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Crédit bancaire au Maroc : quels secteurs captent le plus de financements ?

Dans un contexte de reprise économique marquée par une hausse globale de 17,2 % du crédit bancaire entre juin 2024 et juin 2026 (pour atteindre un encours global de 1 301,8 milliards de DH), la répartition des financements révèle de fortes disparités sectorielles. Les établissements de crédit orientent prioritairement leurs liquidités vers les services, les grands chantiers d’infrastructure et la transition énergétique.

Le Tertiaire : Poids lourd incontesté du crédit (70,6 % du total)

Avec un encours de 919,7 milliards de DH à la mi-2026, le secteur tertiaire demeure le premier destinataire des concours bancaires :

  • Administrations locales (+106,2 %) : C’est la plus forte progression sectorielle. Les encours accordés aux collectivités territoriales ont plus que doublé en deux ans, passant de 26,3 à 54,3 milliards de DH, traduisant la décentralisation des investissements d’aménagement et d’équipement public.
  • Particuliers et MRE (+6,6 %) : Représentant le plus gros encours individuel (371 milliards de DH), ce segment assure l’assiette fondamentale des banques via le crédit à l’habitat et à la consommation.
  • Activités financières (+31,1 %) : Avec 244,3 milliards de DH, le secteur financier capte des ressources massives pour soutenir le marché interbancaire, les véhicules d’investissement et l’assurance.
  • Commerce et réparation (+19,7 %) : Atteignant 90 milliards de DH, la branche bénéficie d’une nette accélération des besoins en fonds de roulement au premier semestre 2026.

Le Secondaire : Inflexion vers le BTP, l’énergie et la chimie

Le secteur industriel et BTP capte 339,9 milliards de DH (soit 26,1 % de l’encours global), porté par les grands projets structurants du Royaume :

  • Bâtiment et Travaux Publics (BTP) (+18,1 %) : Franchissant le cap des 113,9 milliards de DH, le BTP confirme sa dynamique, tirée par les infrastructures routières, portuaires et les préparatifs des grands événements sportifs internationaux.
  • Électricité, gaz et eau (+28,6 %) : L’encours grimpe à 83,5 milliards de DH, sous l’effet des investissements massifs dans les énergies renouvelables et le dessalement d’eau de mer.
  • Industries chimiques et parachimiques (+59,8 %) : Avec une hausse spectaculaire à 21 milliards de DH, cette branche affiche l’une des plus fortes croissances industrielles.
  • Industries agroalimentaires (+8,3 %) : Demeurent le premier sous-secteur industriel financé avec 41,8 milliards de DH.

Secteur Primaire (Stabilité)

Agriculture et pêche (+7,0 %) : Progression modérée de 39 424 MDH à 42 173 MDH, avec un pic atteint fin 2025 (43,6 MMDH)

Les secteurs en retrait ou en stagnation

À l’inverse des secteurs porteurs, d’autres branches enregistrent des évolutions modérées ou négatives :

  • Transports et communications (-21,4 %) : Ce secteur connaît le repli le plus marqué, chutant de 36,5 à 28,7 milliards de DH.
  • Textile et habillement (-5,4 %) : L’encours baisse légèrement pour s’établir à 6,3 milliards de DH.
  • Industries extractives (-2,0 %) : Secteur sujet à une forte volatilité (pic à 41,4 MMDH en mars 2025 puis repli à 30,8 MMDH en juin 2026).

Synthèse de la répartition des financements (Juin 2026)

Secteur d’activitéEncours (en MMDH)Part du totalÉvolution 2024-2026
Secteur Tertiaire919,770,6 %+18,4 %
— dont Particuliers & MRE371,028,5 %+6,6 %
— dont Activités financières244,318,8 %+31,1 %
— dont Commerce90,06,9 %+19,7 %
— dont Administrations locales54,34,2 %+106,2 %
Secteur Secondaire339,926,1 %+15,5 %
— dont BTP113,98,7 %+18,1 %
— dont Énergie & Eau83,56,4 %+28,6 %
— dont Agroalimentaire41,83,2 %+8,3 %
Secteur Primaire (Agriculture/Pêche)42,23,2 %+7,0 %
Total Crédit Bancaire1 301,8100 %+17,2 %

Le crédit bancaire au Maroc montre une orientation claire : l’argent bancaire alimente en priorité les infrastructures publiques, la transition énergétique, l’aménagement du territoire et la consommation des ménages, tandis que les crédits aux entreprises manufacturières traditionnelles et à l’agriculture progressent à un rythme plus mesuré.

Dynamique globale du crédit bancaire

  • Croissance continue de l’encours : Le crédit bancaire total est passé de 1 110 773 MDH en juin 2024 à 1 301 822 MDH en juin 2026, soit une augmentation globale de +17,2 % (+191,05 milliards DH) en deux ans.
  • Accélération à la fin 2025 : La progression s’est particulièrement accentuée au quatrième trimestre 2025 (franchissant le cap des 1 200 milliards DH) et au deuxième trimestre 2026.

Analyse de la structure par terme

Maturité / TypeJuin 2024Juin 2026Évolution (%)Observation majeure
Court terme310 953376 916+21,2 %Solide progression de la trésorerie d’entreprise.
Moyen terme233 223255 816+9,7 %Reprise soutenue à partir de juin 2026 (+25,6 milliards DH en un trimestre).
Long terme470 570564 324+19,9 %Moteur principal de la croissance, traduisant un investissement productif continu.
Créances en souffrance96 027104 765+9,1 %Progression contenue en volume, mais leur part sur le total diminue légèrement (~7,0 % vs 8,6 %).
Échéances impayées16 25017 619+8,4 %Légère hausse, mais avec des fluctuations périodiques.

Le crédit-bail et l’affacturage en net retrait à la mi-2026

Alors que le financement global des entreprises s’inscrit dans une forte dynamique (+11,0 % sur un an pour atteindre 498,4 milliards de dirhams à la fin juillet 2026), le segment des « Autres crédits » — composé essentiellement du crédit-bail (leasing), de l’affacturage et de diverses créances secondaires — fait figure d’exception en enregistrant un repli marqué.

Désengagement sur le leasing et l’affacturage

L’encours de la catégorie « Autres crédits » s’est contracté à 22,8 milliards de dirhams à fin juillet 2026, affichant un recul de -4,5 % sur un an (par rapport à juillet 2025) et une baisse plus accentuée de -10,6 % depuis le début de l’année (par rapport à décembre 2025).

Cette désaffection relative pour les instruments alternatifs de financement du poste client et du matériel s’explique par deux arbitrages majeurs de la part des entreprises et des bailleurs :

  1. Arbitrage au profit des prêts bancaires directs : Les entreprises privilégient nettement les facilités de trésorerie (+10,5 % depuis déc-25) et les crédits d’équipement classiques (+18,0 % sur un an) pour répondre à leurs besoins de liquidités et d’investissement, délaissant le leasing d’équipement et l’affacturage.
  2. Reconfiguration du risque commercial : Le resserrement des conditions d’octroi sur la gestion des créances clients et le crédit-bail a contribué à la baisse observée des encours gérés via ces mécanismes.

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