
Alors que le Maroc gagne des points précieux en matière de transparence budgétaire, une question de fond persiste : l’impact réel des recommandations de l’institution de Zineb El Adaoui sur le quotidien des Marocains. Entre l’envolée des prix à la pompe et la gestion des stocks de sécurité, le décalage entre alertes institutionnelles et exécution gouvernementale interroge.
Le paradoxe de la transparence : Un score en hausse, un portefeuille en berne
Le dernier rapport de l’Enquête sur le Budget Ouvert 2025 apporte une bouffée d’oxygène aux finances publiques. Le Maroc progresse de 4 points sur la transparence globale, mais c’est surtout le contrôle budgétaire qui fait un bond spectaculaire : 51 points en 2025, contre 43 en 2023.
Ce gain de 8 points n’est pas qu’un chiffre ; il symbolise l’affermissement du rôle de la Cour des Comptes. Pourtant, pour le citoyen à la pompe, la rigueur du contrôle semble déconnectée de la réalité des prix. Comment expliquer qu’une gestion jugée « plus transparente » par les instances internationales ne parvienne pas à contenir l’envolée spectaculaire des tarifs des carburants ?
L’alerte ignorée : Le dossier noir des stocks de sécurité
La réponse se trouve peut-être dans les archives, ou plutôt dans les recommandations restées lettre morte. Dès décembre 2016, la Cour des Comptes publiait un rapport prémonitoire sur les stocks de sécurité. L’extrait est cinglant :
« Le marché national est approvisionné entièrement par l’importation de produits raffinés, ce qui accroît son exposition aux aléas du marché international (…) En conséquence, les contrôles et les sanctions prévues contre le défaut de constitution de ces stocks se trouvent inappliquées. »
Le constat est amer : Depuis l’arrêt de la raffinerie locale (La Samir) en 2015, le Maroc navigue à vue sur une mer internationale agitée. La Cour avait prévenu que l’absence de stocks stratégiques et l’inefficacité des sanctions rendraient le pays vulnérable. Dix ans plus tard, l’envolée des prix à la pompe est la facture directe de cette inertie.
Le contrôle sans exécution est-il une illusion ?
À quoi sert une recommandation si elle n’est pas suivie d’une action gouvernementale ? Si la Cour des Comptes joue son rôle de « gendarme » avec brio — comme le prouve le score de 2025 — le maillon faible reste l’application des sanctions.
Les stocks de sécurité ne sont pas une option administrative, mais une assurance-vie économique. Tant que les dispositions relatives aux contrôles et aux sanctions contre les distributeurs défaillants resteront « inappliquées » (comme le notait déjà le rapport de 2016), la transparence budgétaire ne restera qu’une satisfaction intellectuelle, sans impact sur le pouvoir d’achat.
Le Maroc progresse dans l’art de « dire ce qu’il fait » (Transparence), mais il doit maintenant exceller dans l’art de « corriger ce qui ne va pas ». Pour que les 51 points du Budget Ouvert se traduisent en stabilité économique, les rapports de la Cour des Comptes ne doivent plus être de simples lectures annuelles, mais des feuilles de route obligatoires pour l’Exécutif.



