
C’est un signal fort que le Palais Royal n’envoie pas à la légère. En moins de neuf mois, le Roi Mohammed VI a présidé deux réunions de travail consacrées au mégaprojet de Nador West Med. De janvier à octobre 2026, le projet est passé du statut de promesse à celui de réalité opérationnelle. En 2026, Nador West Med (NWM) bascule de la phase de construction à celle de pré-exploitation. Les infrastructures sortent de terre, le premier terminal à conteneurs s’apprête à entrer en service. Une accélération qui en dit long sur l’urgence et l’ambition royales.
Janvier 2026 : le cap est fixé
Tout commence le 28 janvier 2026, au Palais Royal de Casablanca. Le Roi Mohammed VI préside une réunion de travail consacrée au nouveau complexe portuaire et industriel de Nador West Med. L’objectif est clair : préparer le lancement opérationnel du port au 4ᵉ trimestre 2026.
À ce stade, le projet affiche déjà des chiffres vertigineux :
- 51 milliards de dirhams d’investissements publics et privés
- 5,4 km de digues et 4 km de quais déjà réalisés
- 4 postes énergétiques opérationnels
- 700 hectares de zones d’activités en première phase
Le Souverain donne alors ses hautes instructions : garantir un démarrage dans les meilleures conditions, former les jeunes, et veiller à ce que les retombées bénéficient à toutes les provinces de la zone de rayonnement.
Octobre 2026 : le démarrage confirmé, l’ambition élargie
Le 28 octobre, retour au Palais Royal, cette fois à Rabat. La réunion de travail acte une nouvelle étape : le premier terminal à conteneurs entre en exploitation dans les prochains jours. Les chiffres ont grimpé :
| Indicateur | Janvier 2026 | Octobre 2026 |
|---|---|---|
| Investissements mobilisés | 51 milliards de MAD | 54 milliards de MAD |
| Premier terminal à conteneurs | En cours de finalisation | Mise en exploitation imminente (capacité à terme : 3,5 millions de conteneurs) |
| Second terminal | Prévu | Mise en service avril 2027 (1,8 million de conteneurs) |
| Investissement privé (deux terminaux) | — | 8 milliards de MAD |
| Emplois | —- | 14 000 directs et 20 000 indirects |
Capacités du port
| Horizon | Conteneurs | Vrac liquide et solide |
|---|---|---|
| Au démarrage | 5 millions de conteneurs/an | 35 millions de tonnes/an |
| Potentiel additionnel à terme | 12 millions de conteneurs/an | 15 millions de tonnes de vrac liquide/an |
Tanger Med 3 : le coup d’accélérateur
Lors de cette même réunion d’octobre, un second projet est présenté au Souverain : le lancement de Tanger Med 3. Situé à l’ouest de Tanger Med 2, ce nouveau port comprendra :
- 1 200 mètres de quais
- 4,5 millions de conteneurs par an de capacité additionnelle
- 8 milliards de dirhams d’investissement
- Un contrat de concession signé avec Maersk-APM, leader mondial du transport maritime
Avec ces nouveaux projets, le complexe Tanger Med pourrait atteindre une capacité totale de 20 millions de conteneurs, le positionnant dans le top 10 mondial. Le Maroc ne se contente plus de rattraper : il vise l’excellence mondiale.
Sur le terrain : des chantiers à foison
En 2026, Nador West Med est un immense chantier en mouvement. Outre l’achèvement des infrastructures de base, la société NWM prévoit :
- Le prolongement du quai Ouest sur 840 mètres
- La réalisation des superstructures et des voies et réseaux divers (VRD)
- L’aménagement de la principale voie d’accès au port
La préparation opérationnelle s’accélère également :
- Autorisation de remorquage et d’assistance portuaire octroyée au consortium Marsa Maroc – Boluda (groupe espagnol)
- Déploiement des systèmes VTS (Vessel Traffic Services) et PMIS (Port Management Information System)
- Acquisition d’équipements de contrôle, d’inspection, de balisage, de signalisation, de sécurité et de sûreté portuaires
La dimension énergétique
Le complexe repose sur le développement du premier terminal GNL du Maroc et d’un terminal hydrocarbures. Les travaux en cours portent sur l’adaptation du quai GNL pour accueillir une unité flottante de stockage (FSU) et/ou une unité flottante de stockage et regazéification (FSRU) d’une capacité maximale de 175 000 m³.
NWM BILZ : les zones d’activités prennent forme
Parallèlement au développement portuaire, la filiale NWM BILZ, créée en 2023, assure l’aménagement et le développement de la première tranche des zones d’activités économiques adossées au port.
Le programme d’aménagement, dont le coût est estimé à 2,5 MMDH (hors foncier), comprend :
- Une zone de stockage d’énergie
- Une zone industrielle
- Une zone logistique
- Des sas import-export
- Une station de dessalement
- Une station d’épuration des eaux usées
- Un poste électrique
Ces équipements accompagneront la mise en service du port et l’installation progressive des investisseurs.
Les finances : le talon d’Achille
2025 : un déficit qui se creuse
| Indicateur | 2025 | 2024 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Investissements réalisés | 2 006 MDH | — | — |
| Résultat net | -44 MDH | -22 MDH | Aggravation |
| Dettes de financement | 7 178 MDH | 6 451 MDH | +11,3 % |
Source: PLF2027
Le déficit s’explique par la poursuite des dépenses de pré-exploitation. La hausse des dettes intègre notamment une émission obligataire de 500 MDH.
2026 : les prévisions restent dans le rouge
| Indicateur | Prévision 2026 |
|---|---|
| Investissements | 1 849 MDH |
| Programme global 2024-2028 | Près de 7 MMDH |
| Chiffre d’affaires | 9 MDH |
| Résultat net | -74 MDH (déficitaire) |
| Capitaux propres | 5 938 MDH |
| Dettes de financement | 8 958 MDH |
Le déficit devrait encore se creuser en 2026 (-74 MDH), alors même que le chiffre d’affaires reste symbolique (9 MDH). La mise en service du port ne produira ses effets financiers qu’à moyen terme.
En synthèse
En convoquant deux réunions royales en neuf mois, le Palais a envoyé un message clair : Nador West Med n’est pas un projet parmi d’autres, c’est une priorité nationale. En 2026, Nador West Med entame sa mue : les infrastructures portuaires de base sont achevées, les chantiers de superstructures et d’équipements se poursuivent, le terminal GNL se prépare à accueillir une unité flottante de 175 000 m³, et la filiale NWM BILZ aménage 2,5 MMDH de zones d’activités — le tout dans un contexte financier encore déficitaire (-74 MDH prévus en 2026) mais porté par la dynamique positive du Groupe TMSA, dont le chiffre d’affaires devrait atteindre 12,882 MDH en 2026.



