
Moins de soufre importé, mais une facture qui explose : le Maroc subit de plein fouet le renchérissement de cet intrant stratégique. Entre janvier et juillet 2026, les importations de soufres bruts et non raffinés ont reculé de 8,7 % en volume, mais leur valeur a bondi de 157,2 %, passant de 7,86 à 20,22 milliards de dirhams, selon l’Office des changes.
Le signal est difficile à ignorer : le Maroc achète moins de tonnes, mais doit mobiliser beaucoup plus de dirhams pour les acquérir.
Le prix moyen implicite ressort ainsi à environ 1.948 DH par tonne en 2025, contre 5.491 DH en 2026, soit une progression d’environ 182 %.
L’inflation importée change de visage
Cette évolution illustre un mécanisme classique d’inflation importée. Lorsqu’un intrant acheté à l’étranger devient beaucoup plus cher, le choc ne s’arrête pas au niveau de l’importateur. Il peut progressivement se transmettre aux industriels, aux transformateurs, aux transporteurs et aux entreprises utilisatrices.
La facture supplémentaire est considérable : 12,36 milliards de dirhams de plus sur les sept premiers mois de l’année pour des volumes pourtant inférieurs à ceux de 2025.
Pour les entreprises, cela signifie une augmentation du coût de constitution des stocks et des besoins de financement plus importants pour maintenir leurs niveaux d’activité.
Le risque : une inflation qui se diffuse dans les coûts
Le véritable enjeu économique se situe en aval.
Lorsque les entreprises ne peuvent pas absorber intégralement la hausse du coût de leurs intrants, elles peuvent chercher à la répercuter sur leurs prix de vente. Dans ce cas, le choc extérieur devient progressivement un choc de coûts domestique.
Et lorsque les prix ne peuvent pas être ajustés immédiatement — notamment dans les contrats à prix fixe ou les marchés conclus plusieurs mois auparavant — c’est la marge de l’entreprise qui absorbe temporairement le choc.
Cette situation prend une dimension supplémentaire lorsque les entreprises font déjà face à des délais de règlement de leurs créances.
Le soufre comme signal d’alerte
Les données disponibles sur le soufre ne permettent pas, à elles seules, de mesurer l’inflation importée de l’ensemble de l’économie marocaine. Elles montrent cependant à quel point certains intrants peuvent devenir beaucoup plus coûteux en très peu de temps.
Le sujet dépasse donc la seule facture douanière. Il touche directement la compétitivité des entreprises, leurs marges, leur trésorerie et leur capacité à maintenir le rythme de leurs activités.
Flop 10 des plus fortes baisses en volume (Poids en tonnes) pour les importations de demi-produits sur la période Janvier-Juillet 2026 par rapport à Janvier-Juillet 2025 :
| Rang | Produit | Volume 2026 (Tonnes) PNG+ 1 | Volume 2025 (Tonnes) PNG+ 1 | Évolution (Tonnes) | Évolution (%) |
| 1 | Produits chimiques | 913 810 | 1 457 538 | -543 728 | -37,31 % |
| 2 | Demi-produits en fer ou en aciers non alliés | 361 370 | 656 023 | -294 653 | -44,92 % |
| 3 | Ammoniac | 716 078 | 995 951 | -279 873 | -28,10 % |
| 4 | Fils, barres, et profilés en fer ou en aciers non alliés | 294 942 | 375 127 | -80 185 | -21,38 % |
| 5 | Bois préparés et ouvrages en bois | 351 855 | 397 495 | -45 640 | -11,48 % |
| 6 | Papiers et cartons; ouvrages divers | 529 247 | 565 605 | -36 358 | -6,43 % |
| 7 | Ouvrages en pierres, plâtre, ciment ou similaires | 222 437 | 254 444 | -32 007 | -12,58 % |
| 8 | Aluminium brut, déchets et poudres d’aluminium | 78 658 | 99 654 | -20 996 | -21,07 % |
| 9 | Matières plastiques et ouvrages divers | 801 455 | 813 427 | -11 972 | -1,47 % |
| 10 | Tubes, tuyaux et autres ouvrages en aluminium | 6 982 | 15 431 | -8 449 | -54,75 % |



