CommuniquésEconomie

Cosmétiques et Parfumerie : Le Conseil de la concurrence enquête sur des soupçons de verrouillage du marché

Le Conseil de la concurrence a été saisi par une entreprise opérant dans la cosmétique et la parfumerie, dénonçant des pratiques présumées anticoncurrentielles sur le marché national de la distribution sélective des produits de luxe.

Au-delà de la plainte initiale, les investigations ont révélé des dysfonctionnements structurels affectant l’ensemble du marché.

Un marché structuré mais sous tension concurrentielle

Le secteur de la distribution des parfums et cosmétiques de luxe repose sur un modèle de distribution sélective, caractérisé par :

  • des critères stricts d’accès au réseau (qualité, image, service),
  • des accords d’exclusivité territoriale,
  • une forte dépendance des détaillants vis-à-vis des marques internationales.

Deux modèles coexistent :

  • des fournisseurs sans présence directe, s’appuyant sur des distributeurs agréés,
  • des opérateurs intégrés combinant importation, distribution et retail.

Cette organisation, bien qu’efficace, peut restreindre l’accès au marché et limiter la concurrence.

Des risques multiples identifiés par l’autorité

Les services d’instruction ont mis en évidence plusieurs préoccupations majeures :

  • Discrimination commerciale entre détaillants
  • Ventes liées (conditionnement de produits)
  • Risque d’éviction de certains acteurs
  • Échanges d’informations sensibles
  • Uniformisation des prix, assimilable à une “police des prix”

Ces pratiques pourraient fausser le jeu concurrentiel et limiter la liberté des distributeurs.

Une procédure d’engagement pour éviter les sanctions

Suite à l’évaluation préliminaire, les entreprises concernées ont sollicité la procédure d’engagement prévue par la loi n°104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence.

Ce mécanisme permet au Conseil de la concurrence :

  • d’accepter des engagements volontaires,
  • en échange de la mise en conformité des pratiques,
  • sans passer par une procédure contentieuse.

Des engagements structurants pour rééquilibrer le marché

Les opérateurs ont proposé un ensemble de mesures visant à améliorer le fonctionnement concurrentiel :

🔹 Gouvernance et transparence

  • séparation entre activités de gros et de détail,
  • encadrement strict des informations sensibles,
  • accords de confidentialité.

🔹 Accès équitable au marché

  • contrats types transparents,
  • critères objectifs d’admission,
  • accès non discriminatoire aux produits exclusifs.

🔹 Liberté commerciale renforcée

  • interdiction des ventes liées,
  • suppression des mécanismes imposant les prix de revente,
  • liberté totale des détaillants dans la fixation des prix.

🔹 Encadrement des pratiques concurrentielles

  • interdiction des échanges d’informations sensibles,
  • limitation des flux de données commerciales.

🔹 Conformité et suivi

  • mise en place de programmes internes de conformité,
  • reporting régulier au Conseil de la concurrence.

Une phase de consultation ouverte au marché

Conformément à la procédure, le Conseil de la concurrence soumet ces engagements à une consultation publique.

Les parties intéressées disposent d’un délai de 30 jours (jusqu’au 8 juin 2026) pour formuler leurs observations.

Vers une décision structurante pour le secteur

À l’issue de ce test de marché, le Conseil pourra :

  • valider les engagements,
  • les rendre juridiquement contraignants,
  • et ainsi clore la procédure.

Cette décision pourrait marquer un tournant dans la régulation du marché des cosmétiques de luxe au Maroc, en favorisant :

  • plus de transparence,
  • une concurrence plus équitable,
  • un meilleur accès pour les détaillants indépendants.

Enjeu clé : ouvrir un marché historiquement verrouillé

Au-delà du cas traité, cette procédure met en lumière un défi plus large : équilibrer les relations entre grandes marques internationales et distributeurs locaux,tout en garantissant un fonctionnement concurrentiel sain.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page