Filière: Le Maroc a retrouvé son lait

Filière laitière : un redressement fragile derrière le retour à l’autosuffisance
Après plusieurs années plombées par la sécheresse et l’explosion des coûts de production, la filière laitière marocaine affiche des signes de reprise. Mais derrière le rebond des indicateurs, les fragilités structurelles demeurent entières.
En 2025, la production nationale a atteint 2,25 milliards de litres, en hausse de 18% par rapport à 2023. Une performance qui permet au Maroc de retrouver un taux d’autosuffisance de 96%, voire 100% pour les produits de base. Une quasi-indépendance qui repositionne le secteur comme un pilier stratégique de la souveraineté alimentaire.
Présentée en marge du Salon International de l’Agriculture au Maroc, cette dynamique est le fruit d’un effort coordonné entre pouvoirs publics et professionnels. « La filière sort d’une période particulièrement éprouvante », reconnaît Mohammed Raita, directeur exécutif de Maroc Lait.
Une reprise conjoncturelle sous pression des coûts
Car cette embellie reste fragile. La filière continue de subir de plein fouet la flambée des intrants, notamment l’alimentation animale, dont les prix ont bondi de plus de 80% depuis 2020. Résultat : jusqu’à 70% du coût de revient du lait est absorbé par l’aliment du bétail, comprimant durablement les marges des éleveurs.
À cela s’ajoute une réalité structurelle : un tissu productif extrêmement fragmenté. Près de 90% des 260.000 éleveurs disposent de moins de 10 vaches. Une atomisation qui limite les gains de productivité et maintient les rendements bien en deçà des standards internationaux.
Un pilier rural… mais sous-exploité
Avec un chiffre d’affaires estimé à 14 milliards de dirhams, dont la moitié irrigue directement le monde rural, la filière joue un rôle socio-économique clé. Elle mobilise un vaste réseau territorial de collecte et de transformation, garantissant l’approvisionnement même dans les zones enclavées.
Mais ce modèle montre ses limites. La consommation nationale plafonne à 75 litres par habitant et par an, loin des recommandations internationales. Une demande insuffisante qui freine mécaniquement l’expansion du secteur.
Autre angle mort : le poids persistant de l’informel, qui capte entre 20% et 30% des volumes. Un circuit parallèle qui pénalise la traçabilité, la qualité sanitaire et la valorisation industrielle.
Saisonnalité et surcapacités : le paradoxe du lait marocain
Le secteur fait face à un déséquilibre chronique entre production et consommation. Les pics saisonniers génèrent des excédents difficiles à écouler, fragilisant les revenus des éleveurs.
Pour y remédier, les professionnels plaident pour un mécanisme national de transformation du surplus en poudre de lait. Une solution rendue possible par des capacités industrielles excédentaires estimées à plus de 50.000 tonnes par an. Objectif : absorber les excédents, constituer des stocks stratégiques et ouvrir des débouchés à l’export, notamment vers l’Afrique et le Golfe.
Relance ou simple respiration ?
L’amélioration récente des conditions climatiques offre un répit, avec la reconstitution progressive des stocks fourragers et un allègement des coûts de production. Mais cette accalmie ne doit pas masquer les défis de fond.
La modernisation de l’amont reste un impératif : amélioration génétique, structuration des exploitations, digitalisation, formation et sécurisation hydrique. Sans ces transformations, la filière risque de rester vulnérable aux prochains chocs.
Cap 2030 : ambition élevée, équation complexe
L’objectif affiché est clair : porter la production à 3,5 milliards de litres à l’horizon 2030. Une trajectoire ambitieuse qui suppose une montée en productivité, une meilleure organisation du marché et une stimulation de la demande.
Car au-delà des volumes, c’est bien la compétitivité globale du secteur qui est en jeu. map



