
C’est une étape majeure pour la statistique nationale au Maroc. Le passage de l’Enquête Nationale sur l’Emploi (ENE) à l’Enquête sur la main-d’œuvre (EMO2026) marque l’entrée dans une « nouvelle génération » d’outils de mesure, totalement alignée sur les standards internationaux de l’OIT.
Voici ce qu’il faut retenir de cette publication du HCP sur la situation du marché du travail au premier trimestre 2026 :
Selon la nouvelle méthodologie EMO2026 adoptée au Maroc, le calcul du taux de chômage a été affiné pour ne prendre en compte que le chômage au sens strict.
Analyse de la différence
Le passage de l’ancienne à la nouvelle formule modifie radicalement le résultat :
| Indicateur | Ancienne Formule (2025) | Nouvelle Formule (T1-2026) |
| Volume du chômage | 1 621 000 | 1 253 000 |
| Population active | 12 488 000 | 11 617 000 |
| Taux de chômage | ~13,0 % | 10,8 % |
Pourquoi cette baisse ?
Ce n’est pas une victoire économique soudaine, mais une reclassification méthodologique.
La baisse du taux (de 13% à 10,8%) s’explique principalement par le fait qu’en 2026, on ne compte plus comme « chômeurs » les personnes qui ne font pas de recherches actives (elles sont déplacées vers la main-d’œuvre potentielle). Parallèlement, la base de calcul (la population active) a diminué car on a retiré l’emploi non rémunéré.
C’est ce qu’on appelle une rupture statistique : la situation réelle du pays n’a pas forcément changé en quelques mois, c’est la règle de calcul qui est devenue plus « stricte ».
Voici une analyse détaillée des données :

