
La Caisse marocaine des retraites (CMR) a versé 55,48 milliards de dirhams de prestations à 1,02 million de bénéficiaires en 2025. Mais derrière ce chiffre, un signal d’alarme : le régime des pensions civiles (RPC) affiche un déficit technique de 5,56 milliards de dirhams, et sans réforme, ses réserves seront épuisées dès 2032. Le régime des pensions militaires (RPM), lui, creuse un déficit de 1,28 milliard, entièrement supporté par le Budget général.
55,48 milliards versés à 1,02 million de retraités
La CMR a assuré le versement des prestations à 1,02 million de bénéficiaires, tous régimes confondus, pour un montant global de 55,48 milliards de dirhams en 2025. Un chiffre qui témoigne de l’ampleur du système de retraite public, mais aussi de son coût croissant.
La Caisse a engagé en 2025 la mise en œuvre de sa nouvelle vision stratégique 2025-2027, avec un contrat-programme conclu avec l’État. Le taux de réalisation des engagements pour 2025 atteint 89 %. Le réseau de proximité s’est élargi, le taux d’usage des services digitaux atteint 63 %, et une démarche proactive d’accompagnement des usagers a été déployée.
RPC : un déficit de 5,56 milliards, des réserves à sec en 2032
C’est le point critique du rapport. Le Régime des pensions civiles (RPC) a enregistré en 2025 un déficit technique de 5,56 milliards de dirhams, en légère amélioration par rapport à 2024, notamment sous l’effet de la deuxième tranche d’augmentations salariales issues du dialogue social d’avril 2024.
Mais cette amélioration est trompeuse. Les projections de la CMR sont sans ambiguïté : en l’absence de réformes, les réserves du RPC seront épuisées dès 2032. Et le déficit ne fera que s’aggraver :
| Année | Déficit technique du RPC (Md DH) |
|---|---|
| 2025 | 5,56 |
| 2026 | ≈ 5,0 |
| 2027 | ≈ 6,5 |
| 2029 | ≈ 10,0 |
Le déficit devrait ainsi presque doubler entre 2027 et 2029, passant de 6,5 à 10 milliards de dirhams.
RPM : un déficit de 1,28 milliard, à la charge du Budget général
Le Régime des pensions militaires (RPM) affiche un déficit technique de 1,28 milliard de dirhams à fin 2025, entièrement pris en charge par le Budget général. Les prévisions pour 2026 tablent sur un déficit de 1,2 milliard, avant une aggravation à 1,5 milliard en 2027 et 2,5 milliards en 2029.
Contrairement au RPC, le RPM ne dispose pas de réserves propres : son déficit est directement supporté par le contribuable.
Le portefeuille financier ne compensera pas
La CMR comptait sur les revenus de son portefeuille financier pour amortir le choc. Mais ces revenus reculeraient progressivement de 3,6 milliards de dirhams en 2025 à 2,8 milliards en 2029, pour un taux de rendement projeté à 6 % à partir de 2026.
Autrement dit, les revenus du portefeuille diminuent au moment même où les déficits techniques augmentent. Un effet ciseaux qui rend la situation encore plus intenable.
Ce qu’il faut retenir
| Ce qui fonctionne | Ce qui s’effondre |
|---|---|
| 1,02 million de bénéficiaires servis | Déficit RPC : 5,56 Md DH en 2025, 10 Md DH en 2029 |
| 89 % des engagements du contrat-programme réalisés | Réserves du RPC épuisées dès 2032 sans réforme |
| 63 % de taux d’usage des services digitaux | RPM : 1,28 Md DH de déficit, à la charge du Budget général |
| Réseau de proximité élargi | Revenus du portefeuille en recul : 3,6 → 2,8 Md DH entre 2025 et 2029 |
La CMR est à la croisée des chemins. Le RPC, régime emblématique des fonctionnaires civils, file vers un épuisement de ses réserves en 2032 — dans six ans. Le RPM, lui, est déjà à la charge du Budget général. Et les revenus du portefeuille financier, loin de compenser, reculent. La réforme des retraites, annoncée dans le PLF 2027 dans le cadre du dialogue social, n’est plus une option : c’est une urgence. Sans elle, la CMR devra soit réduire les pensions, soit augmenter les cotisations, soit être renflouée par l’État — c’est-à-dire par le contribuable. Le statu quo n’est plus tenable.
Source Rapport EEP 2027



