende honorable. Au lieu de la spirale inflationniste des faillites redoutée, le Maroc affiche un niveau « inférieur aux attentes » : Le pays enregistre finalement un recul de -2 %.
Dans sa mise à jour mondiale, Allianz Trade reconnaît, ainsi, explicitement avoir surestimé la dégradation du marché marocain. Alors que des économies comme la Suisse ou le Brésil s’enfoncent, le Maroc enregistre un niveau d’insolvabilités inférieur aux prévisions (-2 %). Ce revirement suggère une capacité d’adaptation des entreprises marocaines plus forte que ne le laissaient présager les modèles statistiques d’Allianz Trade.

L’économie marocaine vient de donner tort aux modèles statistiques les plus sombres. Cette erreur de prévision n’est pas qu’un détail statistique ; elle est révélatrice d’un biais de pessimisme : Le doublement redouté par rapport à l’avant-crise sanitaire ne s’est pas matérialisé avec la violence annoncée, replaçant le Maroc dans une trajectoire de normalisation plutôt que de rupture.
Allianz Trade a-t-il crié trop fort ?
En octobre 2025, Allianz Trade agitait le spectre d’une année noire avec plus de 7% de défaillances pour le Maroc. Six mois plus tard, le 22 avril 2026, l’assureur-crédit fait volte-face et admet une baisse de 2 %. Cette spectaculaire erreur de trajectoire pose une question de fond : peut-on réellement se fier aux prévisions d’un acteur qui vend… de la protection contre les risques ?
Un scénario pessimiste n’est pas qu’une simple erreur de calcul. C’est un levier psychologique puissant. En annonçant un doublement des faillites, l’assureur-crédit crée un climat d’anxiété qui incite naturellement les entreprises à souscrire à des polices d’assurance-crédit pour protéger leurs créances.
Si les prévisions sont nécessaires à la visibilité des entreprises, cette erreur de 2025 rappelle aux dirigeants qu’une statistique « alarmante » peut aussi être une stratégie marketing masquée, la frontière entre « expertise économique » et « prospection commerciale » devient, alors, floue.
Le terrain marocain a été, in fine, plus solide que le modèle économique de l’assureur ne voulait bien le croire.



