
La structure de l’effectif du personnel civil de l’État (au nombré de 574.026 en 2026) par tranches d’âge en 2026 place le Maroc devant un constat sans appel : 21,0 % des agents ont 55 ans et plus. Un agent sur cinq approche de la retraite, tandis que les moins de 35 ans ne représentent que 23,1 % des effectifs. Le renouvellement générationnel devient une urgence, un vieillissement qui interpelle.
21 %, le chiffre qui dérange
C’est la donnée qui saute aux yeux dans le tableau de la structure des effectifs civils de l’État en 2026 : 21,0 % des agents ont 55 ans et plus. Autrement dit, plus d’un fonctionnaire sur cinq se situe à cinq à dix ans — au plus — de la retraite.
| Tranche d’âge | Part | Cumul |
|---|---|---|
| < 25 ans | 2,4 % | 2,4 % |
| 25 à moins de 30 ans | 9,1 % | 11,5 % |
| 30 à moins de 35 ans | 11,6 % | 23,1 % |
| 35 à moins de 40 ans | 14,7 % | 37,8 % |
| 40 à moins de 45 ans | 14,4 % | 52,2 % |
| 45 à moins de 50 ans | 14,1 % | 66,3 % |
| 50 à moins de 55 ans | 12,7 % | 79,0 % |
| 55 ans et plus | 21,0 % | 100 % |
| Total | 100 % | — |
Ce chiffre n’est pas anecdotique. Il pèse plus lourd que n’importe quelle autre tranche d’âge du tableau, devant le pic des 35-40 ans (14,7 %). Et il contraste violemment avec la base jeune de la pyramide : les moins de 25 ans ne représentent que 2,4 % des effectifs, et les moins de 35 ans à peine 23,1 %.
Une pyramide des âges en « ballon »
Le tableau dessine une structure d’âge déséquilibrée, concentrée dans sa partie haute et médiane.
| Segment | Part cumulée |
|---|---|
| Moins de 35 ans | 23,1 % |
| 35 à moins de 55 ans | 55,9 % |
| 55 ans et plus | 21,0 % |
Le cœur de la pyramide — les 35 à moins de 55 ans — représente 55,9 % des effectifs, avec une répartition remarquablement homogène : 14,7 % pour les 35-40 ans, 14,4 % pour les 40-45 ans, 14,1 % pour les 45-50 ans et 12,7 % pour les 50-55 ans.
Conséquence : une vague de départs étalée mais massive se profile. Les 45-55 ans (26,8 % des effectifs) partiront dans les 10 à 15 ans, précédés par les 21 % de 55 ans et plus. Sans recrutement jeune significatif, la fonction publique risque une rupture de compétences.
Une base jeune trop étroite pour compenser
Le paradoxe est là : alors que la tête senior grossit, la base jeune ne suit pas.
- < 25 ans : 2,4 % seulement
- 25 à moins de 30 ans : 9,1 %
- 30 à moins de 35 ans : 11,6 %
23,1 % de moins de 35 ans, contre 21,0 % de 55 ans et plus. La base jeune est à peine plus épaisse que la tête senior. Un déséquilibre structurel qui ne permettra pas de compenser mécaniquement les départs à la retraite.
Pourquoi c’est un enjeu stratégique
Le vieillissement de la fonction publique n’est pas qu’une affaire de chiffres. Il pose trois défis concrets :
La perte de compétences : les agents seniors détiennent un savoir-faire accumulé sur des décennies. Leur départ massif sans transfert organisé signifie une perte sèche pour l’administration.
La continuité du service public : si les départs ne sont pas anticipés, des services entiers risquent de se retrouver sous-dotés en personnel expérimenté.
L’attractivité : avec une base jeune étroite, la fonction publique doit redoubler d’efforts pour attirer et fidéliser les nouvelles générations.
