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Akdital : explosion des impayés en 2025

Avec plus de 1,5 milliard de dirhams de créances clients au bilan 2025, le géant de la santé privée au Maroc affiche une croissance spectaculaire. Mais derrière les chiffres clinquants du bénéfice net consolidé de 494,3 millions de dirhams se cache une réalité plus complexe : celle d’un cash qui se fait attendre.

Le Chiffre qui donne le tournis : +118 % en deux ans

Le constat est sans appel. Les créances clients d’Akdital ont bondi de 699 MDH en 2023 à 1,525 milliard de dirhams en 2025. Aujourd’hui, ce poste pèse 16 % du total bilan. En clair : une part massive de la richesse du groupe n’est pas encore dans les caisses. Ce poids significatif en fait l’un des postes les plus sensibles de la structure financière du groupe.

Dans le secteur de la santé privée, ce poste est structurel, lié aux remboursements des assurances et des mutuelles. Mais son niveau actuel soulève des interrogations :

  • croissance rapide de l’activité,
  • décalage entre prestation et encaissement,
  • pression sur le cycle de trésorerie.

L’audit tire la sonnette d’alarme

Ce n’est pas un hasard si les Commissaires aux Comptes ont classé ce sujet comme « Point Clé de l’Audit ». Dans leur rapport 2025, ils soulignent le « niveau de jugement requis » ,  »compte tenu de l’importance de ce poste dans les états de synthèse et du niveau de jugement requis par la direction pour l’estimation des provisions ».

Le revers de la médaille

Si l’expansion du groupe explique mécaniquement cette hausse, un autre facteur, plus structurel et social, entre en jeu : l’accessibilité financière.

Le mur du « Reste à charge » : Malgré la généralisation de l’AMO, le coût des soins dans le privé reste un obstacle. Pour de nombreux patients, la facture finale est un choc financier. Résultat : des impayés qui s’accumulent chez les particuliers dont la solvabilité est fragile.

Le spectre de la  »surfacturation » : Entre les contrôles rigoureux des organismes de prévoyance et les contestations des patients, les dossiers de facturation s’enlisent. Un acte médical rejeté ou contesté, c’est une créance qui stagne et qui fragilise la trésorerie.

    Le BFR : le cœur du sujet

    Le moteur de cette expansion se reflète également dans l’actif circulant, qui bondit de 958 MDH en 2023 à 2,87 milliards en 2025. Le poste le plus structurant reste toutefois les créances clients, qui représente environ 16 % du total bilan en 2025, un niveau significatif dans le secteur de la santé privée.

    L’analyse du Besoin en Fonds de Roulement met en lumière une tendance clé :

    • 2023 : ~1,0 milliard DH
    • 2024 : ~1,34 milliard DH
    • 2025 : ~2,27 milliards DH

    Soit une multiplication par plus de 2,3 en deux ans. Cette progression traduit un point central :
    la croissance d’Akdital consomme du cash avant de le générer.

    Une liquidité sous pression relative

    En face, la trésorerie et les placements atteignent environ 1,1 milliard de dirhams en 2025, un niveau positif mais insuffisant pour couvrir l’intégralité du BFR.

    Une expansion rapide du bilan et de l’activité

    Entre 2023 et 2025, Akdital affiche une trajectoire de croissance exceptionnelle. Le total de son actif passe d’environ 3,9 milliards de dirhams en 2023 à 9,5 milliards en 2025, soit plus du double en seulement deux exercices.

    Cette dynamique repose principalement sur :

    • la montée en puissance des infrastructures hospitalières,
    • l’extension du réseau de cliniques,
    • et un programme d’investissement massif en équipements médicaux.

    L’actif immobilisé atteint ainsi 6,1 milliards de dirhams en 2025, contre 2,7 milliards en 2023, confirmant une stratégie fortement capitalistique.

    Conclusion; Akdital incarne aujourd’hui un modèle classique de croissance accélérée financée par le cycle d’exploitation. Une success story industrielle en construction, mais un modèle financier encore sous tension de liquidité. SA

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