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Fin de l’auto-emploi : comment les syndicats espagnols ont fait plier Uber Eats

C’est une victoire que les deux grands syndicats espagnols, UGT et CCOO, attendaient depuis des années. À compter du 30 novembre 2026, les 4 286 derniers livreurs indépendants d’Uber Eats en Espagne deviendront des salariés à part entière. L’accord, confirmé par la plateforme à EFE Agro, parachève une transition entamée en janvier 2026, qui a déjà conduit à l’embauche de plus de 14 000 livreurs par les flottes collaboratrices et à leur affiliation au Régime général de la Sécurité sociale.

Pour Uber Eats, il s’agit de construire un « modèle durable à long terme ». Pour les syndicats, c’est surtout la fin d’un système qu’ils dénoncent depuis des années : celui des « falsos autónomos » (faux indépendants). UGT a salué un accord qui doit servir de « référence incontournable » pour toutes les entreprises du secteur qui opéreraient encore sous ce régime. Le message est clair : l’Espagne est un « pays sérieux » avec un marché du travail « dûment réglementé ».

En Espagne, les syndicats imposent leur agenda social

Mais le poids des syndicats ne s’arrête pas aux portes des entreprises. Ce mardi, la Confédération des syndicats de locataires (CSI), accompagnée de Justicia Alimentaria et de l’organisation de consommateurs Facua, a lancé un appel inédit : ne pas acheter dans les grandes surfaces tous les mercredis jusqu’à la grève générale du 11 novembre 2026. Trois journées sont ciblées : le 28 octobre, le 4 novembre et le jour de la grève générale.

Le mot d’ordre est simple : boycotter supermarchés, hypermarchés et grandes chaînes, mais soutenir le petit commerce, les marchés municipaux, les coopératives et les producteurs directs. « La grève des achats ne va pas contre le petit commerce ni contre les employées des supermarchés », précisent les organisateurs, qui invitent ces dernières à rejoindre la grève générale.

Derrière cette action, une dénonciation sociale claire : « Travailler ne garantit plus d’arriver à la fin du mois ». Les chiffres avancés sont sans appel : le panier de la ménagère coûte aujourd’hui plus de 40 % de plus qu’en 2019, tandis que le salaire moyen n’a augmenté que de 21,9 % sur la même période.

Une même logique : peser sur le rapport de force

Les deux mouvements, bien que distincts, révèlent une même dynamique. Les syndicats espagnols — qu’ils soient de salariés (UGT, CCOO) ou de locataires (CSI) — ne se contentent plus de réagir. Ils anticipent, négocient et mobilisent.

La salarisation des livreurs Uber Eats est le fruit d’une négociation directe avec une multinationale. La grève des achats, elle, est une mobilisation citoyenne qui cible les grandes enseignes pour faire pression sur le coût de la vie. Dans les deux cas, l’objectif est le même : obtenir des résultats concrets pour les travailleurs et les ménages.

Conclusion : un syndicalisme espagnol en pleine mutation

L’Espagne, souvent décrite comme un pays où le dialogue social est fragmenté, démontre ici une capacité de mobilisation et de négociation remarquable. L’accord Uber Eats, salué comme le « fin de la précarité », et la grève des achats, qui élargit le champ de la lutte au coût de la vie, dessinent un syndicalisme à plusieurs visages : à la fois partenaire social incontournable et force de mobilisation citoyenne.

Reste à savoir si cette dynamique fera école. UGT l’espère en tout cas : son avertissement aux autres entreprises du secteur est un signal fort. Dans une Espagne où l’inflation et la crise du logement pèsent lourdement sur les ménages, les syndicats ont bien l’intention de rester au centre du jeu. agences

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