
La performance du Maroc dans le Chandler Good Government Index s’est fortement dégradée entre 2021, année du lancement de l’indice, et 2025.
L’évaluation de la qualité des institutions et de l’action publique publiée par le Chandler Institute of Governance révèle une trajectoire contrastée pour le Maroc. Si les derniers chiffres de l’édition 2026 (Indice de bonne gouvernance CGGI) témoignent d’un léger sursaut technique, la vision d’ensemble sur cinq ans met en lumière un déclassement structurel de la position du Royaume à l’échelle mondiale.
La trajectoire 2021-2026 : Cinq ans d’érosion au classement mondial
L’analyse comparative des données publiées par le CGGI retrace trois étapes clés dans la performance institutionnelle du Maroc :
- 2021 : Le point le plus haut. Le Maroc s’imposait au 66ᵉ rang mondial avec un score solide de 0,477, porté par les dynamiques d’investissement et la gestion de crise.
- 2025 : La chute brutale. Le Royaume concédait 11 places en quatre ans pour s’établir au 77ᵉ rang (score de 0,448), sous l’effet des tensions économiques globales et du rythme d’exécution des réformes.
- 2026 : Une reprise insuffisante. Bien que le score progresse légèrement à 0,460 (+2,68 %), le Maroc rétrograde à la 79ᵉ place, distancé par des nations émergentes plus agressives dans la modernisation de leur appareil d’État.
Tableau de bord : L’évolution du Maroc au CGGI
| Indicateur | Édition 2021 | Édition 2025 | Édition 2026 | Tendance 5 ans |
| Classement mondial | 66ᵉ / 104 | 77ᵉ / 120 | 79ᵉ / 120 | -13 places |
| Score global | 0,477 | 0,448 | 0,460 | -0,017 pt |
| Position en Afrique | Top 5 | 4ᵉ (derrière Maurice, Rwanda, Botswana) | Top 5 | Maintien dans l’élite |
Le défi des réformes : Accélérer pour ne pas subir
Le décalage observé en 2026 — où le score s’améliore (0,460) mais le rang recule (79ᵉ) — illustre parfaitement le piège de la compétition internationale : s’améliorer ne suffit plus si les autres progressent plus vite. Malgré cette perte de vitesse face à la concurrence asiatique ou européenne, le Maroc conserve son socle à l’échelle continentale. Il demeure ancré à la 4ᵉ position en Afrique, devancé uniquement par l’Île Maurice, le Rwanda et le Botswana.
Maurice conserve ainsi pour la cinquième année consécutive sa position de pays africain le mieux classé. Le Rwanda se distingue également en devenant le pays à faible revenu affichant les meilleures performances au monde.
Le Botswana a amélioré la qualité de son système judiciaire grâce à des réformes fondées sur la numérisation ces dernières années. Le Maroc, pour sa part, a enregistré des avancées notables dans la transparence des données et les infrastructures numériques. Ce positionnement confirme la résilience du modèle marocain en Afrique du Nord, soutenu par la modernisation des finances publiques, la digitalisation des services administratifs et l’attractivité des investissements.
Le Chandler Good Government Index confirme ainsi que le score moyen de gouvernance de l’Afrique reste inférieur à celui de toutes les autres régions du monde.
Entre 2021 et 2025, seuls deux pays africains, la Tanzanie et le Rwanda, ont amélioré leur classement en matière de gouvernance.
« En tant que région, l’Afrique doit encore accomplir des progrès considérables pour améliorer la qualité de sa gouvernance », a déclaré Dinesh Naidu, directeur au Chandler Institute of Governance.
Pour retrouver le niveau de 2021 et franchir un cap au sein du CGGI, le Maroc devra accélérer la transformation de ses piliers de gouvernance stratégiques :
- Efficacité administrative : Réduire la bureaucratie et accroître la transparence des processus publics.
- Capital humain et opportunités : Mieux aligner les politiques publiques sur l’employabilité des jeunes et les besoins du marché.
- Justice et État de droit : Renforcer la prévisibilité juridique pour sécuriser l’écosystème des affaires.
L’édition 2026 du CGGI sonne comme un avertissement : si le Maroc montre des signes de reprise par rapport au creux de 2025, il reste encore en deçà de ses standards de 2021. La gouvernance publique marocaine doit passer de la phase de redressement à celle d’une accélération structurelle.
À propos
Désormais à sa cinquième édition, le CGGI constitue l’un des indicateurs internationaux les plus complets pour mesurer les capacités et l’efficacité des gouvernements.
L’indice adopte une approche non idéologique et non partisane de la gouvernance. Il s’intéresse principalement aux capacités de l’État et à sa performance.
Il repose sur 34 indicateurs, regroupés autour de plusieurs dimensions : leadership et capacité d’anticipation, lois et politiques publiques, solidité des institutions et gestion financière.
Les autres piliers de l’indice portent notamment sur l’attractivité du marché, l’influence et la réputation internationales ainsi que la capacité à favoriser l’ascension sociale des populations.