La répartition globale de la population
Sur une population en âge de travailler de 27 775 000 personnes :
- Main-d’œuvre (Population active) : 11 617 000 personnes, soit un taux de participation de 41,8 %.
- Hors Main-d’œuvre (Inactifs) : 16 158 000 personnes (58,2 %).
Personnes au chômage strict:1 253 000 personnes, établissant le nouveau taux de chômage strict à 10,8%.
Pression avec sous-emploi : 1 253 000 (chômage) + 671 000 (sous-emploi) = 1 924 000 personnes.
Réserve totale de main-d’œuvre : En ajoutant la main-d’œuvre potentielle (884 000), le volume global de personnes en situation de sous-utilisation s’élève à 2 808 000 personnes au premier trimestre 2026.
Voici une synthèse des points clés pour comprendre cette transition :
1. Une définition de l’emploi plus restrictive
Désormais, pour être considéré comme « en emploi », l’activité doit obligatoirement être exercée contre rémunération ou en vue d’un profit.
- Ce qui change : Les personnes travaillant pour l’autoconsommation familiale (très présentes en milieu rural, par exemple) ne sont plus comptabilisées dans la population active occupée. Elles basculent dans la catégorie « production pour usage propre ».
Le passage au chômage « au sens strict »
L’EMO2026 adopte une définition plus rigoureuse du chômage. Pour être déclaré chômeur, il faut remplir simultanément trois conditions :
- Être sans emploi.
- Être disponible immédiatement pour travailler.
- Rechercher activement un emploi.
- Conséquence : Les personnes qui souhaitent travailler mais ne font pas de démarches actives (souvent par découragement) sont désormais exclues du taux de chômage officiel pour intégrer une nouvelle catégorie : la main-d’œuvre potentielle.
De l’indicateur unique au système multidimensionnel
Au lieu de se focaliser uniquement sur le taux de chômage, le Maroc utilise maintenant quatre indicateurs pour mesurer la sous-utilisation de la main-d’œuvre :
- LU1 : Taux de chômage strict.
- LU2 : Chômage + Sous-emploi (personnes travaillant peu d’heures mais souhaitant travailler plus).
- LU3 : Chômage + Main-d’œuvre potentielle.
- LU4 (Indicateur composite) : Le cumul des trois (Chômage + Sous-emploi + Main-d’œuvre potentielle). Cela donne une vision réelle de la pression sur le marché de l’emploi.
Une précision statistique accrue
- Échantillon massif : On passe de 90 000 à 135 000 ménages sondés par an.
- Base de sondage : Mise à jour via le Recensement de 2024 (RGPH).
- Analyse dynamique : L’introduction d’un système de rotation des ménages permet désormais de suivre l’évolution des mêmes familles d’un trimestre à l’autre, offrant une meilleure lecture des trajectoires professionnelles.
Point de vigilance : Il est crucial de noter que les chiffres de 2026 ne peuvent pas être comparés directement aux années précédentes. Si vous constatez une baisse ou une hausse soudaine des taux, elle est probablement due à ce changement de « thermomètre » plutôt qu’à une modification brutale de la réalité économique.
NOTE D’INFORMATION RELATIVE À LA SITUATION DU MARCHÉ DU TRAVAIL AU MAROC AU PREMIER TRIMESTRE DE 2026
A PARTIR DE LA NOUVELLE ENQUÊTE SUR LA MAIN-D’ŒUVRE (EMO2026)
Principaux changements méthodologiques et conceptuels
Les principaux changements adoptés par ce nouveau dispositif se déclinent en trois axes :
Axe 1 – Mise à jour conceptuelle
Les principales évolutions introduites par le nouveau cadre conceptuel s’articulent autour de trois axes majeurs :
- La redéfinition de l’emploi, désormais limité aux activités exercées contre rémunération ou en vue d’un profit ;
- L’adoption du chômage au sens strict, afin de mieux mesurer la pression immédiate exercée sur le marché du travail ;
- et l’élargissement de la mesure de la sous-utilisation de la main-d’œuvre, intégrant également le sous-emploi lié à la durée du travail et la main-d’œuvre potentielle.
A noter que les résultats de l’EMO2026 ne sont pas directement comparables aux séries antérieures de l’ENE, en raison de ruptures conceptuelles :
- L’emploi : L’EMO 2026 considère désormais comme emploi uniquement le travail exercé contre rémunération ou en vue d’un profit. A titre d’exemple, les personnes exerçant des activités destinées principalement à l’autoconsommation au sein d’unités non marchandes sont désormais classées dans la production pour usage propre, et non plus dans l’emploi.
- Le chômage : le taux de chômage au sens strict remplace désormais le taux de chômage au sens large mesuré dans le cadre de l’ENE. Plus restrictif, il ne considère comme chômeuses que les personnes sans emploi, disponibles pour travailler et recherchant activement un emploi. Il exclut ainsi les personnes disponibles ne recherchant pas activement un emploi, ainsi que celles effectuant des démarches de recherche mais non disponibles pour travailler.
- La sous-utilisation de la main-d’œuvre : l’approche basée sur l’unique indicateur de chômage est remplacée par un système multidimensionnel intégrant quatre indicateurs. Cette approche permet d’appréhender de manière plus fine les différentes formes de sous-utilisation de la main d’œuvre à travers : (1) le taux de chômage au sens strict ; (2) le taux combinant le chômage au sens strict et le sous-emploi lié à la durée du travail ; (3) le taux associant le chômage au sens strict et la main-d’œuvre potentielle ; et (4) le taux composite regroupant le chômage au sens strict, le sous-emploi et la main-d’œuvre potentielle. Ensemble, ces indicateurs permettent de mesurer les pressions, actuelles et potentielles, exercées sur le marché du travail.
Axe 2 – Révision méthodologique : la taille de l’échantillon est passée de 90.000 à 135.000 ménages par an, permettant d’améliorer significativement la précision des indicateurs, en particulier aux niveaux régional et provincial.
Par ailleurs, la base de sondage a été actualisée à partir des résultats les plus récents du recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de 2024, et un nouveau schéma de rotation trimestriel et annuel des ménages a été instauré, permettant le suivi longitudinal partiel des ménages ainsi que l’analyse des dynamiques trimestrielles et annuelles des indicateurs du marché du travail.
Axe 3 – Enrichissement thématique : le champ thématique du nouveau dispositif a été enrichi. Il intègre désormais des thématiques nouvelles ou renforcées, notamment les défis d’accès au marché du travail, l’emploi informel, les différentes formes de la sous-utilisation de la main-d’œuvre et la formation tout au long de la vie.
Situation du marché du travail au premier trimestre de 2026
I. Participation au marché du travail
La population en âge de travailler (15 ans et plus) se répartit en deux catégories mutuellement exclusives selon la situation vis-à-vis du marché du travail : la main-d’œuvre (comprenant les personnes en emploi contre revenu et les chômeurs au sens strict) et la population hors main-d’œuvre, laquelle inclut la main-d’œuvre potentielle.
Au premier trimestre 2026, la population en âge de travailler s’établit à 27,8 millions personnes. Sa répartition se décline comme suit :
Population en âge de travailler selon la situation vis-à-vis du marché du travail

