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Chandler Good Government Index: Le Maroc a perdu 13 places depuis 2021

Selon les données officielles de l’édition 2026 du Chandler Good Government Index (CGGI), le Maroc a perdu 13 places au classement mondial depuis 2021, passant du 66e au 79e rang sur 133 pays évalués et se classe 4e en Afrique, derrière l’île Maurice, le Rwanda et le Botswana. Toutefois, le rapport souligne que cinq des sept piliers marocains ont vu leur score se dégrader depuis 2021 : lois et politiques solides, gestion financière, marché attractif, influence et réputation mondiales, et aider les populations à s’élever. Seuls le leadership et vision stratégique et les institutions solides se sont améliorés. Cette érosion des fondamentaux de la gouvernance constitue un signal d’alerte pour Rabat.

Le CGGI 2026, publié par le Chandler Institute of Governance, évalue les gouvernements selon sept piliers : leadership et vision stratégique, lois et politiques solides, institutions solides, gestion financière, marché attractif, influence et réputation mondiales, et aider les populations à s’élever. Pour le Maroc, le diagnostic est nuancé.

Un leadership transformé, mais une éthique en chute

Le pilier « Leadership et vision stratégique » est le seul, avec la mise en œuvre, à afficher une progression significative : 43e mondial en 2026 contre 63e en 2021, soit un gain de 20 places. Ce résultat masque cependant des dynamiques internes contradictoires.

La Vision à long terme bondit de la 50e à la 19e place mondiale, l’Innovation de la 83e à la 43e, et la Priorisation stratégique de la 56e à la 45e. Ces trois indicateurs traduisent une capacité réelle de l’État marocain à anticiper, planifier et moderniser son appareil — des acquis que l’on retrouve dans la stratégie « Maroc Digital 2030 » ou les grands chantiers d’infrastructures.

Mais dans le même temps, le Leadership éthique s’effondre de la 54e à la 78e place (−24). Un paradoxe révélateur : le Royaume sait où il va et comment y aller, mais la confiance dans l’intégrité de ceux qui conduisent la trajectoire se dégrade. L’Adaptabilité recule légèrement (36e → 38e), suggérant que la machine stratégique, si elle voit loin, réagit avec moins de souplesse aux chocs.

L’État de droit et la justice : le décrochage le plus préoccupant

Le pilier « Lois et politiques solides » perd 17 places (56e → 73e). Le détail est sévère : la Qualité de la justice chute de la 31e à la 62e place (−31), l’État de droit de la 64e à la 79e (−15), la Transparence de la 73e à la 92e (−19). Seule la Gouvernance réglementaire se maintient (69e → 70e).

C’est probablement le signal le plus inquiétant du rapport. Un pays peut compenser une bureaucratie lourde par une vision claire ; il ne peut pas compenser durablement l’affaiblissement de ses institutions judiciaires et de sa transparence. Ces indicateurs conditionnent l’attractivité des investissements à long terme, la lutte contre la corruption et, en dernière instance, la crédibilité de l’ensemble de l’édifice gouvernance.

Institutions : la mise en œuvre sauve l’honneur, la coordination décroche

Le pilier « Institutions solides » recule modestement (81e → 88e), mais cache une recomposition interne spectaculaire. La Mise en œuvre (Implementation) gagne 21 places, passant de la 58e à la 37e position mondiale — l’un des meilleurs résultats du Maroc. La Capacité de données stagne à la 78e (79e en 2021), malgré la présentation officielle d’une « plus forte progression africaine » sur la période, ce qui invite à relativiser la communication gouvernementale.

En revanche, la Coordination s’effondre de la 85e à la 101e place (−16) et la Qualité de la bureaucratie recule de la 64e à la 74e (−10). Traduction : l’État marocain exécute mieux ce qu’il décide, mais il décide de manière plus fragmentée et avec une administration de moindre qualité. La mise en œuvre progresse dans un cadre de coordination qui se dégrade — une combinaison fragile à moyen terme.

