Non classé

TPE : L’hécatombe dans l’arrière-pays

Avec une hausse de 26% des recettes de l’IS  au 31 mars 2026, le gouvernement actuel signe une performance digne des pays les plus industrialisés.  L’augmentation de 9 milliards de dirhams  n’est pas, pour autant,  le fruit d’une croissance économique fulgurante.

La trajectoire de hausse progressive de l’IS  entamée en 2023 agit comme un véritable « étau fiscal » sur les TPE marocaines, particulièrement dans un contexte où les marges sont déjà grignotées par l’inflation, les délais de paiement,  l’accès au crédit…

Alors que les grands discours officiels vantent la résilience de l’économie nationale, les chiffres froids du terrain révèlent une réalité bien plus sombre. Entre 2023 et 2024, le cœur battant de notre économie — les Micro, Très Petites et Petites Entreprises (MTPPE) — a commencé à s’essouffler dans plusieurs régions clés du Royaume.

D’après les dernières données consolidées de l’Observatoire Marocain de la TPME (OMTPME), les chiffres pour l’exercice 2023-2024 confirment que les Micro, Très Petites et Petites Entreprises (MTPPE) constituent plus de 95% du tissu productif national, mais qu’elles font face à une vulnérabilité accrue

Nombre d’entreprises MTPPE par région

Région20232024VariationVariation %
Fès-Meknès28 97428 940-34-0,12 %
Souss-Massa22 78122 642-139-0,61 %
L’Oriental16 99016 886-104-0,61 %
Béni Mellal-Khénifra10 2199 991-228-2,23 %
Drâa-Tafilalet9 9389 894-44-0,44 %
Régions du Sud4 7034 598-105-2,23 %

Les données relatives à l’évolution des microentreprises, très petites entreprises (TPE) et petites entreprises (MTPPE) entre 2023 et 2024 mettent en évidence une tendance commune : une stagnation globale accompagnée de reculs modérés mais généralisés à l’échelle régionale.

L’hécatombe dans l’arrière-pays

Le constat est sans appel : la petite entreprise marocaine ne survit plus, elle suffoque. Les régions de Béni Mellal-Khénifra et les Provinces du Sud affichent une perte brutale de 2,23 % de leur parc entrepreneurial en seulement douze mois. À Béni Mellal, ce sont près de 230 structures qui ont mis la clé sous le paillasson. Derrière ces chiffres, ce sont des milliers d’emplois, de familles et de savoir-faire locaux qui s’évaporent .

Souss-Massa et l’Oriental : Un déclin jumeau

Même les zones traditionnellement dynamiques comme le Souss-Massa (Agadir) et l’Oriental ne sont pas épargnées. Avec une baisse identique de 0,61 %, ces régions subissent de plein fouet l’érosion du pouvoir d’achat et l’explosion des coûts logistiques. Pour une TPE, chaque centime compte ; en 2024, la hausse des charges a fini par briser les reins des plus fragiles.

Fès-Meknès : Une stabilité de façade ?

Si Fès-Meknès semble limiter la casse avec une baisse légère de 0,12 %, il ne faut pas s’y tromper. Cette stagnation ressemble davantage à une paralysie qu’à une santé de fer. Dans un pays qui a besoin de créer des milliers de nouvelles entreprises pour absorber sa jeunesse, ne pas progresser, c’est déjà reculer.

ENTREPRENEURIAT : L’ÉLAN BRISÉ DES RÉGIONS

Ces chiffres sur la création d’entreprises (toutes tailles confondues) confirment que la panne n’est pas seulement conjoncturelle, et que le désir d’entreprendre, lui, s’effondre.

Les statistiques de création d’entreprises entre 2023 et 2024 agissent comme un électrocardiogramme plat pour l’investissement local.

Béni Mellal-Khénifra : Le plongeon (-11,9%)

C’est la douche froide. Avec une chute de près de 12% des créations, la région enregistre la pire performance. Passer de 1 978 à 1 743 créations en un an est un signal d’alarme majeur.

Les Régions du Sud : Le mirage s’estompe (-8,4%)

Malgré les efforts d’investissement public, la création d’entreprises privées recule de façon inquiétante de 8,4%. On assiste à un effet de saturation ou, pire, à un découragement des porteurs de projets qui préfèrent l’informel ou le salariat.

Drâa-Tafilalet : La résilience de la pauvreté (-2,9%)

C’est la région qui « résiste » le mieux, mais c’est une résistance par le bas. Le volume de création y est déjà le plus faible de la liste (1 591 entreprises). Cette faible baisse montre surtout que l’entrepreneuriat y est souvent une nécessité de survie, moins sensible aux cycles fiscaux que les régions plus industrialisées.

Les chiffres de l’Observatoire valident une thèse : le Maroc crée certes des entreprises, mais il ne parvient pas à les faire grandir (passage de TPE à PME).

Ces chiffres ne traduisent pas une rupture brutale, mais un ralentissement continu et silencieux de la dynamique des TPE.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page