Economie

À partir du 15 juillet 2026, les contrôles à la frontière entre Gibraltar et l’Espagne seront supprimés

Nouvelle ère pour Gibraltar : suppression de 118 ans de contrôles frontaliers avec l’Espagne

À partir du 15 juillet 2026, les contrôles à la frontière entre Gibraltar et l’Espagne seront supprimés, ouvrant la voie à une libre circulation des personnes entre les deux territoires. Cette mesure marque un tournant historique après 118 années d’existence de la barrière frontalière.

Cette évolution résulte d’un accord négocié entre le Royaume-Uni et l’Union européenne dans le cadre des discussions post-Brexit. Gibraltar, territoire britannique d’outre-mer partageant une frontière terrestre avec l’Union européenne, constituait l’un des dossiers les plus complexes depuis la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

Un tournant économique majeur

Gibraltar affiche l’un des PIB par habitant les plus élevés au monde, tandis que la commune espagnole voisine de La Línea de la Concepción figure parmi les zones les plus défavorisées d’Espagne. Le chômage y avoisine les 30 %, dans une région andalouse déjà fortement touchée par le manque d’emplois.

La suppression des contrôles frontaliers devrait faciliter les déplacements quotidiens et renforcer les échanges économiques entre les deux territoires.

Pour Juan Franco, maire de La Línea de la Concepción, il s’agit d’un événement historique.

« Nous vivons avec une clôture frontalière depuis 1908. Pour une entreprise moyenne de notre ville, près d’un tiers du chiffre d’affaires provient de clients de Gibraltar », souligne-t-il.

Après une décennie d’incertitude liée au Brexit, il estime que cette solution aura « un effet positif » sur l’économie locale.

Des milliers de travailleurs concernés

Chaque jour, près de 15.000 travailleurs espagnols franchissent la frontière pour exercer leur activité à Gibraltar. Jusqu’à présent, les contrôles provoquaient de longues files d’attente, notamment aux heures de pointe.

Pour Shilpi Chotrani, responsable des ressources humaines dans une entreprise gibraltarienne de transport maritime et de tourisme, cette frontière n’avait plus de sens.

« Le fait qu’une frontière nous sépare est ridicule. Une clôture ne devrait pas séparer des populations qui vivent côte à côte. »

Un dossier emblématique du Brexit

Situé à l’extrémité sud de l’Europe continentale, à seulement 14 kilomètres des côtes marocaines, Gibraltar occupe une position géostratégique à l’entrée de la Méditerranée.

Le territoire a longtemps été marqué par les tensions entre Madrid et Londres concernant sa souveraineté. En 1969, le régime de Francisco Franco avait même fermé totalement la frontière avec Gibraltar. Le blocus n’a été levé qu’en 1982, plusieurs années après la mort du dictateur espagnol.

Gibraltar intégré à Schengen

Après plusieurs années de négociations entre le Royaume-Uni, l’Union européenne et l’Espagne, la solution retenue consiste à intégrer Gibraltar dans l’espace douanier européen ainsi que dans l’espace Schengen.

Les voyageurs arrivant de pays situés hors de Schengen, notamment du Royaume-Uni, continueront de présenter leur passeport aux autorités gibraltariennes et espagnoles à l’aéroport et au port de Gibraltar.

Le ministre en chef de Gibraltar, Fabian Picardo, qualifie cet accord de « changement majeur ».

« Pendant huit générations, les restrictions à la frontière ont marqué notre histoire. Désormais, nous bénéficierons d’une circulation totalement fluide des personnes et des marchandises entre Gibraltar, l’Espagne et l’Union européenne. »

Selon lui, cette ouverture favorisera l’arrivée de davantage de visiteurs et stimulera l’activité économique en supprimant les longues attentes à la frontière.

Une fiscalité appelée à évoluer

L’accord prévoit également une harmonisation progressive avec certaines règles européennes.

Les marchandises commercialisées à Gibraltar devront désormais respecter les normes de l’Union européenne.

Par ailleurs, l’absence de TVA à Gibraltar conduit à l’instauration d’une nouvelle taxe sur les transactions, qui remplacera progressivement les droits d’importation. Son taux sera fixé à 15 % dès cette année avant d’atteindre 17 % à terme. Les droits d’accise sur certains produits seront également relevés.

Pour John Isola, directeur général du groupe Anglo Hispano Company, qui exploite plusieurs restaurants et bars à Gibraltar, l’accord constitue un compromis satisfaisant.

Il estime qu’il encouragera la fréquentation touristique et les activités commerciales, même si les nouvelles formalités douanières et les exigences réglementaires européennes compliqueront les importations, notamment en provenance du Royaume-Uni.

Une page d’histoire se tourne

Ces dernières semaines, les travaux de démantèlement de la clôture frontalière se sont poursuivis chaque nuit afin d’être prêts pour l’entrée en vigueur du nouvel accord le 15 juillet.

Après plus d’un siècle de séparation physique et plusieurs décennies de tensions diplomatiques, Gibraltar s’apprête à inaugurer une nouvelle phase de son histoire, fondée sur la libre circulation, l’intégration économique et un rapprochement inédit avec l’Espagne et l’Union européenne. Agencies

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