
À fin 2025, les investisseurs étrangers détenaient 220 milliards de DH d’actions cotées, soit 21,2 % de la capitalisation boursière. Mais derrière ce poids financier, les participations stratégiques accaparent 89,4 % des montants investis, limitant la présence étrangère sur le compartiment réellement négociable. Un paradoxe qui interroge la capacité de la Bourse de Casablanca à transformer l’attractivité des capitaux étrangers en profondeur et en liquidité du marché.
Après avoir chuté à 156 milliards de DH en 2022, l’encours des actions détenues par les investisseurs étrangers a atteint 220 milliards à fin 2025, en hausse de 41 % en trois ans. Une progression qui accompagne l’envolée du MASI, mais qui masque une réalité : près de 90 % des investissements étrangers correspondent à des participations stratégiques, loin de la logique des placements financiers destinés à alimenter les échanges boursiers.
Les investisseurs étrangers ont considérablement renforcé leur poids dans la Bourse de Casablanca. À fin 2025, la valeur de leurs portefeuilles en actions cotées s’est établie à 220 milliards de dirhams (MMDH), en progression de 21,2 % sur un an, selon les dernières données de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC). Leur participation représente désormais 21,2 % de la capitalisation boursière globale.
Cette progression marque un retour au-dessus du niveau enregistré avant le retournement de 2022. Cette année-là, l’encours détenu par les étrangers avait brutalement chuté de 209 MMDH en 2021 à 156 MMDH, soit une contraction de 25,4 %. Depuis, la tendance s’est inversée : 168 MMDH en 2023, 182 MMDH en 2024 et 220 MMDH en 2025. En trois ans, la valeur de ces portefeuilles a ainsi augmenté d’environ 41 %.
Une remontée qui accompagne étroitement la performance du marché. Le MASI a enregistré trois années consécutives de hausse, avec des progressions de 12,8 % en 2023, 22,16 % en 2024 et 27,57 % en 2025. Cette corrélation mérite toutefois d’être nuancée : l’augmentation de la valeur des portefeuilles étrangers ne traduit pas nécessairement des entrées de capitaux équivalentes. La revalorisation des titres détenus sous l’effet de la hausse des cours contribue également à cette évolution.
Mais derrière ces 220 milliards de DH, la structure de l’investissement étranger révèle une autre réalité. Celui-ci demeure largement dominé par les participations stratégiques, qui représentent 89,4 % des montants investis et 18,9 % de la capitalisation boursière à fin 2025. Autrement dit, l’essentiel de la présence étrangère repose sur des positions importantes au capital des entreprises cotées, plutôt que sur des placements minoritaires susceptibles d’alimenter les échanges sur le marché.
Les participations minoritaires ne représentent, quant à elles, que 2,2 % de la capitalisation boursière globale. Leur poids atteint néanmoins 8,3 % de la capitalisation flottante, c’est-à-dire la fraction des actions effectivement susceptible d’être échangée en Bourse.
La distinction est loin d’être anodine. Si les investisseurs étrangers détiennent plus d’un cinquième de la valeur totale de la cote casablancaise, leur contribution au compartiment des titres disponibles à la négociation demeure plus limitée. La progression de leurs encours témoigne donc autant de la valorisation des entreprises cotées et de la présence d’actionnaires stratégiques que de l’attractivité financière du marché.
Reste une question centrale : la hausse de la valeur des portefeuilles étrangers suffit-elle à mesurer l’internationalisation de la Bourse de Casablanca, lorsque près de neuf dirhams sur dix investis par ces acteurs relèvent de participations stratégiques ?



