
Face à une dépendance extérieure supérieure à 80 %, Brasilia lance le programme national « Profert » pour stimuler sa production locale. Dans l’intervalle, le Brésil diversifie à marche forcée ses approvisionnements, enregistrant une hausse spectaculaire de 83 % des importations d’engrais en provenance du Maroc au premier trimestre.
Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a promulgué vendredi une loi portant création du Programme de développement de l’industrie des engrais (Profert), destiné à stimuler la production nationale et à réduire la dépendance du pays aux approvisionnements extérieurs.
Le programme vise à encourager la production, sur le territoire brésilien, d’engrais et de matières premières d’origine synthétique, minérale et organique, ainsi que de reminéralisants, de bio-intrants et de biofertilisants.
Parmi les objectifs figurent la garantie de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la réduction des coûts de la chaîne de valeur agricole et l’assurance d’un approvisionnement stable en engrais et en matières premières destinés à l’activité agricole brésilienne.
Les entreprises productrices implantées au Brésil pourront bénéficier du programme à condition de satisfaire aux critères d’adhésion. Ceux-ci comprennent notamment des initiatives de développement local et d’inclusion sociale, le dialogue avec les communautés concernées ainsi que des mesures visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
La législation prévoit également l’instauration d’un taux obligatoire de mélange d’engrais produits au Brésil avec les produits commercialisés dans le pays. Ce taux sera fixé à 2 % à partir du 1er juillet 2027, puis porté à 10 % au plus tard le 1er janvier 2037.
À partir de 2038, le Conseil national des engrais et de la nutrition des plantes (Confert) devra déterminer l’évolution de ce taux, dans une fourchette comprise entre 10 % et 30 %, en tenant compte de la disponibilité des produits nationaux et des capacités de l’industrie brésilienne.
Le gouvernement brésilien pourra également mobiliser des ressources pour financer des lignes de crédit remboursables destinées aux investissements dans le secteur. Ces financements pourront notamment servir à la modernisation, à la réactivation et à l’extension des unités industrielles, ainsi qu’à la recherche, au développement et à l’innovation et aux infrastructures logistiques.
Les ressources seront transférées par le ministère des Finances à la Banque nationale de développement économique et social (BNDES). Celle-ci pourra gérer directement ces lignes de financement ou passer par des établissements financiers habilités. De son côté, le Confert assurera le suivi des résultats du programme.
Lors de la promulgation de la loi, le président brésilien a toutefois opposé son veto à une disposition qui prévoyait que, à des fins réglementaires, seuls seraient considérés comme engrais les produits « extraits et fabriqués sur le territoire national ». Lula a estimé que cette disposition « allait à l’encontre de l’intérêt public ».
Une dépendance extérieure de plus de 80 %
Le Brésil importe plus de 80 % des engrais qu’il consomme. Face à cette forte dépendance, le pays mise désormais sur une combinaison de diplomatie, de financement et d’augmentation de la production nationale afin de sécuriser son approvisionnement en fertilisants, selon des sources du gouvernement brésilien consultées par l’Agence Lusa.
Cette stratégie de diversification vise notamment à réduire les risques liés aux tensions géopolitiques et aux éventuelles perturbations des routes maritimes internationales, notamment dans des zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz. L’objectif est de garantir la disponibilité des intrants agricoles pendant la période critique des semis de la campagne 2026/2027.
Un graphique du ministère brésilien de l’Agriculture et de l’Élevage, obtenu par la rédaction, fait apparaître une évolution significative de l’origine des importations brésiliennes d’engrais au premier trimestre 2026, par rapport à la même période de 2025.
Selon cette présentation, les importations ont progressé de :
- 83 % en provenance du Maroc ;
- 61 % des États-Unis ;
- 60 % du Venezuela ;
- 47 % du Canada ;
- 46 % de l’Égypte ;
- 34 % de l’Algérie ;
- 23 % d’Israël.
À l’inverse, les achats ont reculé de :
- 76 % pour Oman ;
- 59 % pour le Qatar ;
- 55 % pour le Nigeria ;
- 17 % pour la Russie ;
- 3 % pour la Chine.
Le Turkménistan apparaît par ailleurs comme un nouveau fournisseur du marché brésilien des engrais.
Un enjeu stratégique pour le Maroc
La progression de 83 % des importations brésiliennes d’engrais en provenance du Maroc au premier trimestre 2026 souligne le poids croissant du Royaume dans la stratégie brésilienne de diversification des approvisionnements. Elle intervient alors même que Brasilia cherche parallèlement à réduire sa dépendance globale aux importations et à renforcer ses capacités industrielles nationales.
Le cas brésilien illustre ainsi un paradoxe stratégique : réduire la dépendance extérieure ne signifie pas nécessairement réduire les importations à court terme, mais plutôt diversifier les fournisseurs tout en développant progressivement une capacité de production nationale. Lusa


