
Les chiffres de l’Office des Changes sont sans appel. À fin juillet 2026, les dépenses de voyages des Marocains à l’étranger ont atteint 19,923 milliards de dirhams, contre 9,7 milliards en 2022. En quatre ans, la facture a plus que doublé (+104,8 %). Les sorties de devises au titre des voyages s’établissent en moyenne à 2 846 MDH/mois sur les 7 premiers mois de 2026 (contre 1 390 MDH/mois en 2022).
Une progression fulgurante qui interroge sur les ressorts d’une consommation touristique nationale en pleine mutation.
2023, l’année de tous les records
Le véritable coup de tonnerre a eu lieu en 2023. Avec un bond de +58,6 % en un an, les Marocains ont littéralement pris d’assaut les aéroports. « C’était l’effet cocotte-minute post‑Covid », analyse un économiste spécialisé. « Les restrictions levées, les ménages ont rattrapé le temps perdu, quitte à vider leur épargne ». Un phénomène que les professionnels du tourisme n’avaient pas vu venir à cette ampleur.
| Année (à fin juillet) | Dépenses (MDH) | Variation absolue (MDH) | Croissance YoY (%) | Moyenne mensuelle (7 mois) |
| 2022 | 9 728 | — | — | 1 390 MDH/mois |
| 2023 | 15 424 | +5 696 | +58,55 % | 2 203 MDH/mois |
| 2024 | 16 886 | +1 462 | +9,48 % | 2 412 MDH/mois |
| 2025 | 18 560 | +1 674 | +9,91 % | 2 651 MDH/mois |
| 2026 | 19 923 | +1 363 | +7,34 % | 2 846 MDH/mois |
Le bond exceptionnel traduit la réouverture complète des frontières, le rattrapage des séjours à l’étranger, l’impact du relèvement des plafonds de la dotation touristique et l’effet inflationniste sur les prestations à l’international.
Le Maroc perd‑il la bataille de l’attractivité ?
C’est le point qui fâche. De nombreux voyageurs marocains préfèrent désormais dépenser leurs devises avec une nette préférence pour l’Espagne, la France, ainsi que la Turquie et l’Arabie Saoudite pour les pèlerinages plutôt qu’au Maroc. La raison ? Un rapport qualité‑prix jugé nettement plus favorable.
« Pour le prix d’une semaine à Agadir en août, je m’offre quinze jours en Andalousie, avec un hôtel de standing et des repas de qualité », confie un cadre casablancais. Un sentiment partagé par des milliers de MRE qui, chaque été, arbitrent entre passer leurs vacances au pays ou ailleurs.
Un expert du secteur résume la situation en une phrase choc : « Le Maroc est en train de devenir un pays exportateur de touristes, plutôt qu’un pays qui les attire. » Un paradoxe cruel pour un royaume qui mise sur le tourisme comme levier de croissance.
La Composition Réelle des Dépenses
Ces dépenses se décomposent principalement en plusieurs catégories :
| Type de Voyage | Plafond de Dotation (Dirhams) | Détails |
|---|---|---|
| Voyages Personnels | Jusqu’à 500 000 MAD par personne et par an | Composé d’une dotation de base de 100 000 MAD, accessible à tout résident majeur. Un supplément de 400 000 MAD est possible sous conditions de revenus (30% du supplément demandé en Impôt sur le Revenu). |
| Voyages d’Études | 15 000 MAD/mois pour les frais de séjour | Une hausse par rapport aux 12 000 MAD/mois précédents, destinée à couvrir le séjour lors d’études post-baccalauréat. |
| Voyages d’Affaires | Jusqu’à 1 500 000 MAD par an | Réservé aux « opérateurs catégorisés ». La dotation de base est de 50% de l’IS, avec un plafond majoré pour les opérateurs éligibles. |
| Soins Médicaux | Encadré par les banques | Les règlements pour les soins à l’étranger s’effectuent via des virements ou chèques bancaires par l’intermédiaire des banques |



