
L’économie marocaine a affiché des trajectoires contrastées au premier trimestre 2026, avec des secteurs en forte accélération qui ont tiré la croissance, tandis que d’autres ont été freinés par les tensions géopolitiques et le ralentissement du commerce international.
La relance de l’économie nationale, amorcée en 2023, s’est heurtée au premier trimestre 2026 à une accumulation de chocs qui ont sensiblement pesé sur les filières secondaires, entraînant un repli de leur valeur ajoutée de 1%, en variation annuelle, après 10 trimestres de hausses consécutives.a noté le point de conjoncture, établi par le Haut Commissariat au Plan, faisant état de la situation des principaux indicateurs économiques observés au cours du premier trimestre 2026, estimés pour le deuxième et relatant les prévisions pour le troisième trimestre..
Engagées depuis 2024 dans une relance de leurs projets d’investissement ayant mobilisé fortement l’autofinancement et accru leur endettement, les activités des branches des industries extractives, électriques, chimiques et de construction ont évolué au ralenti au début de 2026, sur fond d’une augmentation de leurs coûts de production. En revanche, les filières industrielles émergentes, notamment la fabrication de l’automobile et de l’aéronautique, ont enregistré une progression de 5,9%, profitant du renforcement de leurs débouchés extérieurs.
Le produit intérieur brut national a progressé au premier trimestre 2026 de 4,6% en variation annuelle, au lieu de +4,4% au trimestre précédent.
Le grand champion de ce début d’année est sans conteste l’agriculture, dont la valeur ajoutée a bondi de 18,4% en glissement annuel, portée par une campagne agricole nettement plus favorable. Cette performance constitue le principal moteur de l’activité économique nationale.
Le tourisme confirme également son statut de locomotive. La branche de l’hébergement et de la restauration a enregistré une croissance de 8,1%, soutenue par la poursuite de la reprise des arrivées de visiteurs, l’amélioration de l’offre touristique et le dynamisme des recettes de voyage.
Le secteur des transports complète le podium avec une progression de 4,8%, bénéficiant encore de la vigueur des flux de voyageurs et de marchandises, même si certains segments commencent à montrer des signes de ralentissement.
À un niveau plus modéré, la branche Information et communication a affiché une croissance de 2%, portée par l’essor continu des services numériques, des plateformes de streaming et des contenus en ligne. De son côté, la construction est restée en territoire positif avec une hausse de 1,5%, malgré les perturbations provoquées par des précipitations exceptionnelles qui ont affecté le déroulement des chantiers au cours du trimestre.
En revanche, le secteur industriel a évolué à deux vitesses. Les industries manufacturières se sont contractées de 1,3%, pénalisées par le recul de l’agroalimentaire (-3,4%) ainsi que des industries chimiques et textiles (-3,8%). Cette baisse a toutefois été partiellement compensée par les bonnes performances des industries pharmaceutiques (+4,5%) et de la fabrication de matériels de transport (+5,9%), toujours soutenues par la demande extérieure.
Les industries extractives figurent parmi les secteurs les plus en difficulté, avec une baisse de 3,2% de leur valeur ajoutée. Le ralentissement de la filière phosphatière a pesé sur l’activité, dans un contexte marqué par des tensions sur les marchés internationaux des intrants et des perturbations des échanges commerciaux.
Ces évolutions illustrent une économie marocaine portée par les secteurs liés à la demande intérieure, à l’agriculture et au tourisme, tandis que les activités les plus exposées aux marchés internationaux et aux tensions géopolitiques continuent d’évoluer dans un environnement plus incertain.