Le Maroc face à un choc démographique à deux vitesses
Les chiffres de la structure des effectifs civils par tranches d’âge au titre de l’année 2026 révèlent un paysage profondément fracturé. D’un côté, des départements portés par une jeunesse dynamique ; de l’autre, des administrations en voie de vieillissement accéléré. Un déséquilibre qui interpelle et appelle des réponses urgentes.
Un contraste saisissant : de 1 à 17
C’est un écart qui donne le vertige. Dans la Santé et la Protection Sociale, un actif sur deux a moins de 35 ans (50 %). À l’Éducation Nationale et au Préscolaire, ils ne sont que 2,93 % dans cette même tranche d’âge. Un rapport de 1 à 17 qui résume à lui seul la fracture démographique de la fonction publique marocaine.
D’un côté, des administrations jeunes, attractives, en pleine expansion. De l’autre, des institutions figées, portées par des effectifs vieillissants et quasi hermétiques aux nouvelles générations.
Éducation et Enseignement Supérieur : l’alerte rouge
Les deux départements de l’éducation affichent les signaux les plus préoccupants.
À l’Éducation Nationale et Préscolaire, près de deux tiers des effectifs ont 45 ans et plus (64,8 %), et 23,97 % ont 55 ans et plus. Plus inquiétant encore : la tranche des moins de 25 ans est quasiment inexistante (0,03 %). La pyramide des âges est inversée.
L’Enseignement Supérieur n’est pas en reste : 32,6 % de ses effectifs ont 55 ans et plus — le record tous départements confondus. Plus d’un agent sur trois approche de la retraite.
➡️ Conséquence directe : des départs massifs à la retraite à horizon 5 à 10 ans, sans vivier jeune suffisant pour assurer la relève. Un risque de rupture de compétences et de désorganisation des services.
Santé, Économie et Finances, Intérieur : le moteur jeune
À l’opposé, trois départements affichent une dynamique démographique résolument tournée vers l’avenir.
La Santé et la Protection Sociale fait figure de modèle : 50 % de moins de 35 ans, un pic à 25-30 ans (20,1 %) et seulement 23,8 % de 45 ans et plus. Le département attire et recrute jeune.
L’Économie et les Finances confirme cette tendance : 37 % de moins de 35 ans, avec le taux le plus élevé de moins de 25 ans (5,3 %). Une jeunesse qui côtoie toutefois une queue senior non négligeable (21 % de 55 ans et plus), posant la question de la transmission des compétences.
L’Intérieur complète ce trio : 36 % de moins de 35 ans, un pic à 30-35 ans (19,3 %) et le taux de seniors le plus faible (15,3 %). Une structure d’âge équilibrée vers le bas.
➡️ Mais attention : jeunesse ne rime pas toujours avec stabilité. Ces départements font face à un risque de turnover élevé et à un besoin criant d’encadrement expérimenté.
Justice : l’équilibre fragile
La Justice affiche un profil plus homogène, mais légèrement senior. Si la répartition entre 35 et 55 ans est relativement équilibrée, 24,7 % des effectifs ont 55 ans et plus — parmi les taux les plus élevés. Et seulement 7,1 % ont moins de 30 ans. Un département mature, dont le renouvellement générationnel reste à surveiller de près.
Le tableau comparatif
| Indicateur | Département le plus jeune | Département le plus âgé |
|---|---|---|
| Moins de 25 ans | Économie et Finances (5,3 %) | Éducation Nationale (0,03 %) |
| Moins de 35 ans | Santé (50 %) | Éducation Nationale (2,93 %) |
| 55 ans et plus | Santé (12,1 %) | Enseignement Supérieur (32,6 %) |
| 45 ans et plus | Santé (23,8 %) | Éducation Nationale (64,8 %) |
Le Maroc fait face à un double défi démographique dans sa fonction publique : des départements sociaux et économiques portés par une jeunesse dynamique, et des départements éducatifs en voie de vieillissement accéléré. Deux temporalités, deux urgences, une même nécessité : des politiques de ressources humaines anticipatrices et sur mesure.



