
Rabat-Salé-Kénitra concentre 34,86 % de l’investissement pour 5 projets. Dakhla-Oued Eddahab mise sur le volume avec 16 projets. Souss-Massa, elle, capte 95,2 % de la superficie mobilisée pour… 0,2 % de l’investissement. Derrière ces chiffres, trois stratégies régionales opposées — et une anomalie qui mérite des explications.
Le tourisme marocain ne se développe pas d’un seul bloc. Les données de l’exercice 2025 (Rapport sur le foncier public mobilisé pour l’investissement-PLF 2027) révèlent trois profils régionaux radicalement différents, que le tableau comparatif met en lumière : 58 projets, 2 573 hectares mobilisés, 3 014 millions de dirhams d’investissement et 2 809 emplois à terme. Mais derrière ces totaux, la répartition raconte une autre histoire..
| Indicateur | Rabat-Salé-Kénitra | Dakhla-Oued Eddahab | Souss-Massa |
|---|---|---|---|
| Nombre de projets | 5 | 16 | 4 |
| Part des projets | 9,09 % | 27,27 % | 5,45 % |
| Superficie mobilisée | 6,25 ha* | 53,03 ha | 2 449,34 ha |
| Part de la superficie | 0,2427 % | 2,0609 % | 95,1957 % |
| Investissement projeté | 1 050,68 MDH | 691,71 MDH | 6,03 MDH |
| Part de l’investissement | 34,86 % | 22,95 % | 0,20 % |
| Investissement moyen par projet | 210,14 MDH | 43,23 MDH | 2,01 MDH |
Rabat-Salé-Kénitra : le modèle capital-intensif
Cinq projets. C’est peu. Mais 1 050,68 millions de dirhams d’investissement, soit 34,86 % du total national. Avec un investissement moyen de 210,14 millions de dirhams par projet, Rabat-Salé-Kénitra écrase littéralement les autres régions en intensité capitalistique.
Pour seulement 6,25 hectares mobilisés, la région affiche un ratio de 168 millions de dirhams par hectare. Un profil de grands équipements, d’hôtellerie haut de gamme ou d’infrastructures structurantes. La capitale administrative et politique du pays confirme son statut de pôle d’investissement concentré.
Dakhla-Oued Eddahab : la stratégie du volume
Seize projets. Le record national. Mais un investissement total de 691,71 millions de dirhams, soit 22,95 % du total, et un investissement moyen de 43,23 millions de dirhams par projet. Cinq fois moins que Rabat-Salé-Kénitra.
Avec 53,03 hectares mobilisés — 3,31 hectares par projet —, Dakhla-Oued Eddahab illustre un modèle de développement diffus : de nombreux projets, une emprise foncière modérée, un investissement unitaire contenu. Une logique de maillage territorial, portée par la dynamique des provinces du Sud.
Souss-Massa : l’anomalie à 95 %
Et puis il y a Souss-Massa. Quatre projets. 2 449,34 hectares mobilisés, soit 95,2 % de la superficie nationale. Pour un investissement de… 6,03 millions de dirhams, soit 0,20 % du total. Et un investissement moyen de 2,01 millions de dirhams par projet — le plus faible des trois régions.
Le ratio donne le vertige : 612 hectares par projet, pour un investissement de 2 millions de dirhams. Soit 0,0025 million de dirhams par hectare. Un ordre de grandeur qui ne ressemble à aucun projet touristique classique.En l’état, le déséquilibre est trop flagrant pour être passé sous silence.
Trois modèles, une question
Ce que révèle ce tableau, c’est que le Maroc touristique avance à plusieurs vitesses. Rabat-Salé-Kénitra capitalise. Dakhla-Oued Eddahab maille. Souss-Massa, elle, mobilise du foncier sans y associer d’investissement proportionnel — du moins dans les chiffres présentés.
La question n’est pas de savoir lequel de ces modèles est le « bon ». Elle est de savoir si les données publiées permettent réellement d’évaluer la stratégie touristique du pays. En l’état, avec des parts calculées sur des bases différentes, un investissement moyen incohérent et une région à 95 % de la superficie pour 0,2 % de l’investissement, la réponse est non.
Le tourisme marocain mérite mieux qu’un tableau approximatif. Il mérite des chiffres vérifiés, des hypothèses explicitées et des choix assumés. Car derrière chaque hectare et chaque million, il y a des territoires, des emplois et des promesses.