| Secteur / Branche | T1 2026 | Principaux éléments explicatifs |
|---|---|---|
| Agriculture | +18,4 % | Forte reprise de l’activité agricole. |
| Industries extractives | -3,2 % | Recul de la filière phosphatière. |
| Industries manufacturières | -1,3 % | Baisse de l’agroalimentaire (-3,4%) et des industries chimiques et textiles (-3,8%), compensée en partie par les matériels de transport (+5,9%) et la pharmacie (+4,5%). |
| Construction | +1,5 % | Activité perturbée par des précipitations exceptionnelles ; recul des ventes de ciment (-10,9%). |
| Transports | +4,8 % | Croissance soutenue de l’activité du secteur. |
| Hébergement et restauration | +8,1 % | Dynamisme du tourisme et amélioration des performances du secteur. |
| Information et communication | +2,0 % | Demande soutenue en services numériques et contenus en ligne. |
| Filière manufacturière (T1 2026) | Évolution | Principales explications |
|---|
| Activité manufacturière (globale) | -1,3 % | Repli après une croissance de +2,1 % au trimestre précédent. |
| Industrie agroalimentaire | -3,4 % | Ralentissement de la transformation des produits de la pêche ainsi que des fruits et légumes. |
| Industries chimiques et textiles | -3,8 % | Baisse de l’activité des deux filières. |
| Industries pharmaceutiques | +4,5 % | Croissance soutenue par le dynamisme des exportations. |
| Fabrication de matériels de transport | +5,9 % | Progression portée par la bonne tenue des ventes à l’export. |
Résilience de la croissance au deuxième trimestre 2026 face au durcissement géopolitique
Malgré l’exacerbation des tensions internationales liées à la prolongation du conflit en Iran, l’activité nationale aurait fait preuve d’une résilience notable, affichant une amélioration de 4,8% au deuxième trimestre 2026, en variation annuelle. Cette dynamique serait restée soutenue par l’agriculture, dont la valeur ajoutée se serait accrue de 20,5%, ainsi que par la poursuite de l’affermissement des activités de services et l’amorce d’un redressement dans la construction. À l’inverse, l’industrie manufacturière aurait quasiment stagné (+0,3%), sur fond de la faiblesse de la demande extérieure adressée aux secteurs de la chimie et du textile.
Sur le plan de la demande, la consommation des ménages aurait continué de soutenir l’activité, avec une hausse de 4,7%, stimulée par l’amélioration des revenus ruraux et le rétablissement des dépenses liées à l’Aïd Al-Adha, dans un contexte d’augmentation des prix à 1,1% au lieu de –0,1% au premier trimestre. Les conditions de financement seraient restées globalement accommodantes avec le maintien du taux directeur inchangé à 2,25% et l’intensification des injections de liquidités. Les créances sur l’économie auraient, ainsi, progressé de 10% et la masse monétaire se serait renforcée de 12,1%.
Perspectives d’accélération du rythme de l’activité au troisième trimestre
L’économie nationale verrait son rythme s’accélérer au troisième trimestre 2026, avec une hausse du PIB global de 5,4% en glissement annuel. Cette expansion s’expliquerait par un élargissement progressif des contributions sectorielles, avec une reprise des filières secondaires. La reprise du commerce mondial soutiendrait un renforcement de la demande étrangère, favorisant une amélioration des industries manufacturières, tandis que les industries extractives tireraient parti de l’assouplissement des barrières tarifaires américaines pour les engrais. L’agriculture maintiendrait son dynamisme au rythme de 19,9% et le secteur tertiaire s’accélérerait de +4,4%.
Cette performance s’appuierait sur la vigueur de la demande interne. L’investissement productif se redynamiserait à +11,1%, porté par la relance des chantiers d’infrastructure, alors que la consommation des ménages verrait son rythme s’accélérer à +4,9%, dans un contexte de reflux de l’inflation à 1,2%, sur fond du maintien des cours internationaux du brent au niveau de 85$ le baril. Parallèlement, les échanges extérieurs continueraient de contribuer négativement à la croissance, à hauteur de -2,1 points en moyenne au troisième trimestre 2026. Le redressement des exportations (+10,2%), soutenu par la reprise de la demande après les perturbations induites par la fermeture du détroit d’Ormuz, serait contrebalancé par une progression plus soutenue des importations (+12,4%, après +10,8%), stimulée par le raffermissement de la demande intérieure.



