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Inde : : vers une reprise des IDE chinois ?

L’Inde a récemment assoupli ses restrictions concernant les investissements directs étrangers (IDE) liés à la Chine. En mars, le gouvernement a autorisé l’approbation automatique des IDE provenant d’entreprises dans lesquelles des entités chinoises détiennent 10 % ou moins du capital (le total des investissements autorisés restant soumis aux plafonds sectoriels d’IDE).

Le gouvernement a également accéléré à 60 jours le délai d’examen des IDE impliquant des investisseurs chinois dans certains secteurs.

Cette évolution fait suite à une période de quatre années de relations tendues, déclenchée par l’affrontement frontalier meurtrier de 2020, qui avait fortement freiné les investissements chinois, entraîné l’interdiction d’applications chinoises et réduit les liaisons de transport.

Les relations se sont améliorées en 2024, lorsque le Premier ministre indien Narendra Modi et le président chinois Xi Jinping se sont rencontrés et ont amorcé un désengagement militaire à la frontière. En août 2025, les deux pays ont rouvert des points de passage commerciaux et assoupli la délivrance des visas. À l’automne de la même année, les vols directs ont repris. Lors de la fête nationale indienne cette année-là, Xi Jinping a envoyé un message chaleureux qualifiant les deux pays de « bons voisins, amis et partenaires » et soulignant l’importance de leurs relations pour la paix et la prospérité mondiales. Plus récemment, la Chine a pourvu son poste d’ambassadeur à New Delhi, resté vacant pendant longtemps. Le terrain semble donc propice à une reprise des IDE chinois vers l’Inde.

Les experts considèrent cet assouplissement des restrictions indiennes sur les IDE chinois comme positif, mais assorti de réserves.

Antara Ghosal Singh, chercheuse sur la Chine à l’Observer Research Foundation en Inde, estime qu’il s’agit d’« un événement important sur le plan symbolique, étant donné que l’Inde avait adopté des mesures très strictes contre les entreprises chinoises (…) mais il s’agit d’une ouverture progressive et contrôlée ».

Santosh Pai, associé chez Dentons Link Legal, ajoute : « Ce changement de politique est significatif [car] il signale un apaisement des relations politiques après six ans. »

Cependant, il précise que, d’un point de vue réglementaire, « il n’y a pas beaucoup de différence, car les changements annoncés formalisent des pratiques déjà existantes ».

Ivan Lidarev, chercheur à l’Université nationale de Singapour, qualifie cette mesure de « pas important mais insuffisant dans la bonne direction », signalant une ouverture accrue tout en maintenant « des limites strictes sur la propriété chinoise » et « beaucoup d’ambiguïté ».

Raisons de douter

Jabin Jacob, directeur du Centre d’études sur l’Himalaya à l’Université Shiv Nadar, souligne des facteurs économiques importants, notamment le besoin de l’Inde en IDE et en technologies chinoises pour atteindre ses objectifs de croissance industrielle, en particulier dans le secteur des véhicules électriques.

En effet, l’Inde est en difficulté pour attirer les investissements : les flux entrants avoisinent 28 milliards de dollars en 2023 et 2024, leur plus bas niveau depuis 2013 selon la CNUCED.

Santosh Pai souligne également que la politique restrictive de l’Inde envers les investissements chinois freine la montée en gamme de son économie, l’expansion des entreprises locales et leur intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Il ajoute que New Delhi craint aussi de décourager les investisseurs européens, inquiets de ne pas pouvoir s’associer à des fournisseurs chinois en Inde.

Plusieurs raisons permettent cependant de douter d’une forte hausse des IDE chinois. L’une d’elles est la prudence indienne : selon Ivan Lidarev, l’Inde souhaite conditionner toute détente future au comportement chinois, notamment à la stabilité de la frontière, ce qui reste incertain.

Par ailleurs, l’environnement d’investissement indien demeure incertain : mise en œuvre des règles, bureaucratie, attractivité du marché, infrastructures, logistique et capital humain restent des défis majeurs.

Position de la Chine

La position de la Chine influencera également la dynamique. Selon Jabin Jacob, Pékin considère l’Inde comme un pays hostile et ne cherchera probablement pas à soutenir massivement son développement économique via des IDE ou des transferts technologiques.

D’autres facteurs externes joueront aussi : droits de douane mondiaux, diversification vers l’Asie du Sud-Est, stratégies des multinationales comme Apple, et comportements des entreprises chinoises.

Malgré ces obstacles, l’Inde continuera de surveiller attentivement les capitaux chinois. Comme le souligne Santosh Pai, il n’existe pas vraiment de substituts aux acteurs chinois pour la fabrication à grande échelle dans de nombreux secteurs.

Mais les perspectives restent incertaines, et il est encore trop tôt pour s’attendre à une forte vague d’investissements chinois en Inde.

Jean-Marc F. Blanchard – FDI

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