Au premier trimestre 2026, la main d’œuvre (personnes en emploi contre revenu et les chômeurs en sens strict) s’établit à 11.617.000 personnes. Près de 63,6% de cette catégorie de la population résident en milieu urbain. Par ailleurs, les femmes ne représentent que 21% de la main d’œuvre, contrastant nettement avec leur poids prédominant au sein de la population hors main-d’œuvre (71,2%).
Le taux de participation à la main d’œuvre (part de la main d’œuvre dans la population en âge de travailler) a atteint 41,8% au niveau national ; 41% en milieu urbain et 43,3% en milieu rural. Un écart très marqué a été constaté entre les hommes et les femmes ; ce taux culmine à 66,4% pour les hommes contre seulement 17,5% pour les femmes.
Les tranches d’âge 25-34 ans et 35-44 ans enregistrent les taux de participation à la main d’œuvre les plus importants, avec respectivement 56,7% et 56,5%, suivi par les personnes âgées de 45 ans et plus (38%). Alors que, les jeunes âgés de 15 à 24 ans enregistrent le taux le plus faible (23,4%).
II. Emploi contre revenu
Au premier trimestre 2026, le volume des personnes pourvues d’un emploi contre revenu a atteint 10.364.000 personnes. Près de 61,7% de cette population résident en milieu urbain et 19,7% sont de sexe féminin.
Le taux d’emploi contre revenu s’établit, ainsi, à 37,3% ; 35,5% en milieu urbain et 40,7% en milieu rural. Ce taux est de 60,1% pour les hommes contre 14,7% pour les femmes.
Selon les tranches d’âge, il culmine à 52,8% pour les personnes âgées de 35 à 44 ans, suivi par celles âgées de 25 à 34 ans (47,6%). Il décline à 36,4% pour les personnes âgées de 45 ans et plus avant d’atteindre le niveau le plus faible pour les jeunes âgés de 15 à 24 ans (16,6%).
Figure 1 : Taux d’emploi contre revenu selon certaines catégories de la population au premier trimestre 2026 (en%)
Contribution sectorielle dans l’emploi contre revenu
Le secteur des « services » est le principal pourvoyeur de l’emploi contre revenu, avec 5.085.000 personnes, concentrant à lui seul près de la moitié des personnes en emploi contre revenu (49,1%). Il est suivi de celui de l’ »agriculture, sylviculture et pêche » qui emploie 2.541.000 personnes, soit 24,5% du volume total d’emploi contre revenu, de l’ »industrie », avec 1.409.000 personnes (13,6%) et des BTP, avec 1.314.000 personnes (12,7%).
Figure 2 : Répartition de l’emploi contre revenu selon les secteurs d’activité économique et le milieu de résidence au premier trimestre 2026 (en%)

Il est à souligner que près des deux-tiers (64,3%) des personnes en emploi contre revenu, en milieu urbain, exercent dans le secteur des « services » et 17,7% dans l’ »industrie ». En milieu rural, 55,2% des personnes en emploi contre revenu exercent dans le secteur de l’ »Agriculture, sylviculture et pêche » et 24,4% dans les « services ».
III. La sous-utilisation de la main-d’œuvre
Pour appréhender toutes les formes de besoin non satisfait de travail en échange d’une rémunération ou d’un bénéfice, une approche multidimensionnelle est désormais préconisée. Elle met en lumière l’ampleur et la diversité des pressions qui s’exercent réellement sur le marché du travail en intégrant :
- Le chômage au sens strict qui appréhende les situations d’absence totale d’emploi contre revenu chez des personnes qui en cherchent un et sont disponibles pour travailler ;
- Le sous-emploi lié à la durée du travail qui appréhende l’insuffisance du temps de travail des personnes en emploi contre revenu ;
- La main-d’œuvre potentielle qui constitue un réservoir potentiel de la main d’œuvre et qui fait référence aux personnes hors main d’œuvre ayant un intérêt pour l’emploi contre revenu, mais dont les conditions actuelles limitent leur recherche active ou leur disponibilité.
Au premier trimestre 2026, le volume du chômage en sens strict a atteint 1.253.000 personnes, dont 79,6% résident en milieu urbain et 31,3% sont des femmes. Parmi les personnes en emploi contre revenu, 671.000 sont en situation de sous-emploi lié à la durée de travail, dont 52,9% résident en milieu urbain. Enfin, la main-d’œuvre potentielle s’est établie à 884.000 personnes, soit 5,5% de la population hors main-d’œuvre.
Dans ce nouveau dispositif, l’analyse de la sous-utilisation de la main-d’œuvre ne se limite plus au seul taux de chômage : elle repose sur un ensemble cohérent de quatre indicateurs composites intégrant les diverses formes de la sous-utilisation de la main d’œuvre.
Taux de chômage strict
Au premier trimestre 2026, le taux de chômage strict s’établit à 10,8%, 13,5% en milieu urbain et 6,1% en milieu rural. Ce taux culmine à 16,1% pour les femmes contre 9,4% pour les hommes. Les jeunes de 15 à 24 ans restent la catégorie la plus exposée avec un taux de 29,2%, suivi par les personnes âgées de 25 à 34 ans (16,1%).
Figure 3 : Taux de chômage strict selon certaines catégories de la population au premier trimestre 2026 (en%)

