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Non, les banques françaises ne sont pas parties du Maroc

Crédit du Maroc cédé, BMCI vendue, Société Générale Maroc rachetée : la vague de cessions des filiales de banque de détail françaises a nourri l’idée d’un désengagement total. La réalité est tout autre. Crédit Agricole conserve Wafa Gestion et Wafasalaf, BNP Paribas garde sa banque de financement et d’investissement et Arval. Les banques françaises n’ont pas quitté le Maroc : elles se sont repliées sur les métiers où les rendements sont les meilleurs, laissant la banque de détail aux groupes marocains.

Ce qui a réellement changé : la fin de la banque de détail française

En l’espace de quelques années, les trois piliers historiques de la banque française au Maroc ont cédé leurs filiales de banque commerciale :

BanqueFiliale cédéeRepreneurAnnée
Crédit AgricoleCrédit du Maroc (78,7 %)Holmarcom2022
Société GénéraleSG MarocSaham2024
BNP ParibasBMCI (67 %)Holmarcom2026 (en cours)

Cette vague de cessions est souvent résumée — à tort — comme un « retrait » des banques françaises. En réalité, il s’agit d’une recomposition stratégique : les groupes français ont abandonné la banque de détail universelle, un métier gourmand en capital, à faible marge et de plus en plus concurrencé par les banques marocaines, pour se concentrer sur des activités spécialisées à plus forte valeur ajoutée.

Ce que l’on ne dit pas : ils sont restés là où ça rapporte

L’exemple le plus révélateur est celui du Crédit Agricole. Lors de la cession du Crédit du Maroc, le groupe a explicitement indiqué qu’il « entend continuer à participer au développement du Maroc » via deux entités conservées :

Wafa Gestion est le leader de la gestion d’actifs au Maroc, structuré sous forme de coentreprise (joint-venture) codétenue par Attijariwafa bank (environ 66 %) et le géant européen de la gestion d’actifs Amundi (environ 34 %, une participation comptabilisée par mise en équivalence).

Wafasalaf, le spécialiste du crédit à la consommation.

Autrement dit, le Crédit Agricole a cédé la banque de détail, mais a conservé la gestion d’actifs et le crédit à la consommation — deux métiers où les rendements sont supérieurs et le capital moins immobilisé.

BNP Paribas a adopté la même logique. Après la vente de la BMCI, le groupe a confirmé qu’il conserverait ses activités de banque de financement et d’investissement (BFI) au Maroc, ainsi que sa filiale Arval, spécialisée dans la location longue durée et les solutions de mobilité. Là encore, le retrait ne concerne que la banque de détail.

La vraie logique : consolider le capital, pas fuir le marché

Les banques françaises ne se sont pas retirées du Maroc, elles se sont repositionnées sur les segments où le rendement du capital est le meilleur.

La banque de détail universelle exige des fonds propres importants, des réseaux d’agences coûteux et une gestion des risques de crédit lourde. Dans un marché marocain où les banques locales (Attijariwafa Bank, Banque Populaire, Bank of Africa) dominent et où la concurrence sur les marges est féroce, les groupes français ont jugé plus rentable de :

Céder les filiales de détail à des groupes marocains capables de dégager des synergies locales ;

Conserver des participations dans des métiers spécialisés — gestion d’actifs, crédit à la consommation, BFI, mobilité — où la rentabilité est plus élevée et le capital moins gourmand ;

Réallouer les capitaux libérés vers d’autres marchés ou d’autres activités du groupe.

    C’est une logique de consolidation du capital, pas de fuite. Les banques françaises ne quittent pas le Maroc : elles en sortent par la porte de la banque de détail pour y rentrer par celle des métiers spécialisés.

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