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Automobile : l’industrie italienne pousse l’Europe à durcir le ton, le Maroc sous pression

La bataille autour de l’automobile chinoise se durcit en Europe. Alors que les constructeurs chinois continuent de gagner des parts de marché dans l’Union européenne, l’industrie italienne réclame désormais un droit de douane pouvant atteindre 80 % sur les véhicules et composants fabriqués en Chine lorsque leur présence dépasse un certain seuil sur le marché européen. Une offensive qui pourrait, au-delà du bras de fer sino-européen, reconfigurer les conditions de concurrence pour le Maroc.

Le président de l’Anfia, l’association italienne des équipementiers automobiles, propose d’appliquer ce tarif lorsque les véhicules ou composants chinois dépassent 8 % des immatriculations annuelles européennes. La proposition intervient alors que les marques chinoises ont franchi 9 % de parts de marché dans l’UE au début de 2026, avec des groupes comme BYD ou Chery qui accélèrent leur implantation.

Pourquoi le Maroc est directement concerné

Pour le Maroc, l’enjeu dépasse largement la question des voitures électriques chinoises. L’automobile constitue l’un des principaux moteurs industriels et exportateurs du Royaume, avec une chaîne de valeur largement intégrée au marché européen.

Le débat européen porte désormais sur une question stratégique : où un véhicule doit-il être produit pour bénéficier pleinement du marché européen ?

C’est précisément sur ce terrain que le Maroc pourrait se retrouver au centre du jeu.

L’industrie italienne s’inquiète en effet non seulement des importations chinoises directes, mais également de la possibilité que certaines productions soient réalisées dans des pays partenaires de l’UE, notamment le Maroc et la Turquie, avant d’être commercialisées sur le marché européen. L’Anfia estime ainsi que certaines dispositions du projet Industrial Accelerator Act pourraient favoriser des chaînes de production extérieures à l’Europe.

Maroc : opportunité industrielle ou nouvelle pression européenne ?

Cette évolution ouvre une équation stratégique pour le Royaume.

D’un côté, le Maroc peut apparaître comme une alternative industrielle à la production chinoise, grâce à sa proximité géographique avec l’Europe, ses accords commerciaux, ses infrastructures portuaires et son écosystème automobile développé.

De l’autre, si Bruxelles renforce ses exigences en matière de contenu européen, d’origine des composants ou de valeur ajoutée locale, les équipementiers et constructeurs implantés au Maroc pourraient devoir adapter davantage leurs chaînes d’approvisionnement.

Le sujet est d’autant plus sensible que les composants représentent environ 80 % de la valeur d’un véhicule. La bataille ne se joue donc plus uniquement sur le véhicule fini : elle concerne également les batteries, l’électronique, les systèmes embarqués, les pièces mécaniques et l’ensemble des fournisseurs de rang 1 et 2.

La Chine peut-elle passer par le Maroc ?

C’est probablement l’une des questions stratégiques que Bruxelles cherchera à traiter.

Si les constructeurs chinois renforcent leur présence industrielle au Maroc, le Royaume pourrait devenir une base de production pour accéder au marché européen, ce qui pourrait attirer de nouveaux investissements mais également susciter davantage de surveillance européenne sur les règles d’origine.

Pour Rabat, le défi sera donc de transformer son avantage géographique en véritable avantage industriel, avec davantage de valeur ajoutée locale et une chaîne d’approvisionnement suffisamment profonde pour répondre aux nouvelles exigences européennes.

Une guerre commerciale qui dépasse la Chine

L’initiative italienne doit encore être distinguée d’une décision européenne : les 80 % réclamés par l’Anfia ne constituent pas, à ce stade, un nouveau droit de douane de l’UE. Bruxelles applique déjà des droits supplémentaires sur certains véhicules électriques chinois, pouvant atteindre environ 45 %.

Mais le signal envoyé est clair : l’Europe cherche à reprendre le contrôle de sa chaîne automobile.

Et pour le Maroc, la question devient stratégique : le Royaume sera-t-il considéré comme une plateforme industrielle européenne de proximité ou comme une nouvelle porte d’entrée pour les constructeurs chinois ?

C’est cette distinction qui pourrait déterminer une partie des prochains investissements automobiles au Maroc.

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