
Le verdict de PISA 2025 est sans appel : les performances des élèves marocains reculent dans les trois disciplines fondamentales. La compréhension de l’écrit accuse la plus forte baisse, tandis que près de trois élèves sur quatre restent sous le niveau 2. À l’autre extrémité de l’échelle, les élèves très performants ne représentent que 0,1 %.
Le système éducatif marocain reste confronté à un défi majeur : transformer l’accès à l’école en acquisition réelle de compétences. Les résultats du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) 2025 mettent une nouvelle fois en lumière l’ampleur du problème. Le Maroc se classe 86e selon le classement repris dans les résultats publiés ce 8 septembre.
Les élèves marocains obtiennent un score moyen de 358 points en sciences, 355 points en mathématiques et seulement 321 points en compréhension de l’écrit. En résolution de problèmes mobilisant la pensée computationnelle, le score atteint 374 points.
Le recul est général
La comparaison avec PISA 2022 est particulièrement préoccupante. En trois ans, le score moyen recule de 7 points en sciences, de 10 points en mathématiques et surtout de 18 points en compréhension de l’écrit.
Cette dernière évolution constitue le principal signal d’alerte. La lecture et la compréhension des textes constituent en effet des compétences transversales, indispensables aussi bien à la réussite en mathématiques et en sciences qu’à l’insertion professionnelle future.
Le problème n’est donc pas cantonné à une seule matière. C’est la capacité globale du système à faire progresser les apprentissages fondamentaux qui est questionnée.
73,2 % des élèves sous le niveau 2
La distribution des performances est encore plus révélatrice que les scores moyens.
Selon les données fournies, 73,2 % des élèves marocains se situent sous le niveau 2, considéré comme le seuil de maîtrise minimale des compétences évaluées par PISA.
À l’inverse, la proportion d’élèves atteignant les niveaux 5 ou 6, qui correspondent aux performances les plus élevées, n’est que de 0,1 %.
Le contraste est donc saisissant : une très large majorité d’élèves se trouve en situation de faible performance, tandis qu’une infime minorité atteint les niveaux d’excellence.
9,1 % de la variance des résultats en sciences est expliquée par le SESC
Que signifie « Intensité : pourcentage de la variance des résultats en sciences expliqué par l’indice SESC » ?
C’est un indicateur qui mesure le poids du milieu socio-économique dans les performances scolaires en sciences.
SESC signifie indice du statut économique, social et culturel de l’élève. Il synthétise plusieurs dimensions du contexte familial et social, notamment les ressources éducatives et culturelles disponibles dans l’environnement de l’élève.
La variance des résultats représente, de manière simplifiée, l’ensemble des différences de performances observées entre les élèves.
Ainsi, lorsque PISA indique par exemple :
- Pourcentage faible → les performances scolaires sont relativement moins liées au milieu socio-économique.
- Pourcentage élevé → le milieu socio-économique est davantage associé aux écarts de performance.
Pour le Maroc, l’intensité est de 9,1 %. Cela signifie que 9,1 % de la variance des performances en sciences des élèves marocains est statistiquement associée à leur statut socio-économique, social et culturel (indice SESC). Le reste de la variance — environ 90,9 % — est lié à d’autres facteurs.
Au Maroc, le statut socio-économique explique 9,1 % des écarts de performance en sciences. Autrement dit, le milieu social, économique et culturel des élèves est statistiquement associé à 9,1 % de la variation observée dans leurs résultats en sciences. Cet indicateur ne signifie toutefois pas que le milieu social est la cause directe de ces écarts : il mesure une association statistique entre le statut socio-économique et la performance scolaire.
16,4 %: le pourcentage d’élèves défavorisés résilients sur le plan scolaire
Dans PISA 2025, le « pourcentage d’élèves défavorisés résilients sur le plan scolaire » est un indicateur particulièrement intéressant.
Que signifie « résilient » ?
Un élève est considéré comme scolairement résilient lorsqu’il cumule deux caractéristiques :
- il appartient aux 25 % d’élèves les plus défavorisés sur le plan socio-économique dans son pays, selon l’indice ESCS ;
- malgré ce désavantage, il obtient un résultat situé dans le quart supérieur des performances des élèves de son propre pays.
Autrement dit, il s’agit d’élèves qui « réussissent contre toute attente » : leur milieu social est défavorable, mais leurs performances scolaires sont parmi les meilleures au niveau national.
En PISA 2025, 16,4 % des élèves marocains défavorisés sont considérés comme scolairement résilients en sciences, contre 12 % en moyenne dans l’OCDE.
