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Investissement: Le moteur a perdu les deux tiers de sa vitesse

La note du Haut-Commissariat au Plan confirme un paradoxe dangereux. L’investissement brut pèse plus lourd dans le PIB, mais sa contribution à la croissance s’effondre. Le besoin de financement double. Derrière les chiffres, un modèle qui montre ses limites.

Le moteur a perdu les deux tiers de sa vitesse

Le premier constat est brutal. Le taux d’accroissement de l’investissement brut — formation brute de capital fixe, variation des stocks et acquisition nette d’objets de valeur — passe de 20,3 % à la même période de l’année précédente à 6,8 % au deuxième trimestre 2026. En un an, le moteur a perdu les deux tiers de sa vitesse.

La conséquence est mécanique : la contribution de l’investissement à la croissance chute de 8,3 points à 2,4 points. Ce n’est pas un simple ralentissement. C’est un décrochage. L’investissement continue de soutenir l’activité, mais son apport a diminué de près de 6 points de PIB. Pour une économie qui compte sur l’investissement pour tirer sa croissance, le signal est mauvais.

Plus de capital, moins de croissance

Fait encore plus troublant : l’investissement brut représente désormais 35,6 % du PIB, contre 33,5 % un an plus tôt. Soit une hausse de 2,1 points de PIB. L’effort d’investissement s’est donc accru. Mais son rendement apparent, lui, s’est dégradé.

Le ratio implicite — 35,6 / 2,4 ≈ 14,8 — donne la mesure du malaise. Il faut beaucoup de capital pour produire un point de croissance. Ce chiffre doit être manié avec prudence, car l’investissement brut inclut la variation des stocks et l’acquisition nette d’objets de valeur. Si la hausse vient surtout des stocks, elle ne crée pas nécessairement de capacité de production durable. La FBCF, elle, est la composante qui compte pour la croissance potentielle.

Autrement dit : le Maroc investit plus, mais pas forcément mieux. Le problème n’est pas le volume. C’est la qualité.

Le besoin de financement double

Deuxième signal fort : le besoin de financement de l’économie nationale passe de 2,4 % du PIB à 5 % du PIB. Il double presque. Cela signifie que l’investissement national dépasse largement l’épargne nationale.

Le besoin de financement augmente donc parce que l’investissement progresse de 2,1 points de PIB, mais aussi parce que l’épargne nationale recule légèrement, d’environ 0,5 point de PIB. La dégradation vient surtout de la hausse de l’investissement, mais l’érosion de l’épargne aggrave le tableau.

Un besoin de financement de 5 % du PIB, ce n’est pas neutre. Cela implique une dépendance accrue à l’épargne étrangère : déficit courant plus élevé, recours à la dette externe ou aux IDE, pression sur les réserves de change, vulnérabilité aux conditions financières internationales. Tout dépend de la nature du financement. Les IDE sont plus stables. La dette externe est plus risquée. Le financement court terme, lui, est très vulnérable aux retournements de marché.

Investir à crédit en croyant que la croissance suivra

Le Maroc a fait le choix de l’investissement massif. Infrastructures, industrie, énergie, grands projets. Ce choix a des vertus. Mais il a un coût. Et ce coût apparaît aujourd’hui dans les chiffres : plus de capital, moins de croissance, plus de dépendance extérieure.

Le problème n’est pas d’investir. Le problème est d’investir sans réformer l’épargne, sans améliorer la gouvernance, sans monter en gamme dans les exportations, sans développer le capital humain. Un pays qui investit 35,6 % de son PIB mais qui n’arrive pas à transformer cet effort en croissance solide et en devises est un pays qui risque de s’endetter pour creuser son propre déficit.

Les six chantiers

Les leviers sont connus, mais ils sont difficiles :

  1. Améliorer l’efficacité de l’investissement : sélection des projets, gouvernance, lutte contre la corruption, développement du capital humain.
  2. Stimuler l’épargne nationale : réforme des retraites, inclusion financière, éducation financière, incitations à l’épargne longue.
  3. Attirer des financements stables : IDE, finance verte, partenariats public-privé, mobilisation de la diaspora.
  4. Soutenir les exportations : pour générer les devises nécessaires au financement des importations de biens d’équipement.
  5. Surveiller la composition de l’investissement : privilégier la FBCF productive plutôt que l’accumulation de stocks.
  6. Renforcer la surveillance du déficit courant et de la dette externe pour éviter une crise de financement.

Investir mieux, ou s’endetter pour rien

Au deuxième trimestre 2026, l’économie nationale investit plus, mais elle investit moins bien. Le moteur tourne au ralenti, la contribution à la croissance s’effondre et le besoin de financement double. La note du HCP sonne comme un avertissement : sans amélioration de l’efficacité du capital et de l’épargne nationale, la dépendance à l’épargne étrangère risque de s’installer durablement.

Le défi n’est plus d’investir plus. Il est d’investir mieux. Faute de quoi, le Maroc continuera d’investir à crédit et de croire que la croissance suivra.

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