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Lesieur Cristal : 47 millions DH de pertes… et un communiqué qui danse sur les chiffres

Le communiqué du Conseil d’administration, réuni le 28 septembre 2026, a tout d’un satisfecit. Le chiffre d’affaires ? « Seulement » -8 %. L’EBITDA ? En hausse de 7 %. Le leadership ? « Consolidé ». La lecture officielle est celle d’un groupe résilient qui traverse une tempête conjoncturelle avec panache. Une communication bien huilée qui ne saurait masquer un vrai désastre comptable.

Sauf que le diable se cache dans les détails. 2 595 MDH. C’est le chiffre d’affaires consolidé que Lesieur Cristal a réalisé au premier semestre 2026. Un montant en repli de 8 % par rapport aux 2 824 MDH de l’an dernier. Dans un marché national en proie à un ralentissement conjoncturel de la demande et à une volatilité extrême des cours des matières premières, la baisse était attendue. Elle est finalement contenue.

Mieux : le groupe a su inverser la tendance au fil du semestre. Après un premier trimestre catastrophique (-13 %), le deuxième trimestre ne recule plus que de 2 %. Mieux encore, Lesieur Cristal SA — la filiale historique — affiche une progression de 4 % sur cette période.

Les principaux indicateurs financiers

Comptes consolidés IFRS, en millions de dirhams

IndicateurS1 2025S1 2026Variation
Chiffre d’affaires2 8242 595-8 %
EBITDA130140+7 %
Résultat d’exploitation4432-28 %
Résultat net part du groupe12-47Déficitaire

Un résultat net part du groupe négatif 47 MDH de pertes, contre +12 MDH un an plus tôt. Une bascule dans le rouge de 59 MDH en valeur absolue. Une marge nette qui passe de +0,42 % à -1,81 %. Autrement dit : le groupe détruit de la valeur. Pas un peu. Massivement.

L’EBITDA, cet indicateur qui ne dit rien

C’est le chiffre qui devrait faire sourire les analystes : 140 MDH d’EBITDA, en hausse de 7 % par rapport aux 130 MDH de 2025. Dans un contexte de contraction du chiffre d’affaires, l’amélioration de la rentabilité opérationnelle est une prouesse. La marge d’EBITDA passe de 4,60 % à 5,39 %, soit un gain de 79 points de base. La gestion des coûts est rigoureuse. Le mix produit est favorable.

Et pourtant. Le résultat d’exploitation chute de 28 %, à 32 MDH. Le résultat net part du groupe, lui, s’effondre littéralement : -47 MDH, contre +12 MDH un an plus tôt. Un passage dans le rouge d’une violence inouïe, qui contredit l’embellie opérationnelle.

Rappelons une évidence que le communiqué préfère occulter : l’EBITDA n’est pas un résultat. C’est un solde intermédiaire de gestion qui exclut les amortissements, les provisions et les charges exceptionnelles. Autrement dit, tout ce qui fait mal.

Or, c’est précisément dans ces « non-dits » que se joue la santé réelle de Lesieur Cristal. L’écart entre l’EBITDA (140 MDH) et le résultat d’exploitation (32 MDH) atteint 108 MDH. Entre l’EBITDA et le résultat net : 187 MDH. Des montants vertigineux qui signalent une structure de coûts et de provisions qui échappe au contrôle.

Le Sénégal, talon d’Achille du groupe

La filiale sénégalaise de Lesieur Cristal traverse une tempête. Un différend relatif à une marque de savon — autrement dit, un conflit de propriété intellectuelle — et des perturbations d’approvisionnement ont mis l’entreprise en difficulté. Résultat : le groupe a dû passer des provisions qui ont directement frappé le résultat net.

47 MDH de pertes. Un montant qui absorbe près du tiers de l’EBITDA généré sur le semestre. Pour les actionnaires, la facture est salée.

À l’inverse, la filiale tunisienne — Cristal Tunisie — continue de progresser et apporte une contribution positive. Une preuve que le développement international du groupe reste une source de valeur… à condition de maîtriser les risques juridiques et logistiques. Le Sénégal rappelle cruellement que l’international n’est pas un long fleuve tranquille.

Lesieur Cristal n’a pas traversé un mauvais semestre. Il a traversé un semestre révélateur : celui où les fragilités cachées remontent à la surface. La vraie question n’est pas de savoir si le groupe va rebondir au second semestre. C’est de savoir s’il a les moyens — et la lucidité — de corriger ce qui l’a conduit là.

Un leader qui perd de l’argent n’est plus tout à fait un leader. C’est une entreprise qui a besoin de se réinventer.

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