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Cameroun: dix ans après le retrait de Cosumar, la Chine revient à la charge

Le groupe public chinois Nanning Agricultural Development Group envisage un investissement de 88 milliards de FCFA à Batouri, dans l’est du Cameroun, pour développer 6 667 hectares de canne à sucre, 200 hectares de riz et une sucrerie d’une capacité annuelle de 60 000 tonnes. Le projet prévoit également des unités de transformation du riz et des infrastructures pour le personnel. Publié le 27 octobre 2026, l’appel d’offres porte sur une étude de faisabilité estimée à 78 millions de FCFA, à réaliser en 60 jours, a rapporté la presse locale

Cosumar, lauréat d’un appel d’offres international face à Somdiaa

Ce nouvel intérêt pour Batouri intervient plus de dix ans après une première initiative dans la production de sucre dans cette partie du Cameroun — et surtout après un épisode qui avait vu le Maroc s’imposer comme le partenaire de référence du Cameroun en matière sucrière.

En avril 2012, le gouvernement camerounais avait signé un accord avec Justin Sugar Mills (JSM), filiale de l’Anglais Justin Sugar, pour développer un complexe sucrier dans la zone de Batouri, avec un investissement projeté d’environ 60 milliards de FCFA (90 millions d’euros) pour une usine devant produire 60 000 tonnes de sucre par an. JSM n’a toutefois pas pu honorer ses engagements financiers, et l’accord a été rompu.

À l’issue d’un appel d’offres international, le gouvernement camerounais a finalement choisi la Cosumar pour l’édification d’un gigantesque complexe sucrier. Le groupe sucrier marocain a obtenu la note de 80,5/100 contre 62,16/100 pour son plus proche concurrent, le groupe français Somdiaa — ce dernier participant à travers sa filiale locale, Sosucam, qui domine pourtant le marché du sucre camerounais. La Cosumar héritait ainsi d’un projet que JSM n’avait pu mener à bien. Emmanuel Bondé, ministre camerounais des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, avait affirmé en novembre, lors de l’appel d’offres, que le vainqueur bénéficierait de 32 000 ha à planter en canne à sucre.

Cette victoire marocaine, arrachée face au leader historique du marché camerounais, témoignait de la crédibilité industrielle et financière de Cosumar sur le continent. En décembre 2015, l’État camerounais avait finalement décidé de se retirer de cette initiative et de laisser son promoteur initial poursuivre le projet — une décision qui a mis un terme à l’implication marocaine directe dans ce complexe, sans que Cosumar ne puisse déployer son savoir-faire sur le sol camerounais.

Cosumar : la face cachée d’une internationalisation à reculons

Soudan, Cameroun, Arabie saoudite; Mauritanie : à chaque fois, l’élan international du géant sucrier marocain s’est brisé sur le réel. Seule la Guinée a résisté — et encore e, sans une once de production. Radiographie d’une ambition contrariée.

2014 : le mirage soudanais

La presse s’enflamme en mars 2014 : Cosumar serait sur le point de s’implanter au Soudan, avec un projet greenfield de production sucrière à base de canne. Le groupe affirme avoir verrouillé l’essentiel — contrat foncier de 30 ans renouvelable, accès gratuit à l’eau, autorisations administratives. Son rapport annuel cite même « Gafa Sugar Co au Soudan » parmi les relais de croissance externe, promettant de poursuivre la quête de partenaires sur le continent.

Résultat : zéro. Aucune signature, aucun investissement, aucune mise en service n’a jamais pu être confirmé. Douze ans plus tard, le dossier soudanais n’est plus qu’une ligne dans un communiqué d’époque. L’ambition africaine s’est évaporée avant même d’avoir un début de commencement.

Guinée : la seule implantation… et elle ne produit rien

C’est le seul point d’ancrage international documenté du groupe. Cosumar détient 55 % de COMAGUIS (Compagnie Maroco-Guinéenne de Sucre), la société guinéenne SOGECILE conservant les 45 % restants.

Mais regardons de près ce que recouvre cette « implantation » : une unité de conditionnement et de commercialisation d’une capacité de 50 000 tonnes, à 1 km du port de Conakry. Pas une plantation. Pas une sucrerie. Pas un gramme de canne broyée sur le sol guinéen. Un centre d’emballage et de négoce, annoncé en 2018 pour une mise en service au troisième trimestre 2019 — le prolongement commercial d’une filière d’export, pas une conquête industrielle.

Arabie saoudite : entré à 45 millions, sorti à 65 — et alors ?

Yanbu, port industriel saoudien. Durrah Sugar Refinery : 840 000 tonnes de capacité nominale, 43,275 % du capital détenu par Cosumar, un ticket d’entrée d’environ 45 millions de dollars aux côtés de Wilmar et des Saoudiens de Consolidated Brothers et Industrial Project Development Company. L’usine doit servir le marché saoudien et les 4 millions de tonnes annuelles de la région MENA. Les travaux suivent le calendrier, se félicite le groupe en décembre 2019.

Quatre ans plus tard, le 28 décembre 2023, Cosumar cède l’intégralité de sa participation à Wilmar Sugar PTE LTD, pour 242,8 millions de riyals saoudiens — environ 65 millions de dollars.

La plus-value est réelle : 20 millions de dollars en quatre ans. Mais le message stratégique est limpide : recentrage national, renforcement de la valeur ajoutée industrielle au Maroc, réajustement de la présence hors frontières. Autrement dit : on encaisse, on plie bagage, on rentre à la maison.

Mauritanie : qualifié, puis éjecté

Cosumar franchit la préqualification du projet sucrier PPP de Foum Gleita en Mauritanie. L’occasion rêvée de poser enfin un pied industriel dans un pays voisin.

Patatras. En juin 2025, l’attribution tombe : ce sera le consortium ALBADRI/KETS/ISGEC. Cosumar n’est pas de l’équipe finale. Le groupe marocain a rempli les formulaires, passé les filtres, puis regardé les autres construire. Un appel d’offres perdu, un de plus.

Le bilan : une internationalisation en trompe-l’œil

DossierStatut réel
Soudan (2014)Déclaration d’intention, zéro concrétisation
Guinée (COMAGUIS)Conditionnement et négoce, pas de production
Mauritanie (Foum Gleita)Préqualifié, non retenu (2025)
Arabie saoudite (Durrah)Entrée 2019, sortie totale fin 2023
Cameroun (Batouri)Appel d’offres remporté 2015, projet abandonné

Cinq dossiers, un seul point d’ancrage — et il ne produit pas de sucre. Pendant ce temps, le groupe recentre ses capitaux sur le Maroc : cession saoudienne fin 2023, projet de raffinage de Sidi Bennour en 2024.

La vérité que révèle cette trajectoire : Cosumar n’a jamais vraiment internationalisé sa production. Il a exporté son sucre, emballé celui des autres, encaissé une plus-value saoudienne, et laissé filer ses grands projets africains. Le recentrage national n’est pas un choix stratégique assumé — c’est le constat d’une expansion qui n’a jamais pris.


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