Assurance Maladie : quand l’équité financière devient un défi politique

La généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) au Maroc met en lumière une réalité structurelle : deux régimes aux logiques financières opposées, dont l’écart menace à terme la cohérence et la pérennité du système global de couverture médicale., selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE).
L’analyse des indicateurs de la couverture médicale obligatoire (AMO) révèle un contraste saisissant entre le secteur privé et le secteur public. Alors que le pays s’engage dans une généralisation historique de la protection sociale, les disparités de financement et de démographie menacent l’équilibre global du système.
Le fossé réglementaire : Des bases de calcul inéquitables
La difficulté majeure pour atteindre une « convergence » des régimes réside dans l’hétérogénéité des modes de cotisation. L’architecture actuelle de l’AMO repose sur une dualité historique entre secteur privé et secteur public.
Secteur privé (CNSS) : un modèle contributif robuste
Géré par la CNSS, le régime privé repose sur :
- un taux de cotisation de 6,37 % du salaire brut
- une absence de plafond de cotisation
Ce mécanisme permet une contribution proportionnelle aux revenus. Il permet de capter la richesse des hauts revenus pour équilibrer le système.
Secteur public (CNOPS) : un modèle plafonné et déséquilibré
Le régime public, géré historiquement par la CNOPS, repose sur :
- un taux de cotisation de 5 %
- un plafond mensuel fixé à 800 dirhams, inchangé depuis 2005
Ce plafonnement protège indûment les plus hauts salaires de la fonction publique, privant le régime de ressources essentielles et crée un déséquilibre structurel de financement.
Une santé financière diamétralement opposée
Les bilans comptables de l’exercice 2025 illustrent l’urgence d’une réforme structurelle :
AMO – Secteur Privé : Une solidité remarquable
- Excédent annuel : Environ 3,55 milliards de dirhams.
- Réserves : Un matelas financier confortable de 43,67 milliards de dirhams.
- Pérennité : Grâce à une assiette de cotisation large, ce régime affiche un horizon de viabilité au-delà de 20 ans.
AMO – Secteur Public : La menace d’un « krach » financier
- Déficit budgétaire : En dégradation constante depuis 2021, il a atteint 1 milliard de dirhams en 2025.
- Épuisement des réserves : Au rythme actuel, les réserves du secteur public seront totalement épuisées d’ici 2027.
- Faillite démographique : Le rapport entre actifs et retraités s’est effondré à 1,61 actif pour 1 retraité, rendant le régime mathématiquement insoutenable. Un ratio insuffisant pour assurer la soutenabilité d’un système par répartition, où les cotisations des actifs financent les prestations des bénéficiaires.
Le saut vers la fusion
Les chiffres sont sans appel : le maintien de la CNOPS sous sa forme actuelle est impossible. La fusion des régimes sous l’égide de la CNSS, actée par les réformes de 2026, apparaît comme l’unique solution pour :
Mutualiser les risques en utilisant les excédents du privé pour sauver la couverture des fonctionnaires.
Rétablir l’équité en supprimant le plafond des 800 DH pour le public.
Garantir la solvabilité face aux prestataires de soins (cliniques et hôpitaux).
Le défi reste politique : comment faire accepter aux hauts cadres de l’État une augmentation de leurs cotisations pour sauver un système en fin de course ?


