
L’Institution du Médiateur du Royaume a présenté son rapport annuel au titre de l’année 2025. Si le nombre total de dossiers enregistrés atteint un pic historique de 9 558, le rapport met en lumière des disparités sectorielles et des dysfonctionnements procéduraux préoccupants, notamment dans les programmes d’aide sociale.
Les nouvelles statistiques officielles pour l’année 2025 révèlent une augmentation spectaculaire du nombre de dossiers de médiation enregistrés, marquant une étape décisive dans une trajectoire de croissance régulière et pluriannuelle. Selon les données, le nombre total de dossiers enregistrés a atteint 9 558 en 2025, ce qui constitue un record significatif.
Une tendance haussière sur cinq ans
Les chiffres actuels sont le résultat d’une augmentation annuelle continue au cours des cinq dernières années. Les données montrent une progression nette et constante de la demande :
- 2021 : 5 402 dossiers
- 2022 : 5 909 dossiers
- 2023 : 7 219 dossiers
- 2024 : 7 948 dossiers
- 2025 : 9 558 dossiers
Cette progression représente un taux de croissance annuel de 25,29 % entre 2024 et 2025 seulement. Une telle hausse souligne non seulement l’élargissement du champ d’application de la médiation, mais aussi la confiance croissante du public et des administrations dans l’utilisation de ces mécanismes pour résoudre les conflits en dehors des voies judiciaires traditionnelles.
Répartition de l’activité de médiation
Si le nombre total de dossiers enregistrés augmente, la composition interne de ces cas révèle des dynamiques intéressantes quant à la manière dont le processus est utilisé.
- Réclamations : 6 770 dossiers
- Orientation : 3 157 dossiers
- conciliation: 31 dossiers
Le Ministère de l’Intérieur en tête des réclamations
Si la médiation connaît un essor global, certains secteurs concentrent une part importante des litiges. Le classement des réclamations par département ministériel révèle les points de tension majeurs :
- Ministère de l’Intérieur : En tête du classement avec 1 918 dossiers. Ce chiffre élevé s’explique par la gestion des affaires locales, de l’état civil et des procédures administratives courantes.
- Ministère de la Justice : Arrive en deuxième position avec 1 421 dossiers, souvent liés aux retards et aux difficultés d’exécution des jugements.
- Ministère de l’Économie et des Finances : Troisième avec 1 288 dossiers, tant au niveau central que déconcentré.
- Collectivités territoriales : Elles totalisent 674 dossiers.
- Autres secteurs : Les plaintes restantes se répartissent entre les ministères de la Transition énergétique, de l’Éducation nationale et la Caisse de dépôt et de gestion.
Une carte géographique inégale
Les réclamations ne sont pas réparties uniformément sur le territoire national. Les grandes zones urbaines concentrent logiquement la majorité des demandes :
- Casablanca-Settat arrive en tête avec 912 réclamations.
- Rabat-Salé-Kénitra suit de près avec 875 réclamations.
- Fès-Meknès complète le podium avec 852 réclamations.
Les régions de l’Oriental, Souss-Massa et Marrakech-Safi enregistrent des proportions plus variables, mais le rapport confirme que le monde urbain reste le principal demandeur de services de médiation.
Deux problématiques majeures soulevées par le rapport
Au-delà des chiffres, le rapport annuel du Médiateur pointe du doigt des dysfonctionnements systémiques qui freinent la bonne administration et la protection des droits des citoyens :
Les lacunes du Registre Social Unifié (RSU) : Le rapport dénonce des problèmes de procédure et de méthodologie qui limitent l’efficacité et l’accès à ce dispositif crucial. Des difficultés ont notamment été relevées dans le calcul des pensions et des allocations familiales, empêchant certains bénéficiaires légitimes de toucher leurs droits.
L’épineuse question de l’exécution des jugements : L’application des décisions judiciaires rendues contre l’administration demeure un défi de taille. Le rapport salue néanmoins un certain progrès, notamment la réactivité notable du ministère de l’Économie et des Finances pour régler et liquider plusieurs dossiers en souffrance.
Conclusion
Ce rapport 2025 dessine le portrait d’une institution de médiation en pleine maturité et dont l’utilité ne cesse de croître (avec 9 558 dossiers). Cependant, il met aussi en garde sur la nécessité d’une réforme profonde des procédures administratives (comme pour le RSU) et d’un renforcement de l’obligation pour l’administration d’exécuter les décisions de justice. L’enjeu n’est plus seulement d’enregistrer les plaintes, mais de garantir une réponse efficace et juste aux citoyens.



