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Hydroélectricité, gaz ou solaire : quel mix énergétique pour l’Afrique de demain ?

L’Afrique face au défi de l’électricité : concilier accès à l’énergie, gestion de l’eau et lutte contre le changement climatique

Seuls 57 % des habitants du continent africain ont aujourd’hui accès à l’électricité, la grande majorité vivant en Afrique subsaharienne. Pour atteindre l’objectif fixé par les Nations unies d’un accès universel à une électricité abordable d’ici 2030, les pays africains devront accroître rapidement leurs capacités de production électrique.

Cette montée en puissance ne sera toutefois pas sans conséquences sur les ressources en eau et les émissions de gaz à effet de serre. Les centrales électriques utilisent de l’eau et rejettent du dioxyde de carbone (CO₂), principal responsable du réchauffement climatique. Les centrales thermiques et nucléaires ont besoin d’eau pour leur refroidissement, les barrages hydroélectriques utilisent l’eau pour actionner leurs turbines, tandis que les panneaux solaires nécessitent de l’eau pour leur nettoyage.

Une base de données inédite sur les centrales électriques africaines

Une équipe de chercheurs spécialisés dans la modélisation intégrée de la gestion des ressources en eau a recensé 3.139 centrales électriques en Afrique, comprenant les installations déjà en service, celles en construction ainsi que les projets prévus entre 2020 et 2030.

Les chercheurs ont également évalué l’évolution de la consommation d’eau de ces centrales ainsi que leurs futures émissions de CO₂ à l’horizon 2030.

Chaque centrale a été classée selon sa source d’énergie :

  • Charbon ;
  • Pétrole ;
  • Gaz naturel ;
  • Hydroélectricité ;
  • Éolien ;
  • Solaire ;
  • Biomasse ;
  • Géothermie ;
  • Nucléaire ;
  • Valorisation énergétique des déchets.

Chaque installation a été géolocalisée avec précision et documentée selon plusieurs critères : localisation, date de mise en service, capacité de production, volume d’électricité généré, consommation d’eau et émissions de carbone.

Selon les auteurs, il s’agit de la base de données la plus complète et la plus récente sur les infrastructures électriques africaines à l’horizon 2030. Son objectif est de fournir aux décideurs un outil en accès libre permettant d’élaborer des politiques conciliant accès à l’électricité, gestion durable de l’eau et lutte contre le changement climatique.

Une forte progression attendue de la production électrique

L’étude montre que l’Afrique accélère ses investissements dans les infrastructures énergétiques.

D’ici 2030, la production d’électricité devrait progresser de 57 %.

La part des énergies renouvelables passera de 19 % à 34 % de la production totale.

Malgré cette progression, 61 % de l’électricité africaine proviendra encore des énergies fossiles, principalement du charbon, du pétrole et du gaz.

Les chercheurs estiment que les projets actuellement programmés permettront certes d’améliorer l’accès à l’électricité, mais resteront légèrement insuffisants pour respecter pleinement les engagements climatiques pris par les États africains dans le cadre de l’Accord de Paris.

Un potentiel solaire et éolien encore largement sous-exploité

L’étude souligne que le continent n’exploite encore qu’une faible partie de son immense potentiel en énergie solaire et éolienne, contrairement à l’hydroélectricité qui demeure largement privilégiée.

Les auteurs estiment qu’un recours accru aux énergies renouvelables permettrait de répondre aux besoins énergétiques croissants tout en préservant les ressources hydriques.

Ils recommandent aux gouvernements de planifier simultanément les politiques énergétiques et la gestion de l’eau, plutôt que de traiter ces deux enjeux séparément.

Les pays les plus actifs dans les nouveaux projets

Plusieurs pays développent actuellement d’importants projets de production électrique :

Hydroélectricité, nucléaire et gaz

  • Nigeria ;
  • Égypte ;
  • République démocratique du Congo ;
  • Éthiopie ;
  • Afrique du Sud ;
  • Algérie ;
  • Mozambique.

Forte accélération du solaire et de l’éolien

Le Maroc figure parmi les pays investissant massivement dans le développement des énergies renouvelables, aux côtés de :

  • Afrique du Sud ;
  • Égypte ;
  • Namibie ;
  • Éthiopie ;
  • Kenya ;
  • Ghana.

Géothermie

Le Kenya, l’Éthiopie, l’Ouganda et la Tanzanie poursuivent le développement de la géothermie grâce à leurs ressources naturelles favorables.

À l’inverse, des pays comme la Somalie ou l’Érythrée disposent de très peu de projets énergétiques, en raison des conflits, de l’instabilité politique, des difficultés de financement et des capacités institutionnelles limitées.

Une pression croissante sur les ressources en eau

Selon l’étude, le développement de l’hydroélectricité entraînera une augmentation de 73 % de la consommation d’eau liée à la production d’électricité.

Les barrages hydroélectriques contribuent également au déclin de la biodiversité des eaux douces, avec des conséquences sur :

  • les populations de poissons essentielles à la sécurité alimentaire ;
  • les crocodiles et les hippopotames, qui représentent une ressource importante pour le tourisme.

Par ailleurs, la production hydroélectrique reste très vulnérable aux épisodes climatiques extrêmes.

L’exemple de la sécheresse qui a frappé l’Afrique australe en 2024 illustre cette fragilité : la baisse du niveau d’eau du barrage de Kariba a provoqué d’importantes coupures d’électricité quotidiennes en Zambie.

Les énergies fossiles restent le principal moteur des émissions

L’augmentation de la production d’électricité à partir du charbon et du gaz entraînera une hausse estimée à 19 % des émissions de CO₂ d’ici 2030.

De grandes centrales à gaz sont actuellement en construction ou en projet en :

  • Algérie ;
  • Libye ;
  • Nigeria ;
  • Tanzanie ;
  • Afrique du Sud.

Des centrales à charbon sont également prévues ou en cours de développement au :

  • Nigeria ;
  • Zimbabwe ;
  • Botswana.

À l’inverse, les installations solaires et éoliennes utilisent très peu d’eau, génèrent beaucoup moins d’émissions de carbone, sont généralement moins coûteuses et peuvent être construites en seulement un à deux ans.

Les recommandations des chercheurs

Les auteurs estiment que la planification énergétique ne doit plus se limiter à la seule capacité de production électrique.

Les décideurs devraient également intégrer :

  • les besoins en eau de chaque technologie ;
  • les émissions de carbone ;
  • les besoins des autres secteurs consommateurs d’eau, notamment l’agriculture.

Ils soulignent également l’importance :

  • d’une coopération renforcée entre les administrations publiques ;
  • d’une coordination entre les pays partageant les mêmes bassins fluviaux ;
  • de la mobilisation des financements nécessaires afin d’éviter les retards ou l’abandon des projets énergétiques.

Enfin, les chercheurs préconisent un modèle énergétique reposant sur :

  • une combinaison de plusieurs énergies renouvelables ;
  • le stockage par batteries ;
  • des réseaux électriques nationaux fiables ;
  • des interconnexions électriques à haute tension entre les pays africains ;
  • des solutions décentralisées comme les systèmes solaires domestiques et les microcentrales hydroélectriques destinées aux zones rurales.

Ils concluent que des politiques efficaces en matière d’eau et d’énergie reposent avant tout sur des données fiables et accessibles. Des bases de données ouvertes, telles que celle développée dans le cadre de cette étude, peuvent ainsi aider les gouvernements, les chercheurs et les planificateurs à prendre des décisions plus éclairées et à favoriser un développement durable du continent. Bizcommunity

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