Taux combiné du chômage strict et du sous-emploi lié à la durée de travail
Le taux combiné du chômage strict et du sous-emploi lié à la durée de travail, qui mesure la main-d’œuvre subissant une insuffisance de temps de travail (totale ou partielle), s’élève à 16,6% au premier trimestre 2026. Ce taux est de 18,3% en milieu urbain et 13,6% en milieu rural. Il culmine à 19,8% pour les femmes contre 15,7% pour les hommes.
Figure 4 : Taux combiné du chômage strict et du sous-emploi lié à la durée de travail selon certaines catégories de la population au premier trimestre 2026 (en%)

Taux combiné du chômage strict et la main-d’œuvre potentielle
Taux combiné du chômage strict et la main-d’œuvre potentielle, qui mesure la pression actuelle et potentielle sur le marché du travail, s’établit à 17,1% au premier trimestre 2026, 20,4% en milieu urbain et 11,2% en milieu rural. Un écart très marqué est enregistré entre les hommes et les femmes ; ce taux culmine à 27,9% pour les femmes contre 13,9% pour les hommes.
Figure 5 : Taux combiné du chômage strict et la main-d’œuvre potentielle selon certaines catégories de la population au premier trimestre 2026 (en%)

Taux composite de la sous-utilisation de la main-d’œuvre
Taux composite de la sous-utilisation de la main-d’œuvre, qui reflète le besoin global non satisfait de travail (en associant le chômage strict, le sous-emploi lié à durée et la main-d’œuvre potentielle), s’établit à 22,5% au niveau national, 24,8% en milieu urbain et 18,3% en milieu rural. Les taux les plus élevés concernent les jeunes âgés de 15 à 24 ans (45,3%) et les femmes (31,1%), indiquant une coexistence des différentes composantes du besoin non satisfait de travail pour ces deux catégories.
Figure 6 : Taux composite de la sous-utilisation de la main-d’œuvre selon certaines catégories de la population au premier trimestre 2026 (en%)

VI. Situation régionale du marché du travail
Six régions affichent des taux participation à la main d’œuvre supérieurs à la moyenne nationale (41,8%). Il s’agit des régions de Dakhla-Oued Ed-Dahab avec 63,9%, de Tanger-Tétouan-Al Hoceima avec 46,4%, de Casablanca-Settat avec 45,6%, de Laâyoune-Sakia El Hamra avec 43,1%, de Rabat-Salé-Kénitra avec 42,6%, et de Marrakech-Safi avec 42,2%. En revanche, les taux les plus bas sont enregistrés dans les régions de Drâa-Tafilalet (31,1%), de l’Oriental (37%) et de Guelmim-Oued Noun (37,2%).
Figure 7 : Taux participation à la main d’œuvre selon les régions au premier trimestre de 2026 (en%)

S’agissant du chômage strict, les taux de chômage les plus élevés sont observés dans la région de Laâyoune-Sakia El Hamra (20,3%), de l’Oriental (14,9%), de Guelmim-Oued Noun (14,8%), et de Fès-Meknès (14,2%). Avec moins d’acuité, deux régions dépassent la moyenne nationale (10,8%) à savoir Rabat-Salé-Kénitra (10,9%) et Casablanca-Settat (12,7%). Cependant, les régions de Dakhla-Oued Ed-Dahab, de Marrakech-Safi et de Tanger-Tétouan-Al Hoceima enregistrent les taux les plus bas, respectivement 5,7%, 7,0% et 7,3%.
Figure 8 : Taux de chômage strict selon les régions au premier trimestre de 2026 (en%)