Gestion financière : le plongeon silencieux

Le pilier « Gestion financière » perd 18 places (76e → 94e), avec une détérioration sur tous ses sous-indicateurs :

  • Dette publique : 59e → 85e (−26)
  • Solde budgétaire : 74e → 94e (−20)
  • Efficacité des dépenses : 85e → 104e (−19)
  • Prime de risque pays : 51e → 62e (−11)

C’est la dégradation la plus homogène du tableau. Elle signifie que le Maroc dépense plus, s’endette davantage et dépense moins bien. Dans un contexte où le pays finance simultanément la Coupe du monde 2030, la reconstruction post-séisme et la transition énergétique, cette trajectoire budgétaire constitue un risque macroéconomique direct. L’efficacité des dépenses à la 104e place mondiale est particulièrement alarmante : ce n’est pas tant le volume de la dépense publique qui pose problème que son rendement.

Marché attractif : l’effondrement des droits de propriété

Le pilier « Marché attractif » perd 30 places (43e → 73e), l’un des reculs les plus violents du rapport. Le coupable est identifié : les Droits de propriété s’effondrent de la 34e à la 90e place mondiale (−56), soit la plus forte chute de tous les sous-indicateurs marocains. L’Attraction des investissements recule de 16 places (56e → 72e), la Compétence logistique de 13 places (86e → 99e) et la Stabilité des réglementations commerciales de 16 places (15e → 31e), passant d’une position d’excellence mondiale à une simple bonne performance.

La chute des droits de propriété est un signal d’alarme pour les investisseurs étrangers. Elle peut refléter des contentieux fonciers, des expropriations contestées ou une insécurité juridique perçue. Dans un pays qui mise sur les IDE pour financer son développement, une telle dégradation mérite un examen urgent.

Influence mondiale : la diplomatie recule aussi

Le pilier « Influence et réputation mondiales » perd 18 places (55e → 73e). La Diplomatie internationale, point fort historique du Maroc, chute de la 14e à la 32e place (−18). Le Commerce international recule de 21 places (65e → 86e), l’Image de la nation de 20 places (44e → 64e). Seule la Puissance du passeport se maintient (81e → 84e).

Le Maroc conserve une diplomatie active — reconnaissance américaine du Sahara, rapprochement avec Israël, présidence de commissions africaines — mais l’indice mesure une influence perçue en baisse. La compétition internationale s’intensifie et le Royaume, malgré son activisme, perd du terrain relatif.

« Aider les populations à s’élever » : le désastre social

C’est le pilier le plus dégradé en valeur absolue : 69e → 93e, soit −24 places. Le détail est un réquisitoire :

  • Répartition des revenus : 43e → 90e (−47)
  • Non-discrimination : 3e → 50e (−47) — d’une position d’excellence mondiale à une position médiane
  • Stabilité des prix : 14e → 60e (−46) — l’inflation a frappé
  • Emploi : 81e → 125e (−44) — parmi les pires performances mondiales
  • Écart de genre : 97e → 121e (−24)
  • Satisfaction à l’égard des services publics : 88e → 109e (−21)
  • Performance environnementale : 53e → 78e (−25)
  • Santé : 65e → 79e (−14)
  • Éducation : 93e → 103e (−10)

Le Maroc passe d’un pays où la non-discrimination était une référence mondiale (3e) à un pays médian (50e). La stabilité des prix, longtemps exemplaire (14e), s’effondre à la 60e place sous l’effet de l’inflation importée. Mais le plus grave est l’emploi à la 125e place sur 133 pays : le marché du travail marocain, miné par un chômage des jeunes massif et une faible participation des femmes, devient un handicap compétitif majeur.