Cela signifie que, sur 100 élèves appartenant au quart le plus défavorisé socialement au Maroc, environ 16 atteignent le quart supérieur des performances en sciences dans le pays.
Comment l’interpréter ?
C’est plutôt un signal positif pour le Maroc : malgré leur origine socio-économique défavorable, une proportion relativement importante d’élèves parvient à atteindre un niveau de performance élevé par rapport aux autres élèves marocains.
Mais attention : 16,4’% ne signifie pas que 16,4 % des élèves défavorisés sont de très bons élèves à l’échelle internationale. Le classement est effectué à l’intérieur du Maroc.
On peut donc écrire dans votre article :
« Au Maroc, 16,4 % des élèves issus des milieux socio-économiquement défavorisés affichent une résilience scolaire : malgré leur origine sociale, ils figurent parmi les 25 % les plus performants en sciences dans le pays. Cette proportion dépasse la moyenne de l’OCDE, établie à 12 %. »
Lecture économique intéressante : le chiffre montre que l’origine sociale ne détermine pas mécaniquement la réussite scolaire. Une partie des élèves défavorisés parvient à dépasser les contraintes liées à son environnement familial et social. Cela peut constituer un indicateur de la capacité du système éducatif à créer de la mobilité sociale.
55 points séparent en sciences les élèves
Dans le tableau PISA 2025, « Différence entre les élèves favorisés et ceux défavorisés » correspond à l’écart de score moyen en sciences entre les deux groupes.
Pour le Maroc, cet écart est de 55 points.
Que signifie concrètement ces 55 points ?
L’OCDE divise les élèves marocains en quatre groupes de taille égale selon leur statut économique, social et culturel (indice SESC) :
- Élèves favorisés : les 25 % ayant le statut socio-économique le plus élevé ;
- Élèves défavorisés : les 25 % ayant le statut socio-économique le plus faible.
En sciences, les élèves favorisés obtiennent en moyenne 55 points de plus que les élèves défavorisés.
Autrement dit, l’origine socio-économique est associée à une différence substantielle de performance scolaire.
Est-ce beaucoup ?
Oui, mais l’écart marocain reste inférieur à celui observé en moyenne dans l’OCDE, qui atteint 85 points.
| PISA 2025 – Sciences | Écart |
|---|---|
| Maroc | 55 points |
| Moyenne OCDE | 85 points |
| Maroc vs OCDE | -30 points |
Attention à une nuance importante
Il ne faut pas conclure que les inégalités sociales sont faibles au Maroc simplement parce que l’écart est inférieur à la moyenne OCDE. Un écart plus faible peut aussi s’expliquer par le fait que les performances sont globalement faibles dans plusieurs catégories sociales.
C’est d’ailleurs pourquoi cet indicateur doit être lu avec les autres données : au Maroc, le statut socio-économique explique 9,1 % de la variance des performances en sciences, contre 11,6 % en moyenne dans l’OCDE, tandis que 16,4 % des élèves défavorisés sont scolairement résilients.
Les filles marocaines creusent l’écart
Voici la lecture de ces résultats PISA 2025 sur les écarts entre filles et garçons au Maroc.
1. Sciences : avantage des filles
- Filles : 359 points
- Garçons : 357 points
- Écart : -3 points selon la présentation du tableau, soit un léger avantage des filles.
L’écart est donc très faible en sciences. Les performances des filles et des garçons sont pratiquement au même niveau.
2. Compréhension de l’écrit : net avantage des filles
- Filles : 329 points
- Garçons : 313 points
- Écart : -17 points
C’est ici que la différence entre les sexes est la plus marquée. Les filles obtiennent 17 points de plus que les garçons en compréhension de l’écrit.
Cela confirme un avantage féminin particulièrement visible dans les compétences de lecture.
3. Mathématiques : performances presque équivalentes
- Filles : 356 points
- Garçons : 354 points
- Écart : -2 points
Là encore, la différence est très limitée : 2 points seulement en faveur des filles.
| Domaine | Filles | Garçons | Écart |
|---|---|---|---|
| Sciences | 359 | 357 | -3 |
| Compréhension de l’écrit | 329 | 313 | -17 |
| Mathématiques | 356 | 354 | -2 |
Le principal enseignement est donc que l’écart filles-garçons au Maroc se concentre essentiellement sur la compréhension de l’écrit. En sciences et en mathématiques, les performances sont quasiment similaires.



