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Dette publique: le jackpot caché des banques

Le financement de la dette intérieure marocaine révèle un mécanisme aussi lucratif pour les banques que coûteux pour l’État et les épargnants. En captant massivement une épargne liquide à coût zéro, les banques se positionnent comme les créanciers hégémoniques du Trésor, tout en verrouillant le circuit du financement national. Les banques consolident leur position de premier détenteur de BDT, franchissant la barre symbolique des 40 % en 2025.

Une épargne à coût zéro pour des profits maximaux

La mécanique est implacable. Le marché de l’épargne financière marocaine est structurellement biaisé : 70 % des avoirs sont constitués de dépôts liquides et de placements à court terme non rémunérés.

Pour les banques, c’est une aubaine. Elles captent cette manne financière sans avoir à verser le moindre intérêt aux épargnants. Des milliards de dirhams dorment sur des comptes courants ou à vue, offrant aux établissements bancaires une ressource gratuite et abondante.

Le recyclage : de l’épargne stérile aux Bons du Trésor

Que font les banques de cette épargne gratuite ? Elles ne la dirigent pas majoritairement vers l’économie réelle ou les PME en manque de financement. Elles l’utilisent pour acheter massivement des Bons du Trésor (BDT).

Les chiffres du Projet de loi de finances pour 2027 confirment cette stratégie : en 2025, les banques détiennent 40,1 % des BDT émis par adjudication (contre 38,3 % en 2024).

Catégorie de détenteurs20242025Évolution
Banques38,3 %40,1 %+1,8 pt
OPCVM33,3 %32,6 %-0,7 pt
Assurances et Caisses de retraite13,7 %12,5 %-1,2 pt

Le circuit est bouclé : les banques empruntent gratuitement aux ménages (via l’épargne non rémunérée) pour prêter à l’État, en engrangeant au passage une rémunération sur les BDT. Un arbitrage des plus lucratifs, qui se fait sans aucun risque de défaut sur la dette souveraine.

En s’appuyant sur des banques qui financent leurs achats de BDT grâce à des dépôts non rémunérés, l’État s’enferme dans une dépendance dangereuse.

Faute d’une épargne longue et institutionnelle suffisante — les assurances et caisses de retraite ne pèsent que 12,5 % des BDT — l’État n’a d’autre choix que de se tourner vers les banques. Ces dernières dictent ainsi, de fait, les conditions du financement de la dette publique.

L’État paie une rémunération sur des BDT financés par une épargne qui, elle, n’est pas rémunérée. La différence entre ce que l’État paie et ce que les banques versent aux épargnants constitue une  »rente de situation » qui pèse indirectement sur les finances publiques et sur le pouvoir d’achat des ménages.

En maintenant 70 % de l’épargne dans des placements liquides et non rémunérés, les banques découragent l’émergence d’une véritable épargne longue (assurance-vie, retraite par capitalisation). Elles s’assurent ainsi un contrôle durable sur la liquidité nationale et sur le financement de l’État.

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