
Le régime d’assurance maladie des travailleurs non salariés (AMO-TNS) poursuit sa montée en charge : 1,69 million d’assurés principaux à fin 2025, environ 3,75 millions de bénéficiaires avec leurs ayants droit, et plus de 4 millions à fin juillet 2026. Les prestations servies atteignent 2,28 milliards de dirhams, avec une prévision de 3,22 milliards en 2027. Mais derrière ces chiffres flatteurs, un problème persiste : sur 3,36 milliards de cotisations dues en 2025, seulement 1,46 milliard ont été encaissés.
Une montée en charge indéniable
L’AMO-TNS, entrée en vigueur en 2022, continue de s’étendre. À fin 2025, le régime compte 1,69 million d’assurés principaux et couvre, avec leurs ayants droit, environ 3,75 millions de bénéficiaires. À fin juillet 2026, ce chiffre dépasse les 4 millions. Une progression qui témoigne de l’adhésion croissante des travailleurs indépendants, artisans, commerçants et professions libérales au dispositif.
Les prestations servies ont atteint 2,28 milliards de dirhams en 2025. Les prévisions de la CNSS tablent sur 2,33 milliards en 2026 et 3,22 milliards en 2027, soit une hausse de près de 40 % en deux ans.
Le talon d’Achille : le recouvrement des cotisations
C’est le point noir du régime. Sur 3,36 milliards de dirhams de cotisations dues en 2025, seulement 1,46 milliard ont été encaissés. Autrement dit, le taux de recouvrement s’établit à environ 43 %. Plus de la moitié des cotisations attendues ne sont pas rentrées dans les caisses.
Ce décalage entre les droits ouverts et les ressources effectivement mobilisées pose une question de soutenabilité. Le régime verse des prestations (2,28 milliards en 2025) sans disposer des cotisations correspondantes (1,46 milliard encaissé). L’équilibre financier de l’AMO-TNS repose donc sur des transferts de l’État ou sur la solidarité avec les autres régimes.
AMO-Tadamon : le régime le plus étendu, mais le plus coûteux
C’est le pilier de la généralisation de la couverture médicale. L’AMO-Tadamon, qui a absorbé les anciens bénéficiaires du RAMED, couvre plus de 11 millions de personnes à fin 2025 : 3,96 millions d’assurés principaux et 7,11 millions d’ayants droit .
Les prestations servies devraient atteindre 10,71 milliards de dirhams en 2026 et 11,45 milliards en 2027. En face, les cotisations dues s’établissent à 10,46 milliards en 2026 et 10,56 milliards en 2027 . Autrement dit, le régime dépense plus qu’il ne perçoit, et l’écart se creuse : environ 250 millions de déficit en 2026, près de 900 millions en 2027.
Ce déséquilibre est assumé : l’État prend en charge les cotisations des bénéficiaires. Sa contribution annuelle est passée de 665 millions de dirhams en décembre 2022 (mois de lancement) à 8,14 milliards en 2023, 9,17 milliards en 2024 et 9,99 milliards en 2025. Elle a atteint 7,84 milliards sur les trois premiers trimestres de 2026 . Une charge qui ne cesse de croître, indexée sur le SMIG et le nombre de bénéficiaires.
AMO-Achamil : le régime contributif qui ne couvre pas ses coûts
Destiné aux personnes sans activité rémunérée mais capables de payer leurs cotisations, l’AMO-Achamil compte 266 000 assurés principaux actifs à fin 2025 et environ 416 000 bénéficiaires avec leurs ayants droit.
Les prestations servies ont atteint 1,36 milliard de dirhams, contre seulement 472 millions de dirhams de cotisations dues. Le ratio est sans appel : pour chaque dirham de cotisation encaissé, le régime verse près de 3 dirhams de prestations.
Les projections confirment la tendance : 309 000 assurés actifs en 2026 et 342 000 en 2027, avec des prestations prévues à 1,73 milliard en 2026 et 2,18 milliards en 2027. Le déficit structurel du régime ne fera que s’aggraver si le niveau des cotisations reste inchangé.
Ce qu’il faut retenir
| Régime | Bénéficiaires (fin 2025) | Prestations 2027 (prévues) | Cotisations 2027 (prévues) | Écart |
|---|---|---|---|---|
| AMO-Tadamon | 11 millions (3,96 M assurés + 7,11 M ayants droit) | 11,45 Md DH | 10,56 Md DH | −0,89 Md DH |
| AMO-Achamil | 266 000 assurés principaux (416 000 bénéficiaires) | 2,18 Md DH | Non précisé (472 M DH en 2025) | Déficit structurel |
Le paradoxe de l’AMO marocaine : les régimes les plus étendus sont les moins financés par les cotisations. Tadamon repose presque entièrement sur le budget de l’État ; Achamil affiche un ratio prestations/cotisations de 3 pour 1. Seul le régime des salariés présente un profil excédentaire (13,26 milliards de cotisations pour 9,22 milliards de prestations en 2025) . La solidarité entre régimes fonctionne, mais elle a ses limites : si les régimes contributifs ne parviennent pas à équilibrer leurs comptes, c’est le contribuable qui paiera la différence.
AMO des salariés : Un régime qui couvre près de 10 millions de personnes
L’AMO des salariés, gérée par la CNSS, couvre 9,84 millions de bénéficiaires : 4,06 millions d’assurés principaux et 5,78 millions d’ayants droit. En 2025, 4,24 millions de salariés ont été déclarés au moins une fois, contre 4,08 millions en 2024, soit une progression de 160 000 déclarations .
Les prestations servies ont atteint 9,22 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 11,8 % par rapport à 2024. Les cotisations dues, elles, se sont élevées à 13,26 milliards de dirhams .
Un excédent de 4 milliards… qui finance les déficits des autres régimes
L’écart entre cotisations (13,26 Md DH) et prestations (9,22 Md DH) dégage un excédent de plus de 4 milliards de dirhams en 2025. Cet excédent ne reste pas dans les caisses du régime des salariés : il alimente la solidarité entre régimes, notamment pour couvrir les déficits de l’AMO-Tadamon et de l’AMO-Achamil.
Les projections pour 2026 et 2027 confirment cette tendance :
| Année | Prestations (Md DH) | Cotisations (Md DH) | Excédent (Md DH) |
|---|---|---|---|
| 2025 | 9,22 | 13,26 | +4,04 |
| 2026 | 10,40 | 14,42 | +4,02 |
| 2027 | 11,64 | 15,79 | +4,15 |
L’excédent reste stable autour de 4 milliards de dirhams, malgré la hausse des prestations (+26 % entre 2025 et 2027). Une performance qui repose sur la croissance des cotisations, elle-même liée à l’augmentation du nombre de salariés déclarés et à la progression de la masse salariale.
Source Rapport EEP 2027



