
Les performances financières des Big Four — PwC, Deloitte, KPMG et EY — au Luxembourg cachent une évolution préoccupante de l’emploi et des conditions de travail, selon les syndicats OGBL et LCGB.
Entre le 1er janvier 2024 et le 1er janvier 2026, les effectifs des quatre cabinets ont diminué de 7,6 %, soit environ 800 postes en moins. PwC aurait perdu 530 collaborateurs, Deloitte 160 et KPMG 150, tandis qu’EY a enregistré une hausse de 40 salariés.
KPMG explique cette baisse par un turnover plus faible, des gains d’efficacité et de nouvelles méthodes de travail, tout en affirmant poursuivre ses recrutements. Le cabinet a parallèlement enregistré une croissance de 9 % de son chiffre d’affaires en 2025, à 373 millions d’euros.
L’IA et l’externalisation au cœur des inquiétudes
Pour les syndicats, la baisse des effectifs doit être analysée à la lumière de plusieurs phénomènes : automatisation, intelligence artificielle, externalisation et réorganisation des activités.
PwC Luxembourg a notamment ouvert en 2024 une structure à Porto, au Portugal, dédiée au secteur financier luxembourgeois. Elle comptait 226 collaborateurs en juin 2025, alors que le projet envisageait jusqu’à 700 salariés à terme. PwC n’a pas souhaité répondre aux questions concernant un éventuel lien entre cette implantation et la baisse de ses effectifs au Luxembourg.virgule
KPMG reconnaît de son côté recourir davantage à son réseau international, qui compte plus de 200 000 collaborateurs, tout en affirmant maintenir ses investissements locaux.
Burn-out et pression sur les salariés
Les syndicats signalent également une multiplication des témoignages concernant des burn-out, des menaces de licenciement et des journées de travail pouvant atteindre 14 à 16 heures.
Ils critiquent notamment l’utilisation des Performance Improvement Plans (PIP). Initialement conçus pour accompagner les salariés dans leur progression et identifier leurs besoins en formation, ces dispositifs seraient, selon les représentants syndicaux, devenus dans certains cas des outils de pression pouvant précéder un licenciement.
Un débat qui dépasse le Luxembourg
Le dossier met surtout en évidence une transformation profonde du modèle des grands cabinets d’audit et de conseil : moins de croissance des effectifs, davantage d’automatisation, recours accru aux réseaux internationaux et recherche de productivité.
Pour les syndicats, la question centrale n’est donc pas seulement de savoir combien d’emplois ont disparu, mais pour quelles raisons : départs volontaires, licenciements, non-remplacements, réorganisations, externalisations ou automatisation.
Ils réclament ainsi davantage de transparence et un véritable dialogue social sur l’impact de l’IA et de la transformation numérique sur les métiers de l’audit, du conseil et de la comptabilité.



