Ghosn estime que les appels à son retour chez Nissan traduisent la colère des actionnaires face aux résultats

L’ancien président de Nissan, Carlos Ghosn, a déclaré que les appels de certains actionnaires en faveur de son retour reflétaient une profonde frustration face aux échecs répétés des plans de redressement du constructeur japonais. Il accuse la direction actuelle d’avoir détruit de la valeur et perdu le cap depuis son éviction en 2018.
Dans un entretien accordé à Reuters, Carlos Ghosn a estimé que les investisseurs « en avaient assez » après les échecs successifs de trois directeurs généraux à relancer l’entreprise. Lors de l’assemblée générale annuelle de Nissan, tenue mardi, le directeur général Ivan Espinosa a été confronté à la colère des actionnaires. L’un d’eux a même proposé le retour de Carlos Ghosn à la tête du groupe, une initiative finalement rejetée par une large majorité des actionnaires.
« C’est une réaction pleine de bon sens. On ressent la colère et la frustration des actionnaires », a affirmé Carlos Ghosn.
À la tête de Nissan pendant près de vingt ans, Carlos Ghosn vit au Liban depuis sa fuite du Japon fin 2019. Il devait alors être jugé pour des accusations de malversations financières, qu’il conteste fermement, affirmant avoir été victime d’un complot orchestré par certains dirigeants de Nissan et des responsables japonais.
Un constat sévère sur la situation de Nissan
L’ancien dirigeant pointe plusieurs indicateurs qu’il considère comme les preuves d’un échec managérial : la chute du cours de l’action, le recul des ventes, les fermetures d’usines et les suppressions d’emplois.
Longtemps crédité d’avoir sauvé Nissan après le renflouement du constructeur par Renault en 1999, Carlos Ghosn est devenu une figure emblématique de l’industrie automobile mondiale avant que son image ne soit ternie par plusieurs accusations financières.
Selon lui, les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- Le cours de l’action Nissan a chuté de près de 80 % depuis 2018 ;
- Les ventes annuelles sont passées de plus de 5 millions de véhicules à environ 3 millions ;
- La situation financière du groupe s’est considérablement dégradée.
« Regardez les faits, ils sont désastreux », a-t-il déclaré.
Nissan défend son plan de redressement
Interrogé par Reuters sur les propos de Carlos Ghosn, Nissan a refusé de commenter ce qu’il qualifie de « déclarations spéculatives ». Le constructeur affirme toutefois progresser dans son plan de redressement, avoir dégagé un bénéfice opérationnel lors du dernier exercice et conserver une solide liquidité.
Comme d’autres géants du secteur tels que Volkswagen et Stellantis, Nissan doit faire face à la transition vers les véhicules électriques et à la concurrence croissante des constructeurs chinois à bas coûts.
Un débat sur l’héritage de Ghosn
Plusieurs analystes et anciens cadres de Nissan estiment cependant que Carlos Ghosn a lui-même contribué aux difficultés actuelles en privilégiant excessivement les volumes de ventes au détriment de la rentabilité, ce qui aurait affaibli l’image de marque du constructeur.
Son successeur, Ivan Espinosa, privilégie désormais une stratégie axée sur la création de valeur et l’amélioration de la marge par véhicule, même si cela implique une baisse des volumes.
Pour James Hong, analyste chez Macquarie, la proposition de réintégrer Carlos Ghosn relève davantage de la nostalgie que d’une solution économique réaliste :
« Les actionnaires regrettent simplement les années glorieuses de Nissan. Je ne suis pas certain que cette proposition ait un véritable sens économique. »
« Seul un PDG peut sauver Nissan »
Carlos Ghosn considère que Nissan souffre aujourd’hui d’une prise de décision trop lente et d’une stratégie excessivement défensive face à la concurrence mondiale.
Interrogé sur une éventuelle mission de conseil, il a répondu qu’un simple rôle consultatif serait insuffisant.
« Le seul poste permettant de sauver l’entreprise est celui de directeur général. Il faut quelqu’un qui ait réellement le pouvoir de décider. Nissan est en situation d’urgence et des décisions difficiles doivent être prises. »
L’ancien patron estime même être le mieux placé pour réussir cette mission :
« S’il existe aujourd’hui une personne capable d’y parvenir, c’est moi. Je ne le dis pas par arrogance mais parce que les faits le démontrent. Je l’ai déjà fait une fois et je connais l’entreprise sous tous les angles. »
Le risque d’une absorption par un groupe chinois
Carlos Ghosn avertit enfin que, sans changement stratégique majeur, Nissan pourrait finir par devenir une simple filiale d’un groupe automobile plus important, probablement chinois.
Il compare la situation actuelle à celle qui prévalait avant le sauvetage de Nissan par Renault en 1999, mais juge que les perspectives sont aujourd’hui moins favorables.
L’ancien dirigeant, détenteur des nationalités française, libanaise et brésilienne, a également confié regretter d’avoir accepté un nouveau mandat à la tête de Renault en 2018, estimant qu’il aurait dû prendre sa retraite après avoir atteint les objectifs fixés au sein de l’alliance Renault-Nissan.
« Ce fut une grande erreur », a-t-il conclu.
(Reuters) –



