
L’acquisition de Société Générale Ghana par Attijariwafa bank intervient à un moment charnière, à la confluence de trois facteurs : la volonté de retrait du vendeur (Société Générale), le besoin pressant de l’acheteur d’étendre sa présence en Afrique anglophone, et l’amélioration du contexte macroéconomique ghanéen.
Le vendeur : le retrait stratégique du groupe Société Générale
La cession de Société Générale Ghana par le groupe français s’inscrit dans le cadre de sa restructuration mondiale, et non dans une appréciation négative du marché ghanéen. Aux termes de l’accord, Société Générale cède la totalité de sa participation de 60,22 % à Attijariwafa bank (55,22 %) et à la SSNIT, le fonds de sécurité sociale ghanéen (5 %). À l’issue de l’opération, Attijariwafa bank reprendra l’ensemble des activités, du portefeuille clients et du personnel de Société Générale Ghana. Cette configuration — un vendeur qui se retire volontairement plutôt qu’une cession forcée d’actifs dégradés — offre à l’acheteur l’opportunité d’acquérir, à un prix raisonnable, le contrôle d’une banque solidement gérée.
L’acheteur : le besoin d’Attijariwafa bank de combler son déficit en Afrique anglophone
Attijariwafa bank est le premier groupe bancaire marocain, avec un résultat net consolidé de 12,4 milliards de dirhams (environ 1,24 milliard de dollars) en 2025, en hausse de 14,4 %. Cependant, ses activités africaines étaient jusqu’ici concentrées dans les pays francophones (Sénégal, Côte d’Ivoire, Tunisie, etc.), sa présence en Afrique anglophone restant limitée.
Le Ghana, en tant qu’économie majeure de l’Afrique de l’Ouest anglophone, constitue la pièce maîtresse de sa stratégie de couverture totale du continent africain. Cette acquisition permet à Attijariwafa bank d’entrer pour la première fois sur le marché ghanéen et, à partir de cette base, de rayonner vers le Nigeria et les autres pays anglophones voisins. La direction a clairement indiqué que cette opération « témoigne de sa confiance dans les perspectives de développement du Ghana » et que le groupe dispose d’une vaste expérience dans l’intégration de banques acquises, ce qui lui permet d’envisager la poursuite du développement de Société Générale Ghana.
La taille de la cible est également appropriée : Société Générale Ghana compte 40 agences et plus de 500 collaborateurs, ce qui en fait une cible «digestible» — suffisamment importante pour avoir un impact significatif sur le marché, sans être trop grande pour générer un risque d’intégration excessif.
La fenêtre de tir : l’amélioration du contexte macroéconomique ghanéen
Forte baisse de l’inflation
Le taux d’inflation au Ghana est passé de 23,8 % fin 2024 à 5,4 % fin 2025, puis à 3,4 % en avril 2026, mettant fin à quinze mois consécutifs de baisse avant de se stabiliser. La Banque africaine de développement prévoit un taux d’inflation d’environ 9 % pour 2026. Cette décélération significative crée un environnement d’exploitation plus prévisible pour le secteur bancaire.
Amélioration de la qualité des actifs bancaires
Le taux de créances douteuses du secteur bancaire ghanéen est passé de 23,1 % au premier semestre 2025 à 16,1 % au premier semestre 2026. Le rapport de politique monétaire de la Banque du Ghana confirme également une amélioration continue de la qualité des actifs sous l’effet des directives prudentielles. En mai 2026, Fitch a relevé la note de défaut émetteur à long terme du Ghana de « B- » à « B » avec perspective positive, soulignant que « l’amélioration de la qualité du crédit bénéficie au système bancaire ».
Des fondamentaux solides mais une valorisation encore attrayante
Société Générale Ghana a réalisé en 2025 un bénéfice après impôt de 397 millions de cedis ghanéens (environ 25,6 millions de dollars), avec un rendement des fonds propres (ROE) de 15,1 %, un ratio de solvabilité de 23,4 %, une hausse de 6 % du revenu net d’intérêts et une croissance de 16 % du revenu net de commissions. La banque a également enregistré une reprise nette de provisions de 33,6 millions de cedis, signe d’une amélioration effective de la qualité de ses actifs.
Le titre a progressé de 199 % en 2025 (de 1,50 à 4,49 cedis), mais au 29 septembre 2026, la capitalisation boursière ne s’élève qu’à 3,9 milliards de cedis. Rapportée à ses 2,6 milliards de cedis de fonds propres et à ses bénéfices solides, cette valorisation reste attrayante.
La participation de la SSNIT réduit les risques politiques et réglementaires
La SSNIT a augmenté sa participation de 5 % dans le cadre de cette transaction, la portant de 19,36 % à 24,36 %. En tant qu’investisseur institutionnel ghanéen de premier plan, sa participation renforce la légitimité locale de l’opération et offre à Attijariwafa bank un partenaire stratégique connaissant bien le marché ghanéen, ce qui contribue à apaiser les inquiétudes des autorités de régulation quant au changement de contrôle.
En synthèse, Attijariwafa bank saisit le moment opportun — volonté de retrait claire du vendeur, nécessité pour le groupe marocain de percer en Afrique anglophone, et redressement de l’économie ghanéenne — pour réaliser une acquisition rationnelle. Cette opération, si elle aboutit, dotera le groupe d’une plateforme anglophone solide, bien positionnée et aux fondamentaux sains, posant ainsi une base essentielle à sa stratégie de couverture totale du continent africain.
Hakim Ouzzani, un Algérien à la tête de Société Générale Ghana
Hakim Ouzzani incarne un parcours panafricain au sein du groupe Société Générale : après avoir dirigé la filiale tchadienne et occupé des postes de direction en Algérie, cet administrateur pilote depuis 2017 la destinée de Société Générale Ghana, à un moment charnière de son histoire.
Son avenir personnel dans cette transition reste à préciser. Ce qui est certain, c’est que son parcours — d’Alger à N’Djamena, en passant par Accra — illustre la mobilité des cadres dirigeants du groupe Société Générale sur le continent africain,
Résultats financiers de la banque pour l’année 2025
le bénéfice net après impôt s’établit à 397 001 300 GH¢ en 2025, contre 551 299 247 GH¢ en 2024. Cela représente une baisse de 154 297 947 GH¢, soit une diminution d’environ 28 %. La rentabilité nette de la banque a donc sensiblement reculé.
Le résultat global chute de 57,4 %, principalement en raison de l’absence du gain de réévaluation de 2024 et de la baisse du résultat net.
- Effondrement des dépôts bancaires (-95,5 %) : ces dépôts passent de 30,8 millions à 1,4 million GH¢, reflétant probablement une réduction des financements interbancaires.
- Baisse des dépôts de la clientèle (-6,1 %) : les dépôts reculent de 376,7 millions GH¢, ce qui constitue une source de préoccupation pour la liquidité et la capacité de prêt.
- Baisse des emprunts (-35,7 %) : la banque réduit son endettement de 185,8 millions GH¢, ce qui allège les charges d’intérêts (cohérent avec la baisse des charges d’intérêts observée dans le compte de résultat).
La forte baisse des taux et de l’inflation a conduit la Banque à réduire ses taux d’intérêt pour rester compétitive, ce qui a impacté la tarification des dépôts et des prêts.
| Indicateur | Décembre 2024 | Décembre 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Taux des bons du Trésor (moyenne T1 2025) | 23 % | 11 % (T4 2025) | -12 points |