Tableau comparatif CGGI – Maroc : 2021 vs 2026

Pilier / Sous-indicateurRang 2021Rang 2026Évolution
Leadership & Foresight (Leadership et vision stratégique)63e43e▲ +20
— Ethical Leadership (Leadership éthique)54e78e▼ −24
— Long-term Vision (Vision à long terme)50e19e▲ +31
— Adaptability (Adaptabilité)36e38e▼ −2
— Strategic Prioritisation (Priorisation stratégique)56e45e▲ +11
— Innovation83e43e▲ +40
Robust Laws & Policies (Lois et politiques solides)56e73e▼ −17
— Rule of Law (État de droit)64e79e▼ −15
— Quality of Judiciary (Qualité de la justice)31e62e▼ −31
— Transparency (Transparence)73e92e▼ −19
— Regulatory Governance (Gouvernance réglementaire)69e70e▼ −1
Strong Institutions (Institutions solides)81e88e▼ −7
— Coordination85e101e▼ −16
— Data Capability (Capacité de données)79e78e▲ +1
— Implementation (Mise en œuvre)58e37e▲ +21
— Quality of Bureaucracy (Qualité de la bureaucratie)64e74e▼ −10
Financial Stewardship (Gestion financière)76e94e▼ −18
— Government Debt (Dette publique)59e85e▼ −26
— Country Budget Surplus (Solde budgétaire)74e94e▼ −20
— Spending Efficiency (Efficacité des dépenses)85e104e▼ −19
— Country Risk Premium (Prime de risque pays)51e62e▼ −11
Attractive Marketplace (Marché attractif)43e73e▼ −30
— Property Rights (Droits de propriété)34e90e▼ −56
— Attracting Investments (Attraction des investissements)56e72e▼ −16
— Logistics Competence (Compétence logistique)86e99e▼ −13
— Stable Business Regulations (Stabilité des réglementations commerciales)15e31e▼ −16
Global Influence & Reputation (Influence et réputation mondiales)55e73e▼ −18
— International Trade (Commerce international)65e86e▼ −21
— International Diplomacy (Diplomatie internationale)14e32e▼ −18
— Nation Brand (Image de la nation)44e64e▼ −20
— Passport Strength (Puissance du passeport)81e84e▼ −3
Helping People Rise (Aider les populations à s’élever)69e93e▼ −24
— Employment (Emploi)81e125e▼ −44
— Income Distribution (Répartition des revenus)43e90e▼ −47
— Price Stability (Stabilité des prix)14e60e▼ −46
— Education (Éducation)93e103e▼ −10
— Health (Santé)65e79e▼ −14
— Satisfaction with Public Services (Satisfaction à l’égard des services publics)88e109e▼ −21
— Personal Safety (Sécurité personnelle)82e83e▼ −1
— Gender Gap (Écart de genre)97e121e▼ −24
— Non-Discrimination (Non-discrimination)3e50e▼ −47
— Environmental Performance (Performance environnementale)53e78e▼ −25

Source : Chandler Good Government Index (CGGI) – Fiche pays Maroc, éditions 2021 et 2026. Classement mondial sur 133 pays évalués en 2026.

Synthèse : un pays qui voit loin mais ne redistribue pas

Le Maroc 2026 présente un profil de gouvernance schizophrénique : un exécutif capable de vision stratégique et de mise en œuvre, mais dont les résultats ne se transmettent ni à la justice, ni aux finances publiques, ni au marché du travail, ni à la redistribution. Le pays excelle dans les indicateurs de moyens (planification, innovation, mise en œuvre) et échoue dans les indicateurs de résultats (emploi, revenus, droits de propriété, transparence).

Cette asymétrie n’est pas tenable indéfiniment. Un leadership qui voit loin sans améliorer le quotidien des citoyens finit par perdre sa légitimité — et l’indice le mesure déjà : le Leadership éthique a chuté de 24 places. La prochaine édition du CGGI dira si le Maroc aura su convertir son avance stratégique en progrès social, ou si l’écart entre la vision et le vécu continuera de se creuser.


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